|
Rapport de mission du Groupe
de travail chargé d'analyser les données sanitaires
relatives aux anciens combattants français de la guerre
du Golfe
Résumé
Le Groupe de travail a effectué une revue quasi-exhaustive
de la littérature scientifique internationale. Le Groupe a
aussi analysé les dossiers de demande de pension des militaires
français ayant servi dans le Golfe.
I -L'analyse de la littérature concernant les aspects
médicaux de la guerre du Golfe (350 articles publiés entre
1991 et décembre 2000) fait ressortir les éléments suivants
concernant les populations étudiées ( essentiellement américaines
et britanniques ).
- Aucun article ne fait état d'un excès de mortalité chez
les militaires ayant participé à la guerre du Golfe par rapport
à des militaires non déployés, à l'exception d'un excès de
mortalité par accident de la route.
- Aucun effet délétère sur la descendance n'a été relevé.
- Aucune maladie connue n'est présentée en excès chez les
militaires de la guerre du Golfe. Un travail met en évidence
une augmentation du cancer du testicule dans la période immédiatement
après la guerre (fin 91) mais cet excès n'est plus retrouvé
lorsque le recul devient plus important (fin 95).
- Les hospitalisations sont légèrement plus fréquentes pour
le personnel déplo~.é dans le Golfe que pour un groupe témoin
de militaires non déployés suivis sur la même période. Cette
légère augmentation concerne "des signes et symptômes non
spécifiques" et pourrait être expliquée par l' offre s).stématique
d'un bilan hospitalier aux militaires déployés dans le Golfe.
- Des signes et symptômes divers, le plus souvent fonctionnels,
sont retrouvés dans toutes les études avec une fréquence nettement
supérieure chez les militaires ayant participé à la guerre
du Golfe que chez les militaires témoins non déployés ou déployés
en Bosnie Herzegovine. Ces signes et symptômes correspondent
le plus souvent à une fatigue chronique, une symptomatologie
dépressive, mais aussi à des arthralgies, des troubles de
l'humeur ou de la mémoire.
- L'analyse de ces signes ne fait pas apparaître de manière
é\'idente la notion d'un syndrome unique spécifique de la
guerre du Golfe. C'est pourquoi une anal)"se statistique (analyse
factorielle) a été réalisée par plusieurs auteurs; elle montre
une "construction" de ces signes selon des facteurs qui pourraient
s'apparenter à des syndromes. ~1ais ces facteurs se retrouvent
aussi (quoique quantitativement plus faible) chez les militaires
non déployés lors de la guerre du Golfe. Cela a conduit quatre
auteurs (sur 5) à réfuter la notion de syndrome spécifique
de la guerre du Golfe.
- Aucune cause unique pou\"ant expliquer l'excès de signes
et symptômes constatés n'est formellement mise en évidence.
- Les auteurs ne retiennent pas en particulier le rôle de
l'uranium appau\Ti, des fumées des puits de pétrole en feu
ou de l'agent neurotoxique Sarin.
- Aucune publication ne permet d'établir un lien entre la
pyridostigmine et les signes et symptômes constatés, même
si l'hypothèse d'une relation causale ne peut être totalement
exclue,
- Une incertitude et des controverses existent sur les possibles
effets à long terme des expositions prolongées à des faibles
doses d'insecticides organophosphorés, surtout lorsqu'ils
sont associés à d'autres facteurs ( stress, chaleur, , .).
- Les vaccinations multiples pratiquées pendant le déploiement,
et particulièrement celles visant à la protection contre des
armes bactériologiques ( charbon, botulisme, peste, ..) semblent
associées à un excès de certains signes et symptômes.
II - Analyse des dossiers de demande de pension d'invalidité
Le Groupe de travail a analysé les 200 fiches d'informations,
fournies par la DirectIon aes Statuts, des Pensions et de
la Réinsertion Sociale du Ministère de la Défense, relatives
à une demande de pension d'invalidité consécutive à une participation
aux opérations du Golfe. Les informations médicales relevées
sont souvent bien pauvres. On retient cependant les données
suivantes: 55 % des affections déclarées sont de nature traumatologique
et 23 % de nature neuro-psychologique ; 36 % des demandes
déjà instruites ont été rejetées (29 % parmi les affections
traumatologiques et 55 % parmi les affections neuro-psychologiques).
Treize pour cent ont entraîné un contentieux.
III -Conclusion
La littérature scientifique internationale constitue la seule
source d'information disponible sur l'état de santé des Anciens
Combattants de la guerre du Golfe. On n'y retrou\'e, pour
ces Anciens Combattants, ni de notion de mortalité anormale,
ni d'excès de maladies connues. Comparé à d'autres vétérans,
il existe cependant dans cette population une fréquence plus
élevée de signes et plaintes fonctionnels, sans que l'on puisse
vraisemblablement parler d'un « syndrome » spécifique à la
guerre du Golfe. Les données sanitaires relatives aux Anciens
Combattants français ne sont pas exploitables en l'état. Elles
ne permettent donc ni de confirmer, ni d'infirmer les conclusions
tirées de la littérature internationale.
IV -Recommandations
Pour apporter des réponses fiables et transparentes aux questions
soulevées par le débat public, et à l'inquiétude des militaires
déployés dans le Golfe, nouS proposons avec une certaine fermeté
quelques projets que nous avons classé en études épidémiologiques,
autres recherches et surveillance à moyen et long terme. .
Il nous paraît indispensable de mener une étude exhaustive
par autoquestionnaire sur l'ensemble des vétérans qui ont
participé à la guerre du Golfe, c'est-à-dire près de 25 000
personnes.
Etudes épidémiologiques
Il nous paraît indispensable de mener une étude
exhaustive par autoquestionnaire sur l'ensemble des vétérans
qui ont participé à la guerre du Golfe,
c'est-à-dire près de 25 000 personnes.
Cette étude permettrait :
- de dresser un bilan objectif des plaintes et des maux ressentis,
pour tous les vétérans répondant à un autoquestionnaire,
- de mesurer les troubles objectifs (cliniques et paracliniques)
présentés par les veterans qui consulteront,
- de proposer un éventuel suivi dans le temps de tout
ou partie des vétérans,
- de préparer une possible enquête chez certains
militaires déployés dans le Golfe en comparant
ceux qui présentent des signes ou symptômes et
ceux qui n'en présentent pas, à la recherche
d'éventuelles différences dans les comportements
ou les expositions,
- de rassurer les vétérans en mettant en place, pour l'ensemble
des personnels déployés dans le Golfe, une offre de soins
en consultations hospitalières spécialisées, civiles ou militaires,
- de rassurer la population sur le désir de transparence des
autorités.
Il est de plus indispensable de réaliser une analyse de la
mortalité des militaires déployés dans le Golfe. Elle permettra
d'estimer la mortalité globale et la mortalité pour différentes
causes de décès (notamment cancers et accidents). Les taux
de mortalité pourraient être comparés à ceux de la population
générale, et éventuellement à ceux d'autres populations militaires
déployées dans d'autres régions ou non déployées.
Autres recherches
Le Groupe de travail souligne l'intérêt d'effectuer des recherches
sur les effets des stimulations antigéniques répétées chez
l' adulte.
Surveillance
Les questions posées au sujet de la guerre du Golfe ont révélé
ou confinné aux membres du Groupe de travail la très grande
insuffisance française en matière de surveillance épidémiologique
des anciens combattants.
La guerre du Golfe s'inscrit dans un cadre de conflits modernes
qui font appel à des technologies nouvelles (par exemple,
les munitions à l'uranium appauvri) et s'inscrivent souvent
dans des zones particulières (milieu urbain ou suburbain avec
environnement industriel ou milieu désertique tel le Golfe).
Les participants à ces conflits (militaires mais aussi civils)
se trouvent ainsi confrontés à des risques non ou mal identifiés,
parfois nouveaux.
Or, les troubles de santé qui pourraient être consécutifs
à ces expositions peuvent n'apparaître qu'à moyen voire à
long tenne chez les anciens combattants dont une proportion
croissante avec le temps n'est plus militaire et n'est donc
plus assujettie au système de surveillance épidémiologique
en vigueur dans les armées. Il importe donc de mettre en reuvre
un véritable système pennettant la surveillance de la santé
des anciens combattants (y compris au-delà de leur service
actif) et la mesure des risques sanitaires liés aux opérations.
Cela nécessite
une identification exhaustive des risques et leur évaluation,
une grande traçabilité de ces expositions par des équipes
travaillant en parfaite indépendance,
un suivi médical, adapté et accessible à tous,
une réflexion permanente sur la prévention et la réparation,
une indispensable veille scientifique.
Cela requiert une volonté politique, claire et affichée, pour
qu'un tel « observatoire » de la santé des anciens combattants
puisse être mis en place, avec des moyens adaptés.
|