Les
infections nosocomiales
rédigé par Me DURRIEU-DIEBOLT, Avocat
Qu'est-ce qu'une infection nosocomiale ?
Quels sont les textes pour lutter contre les infections
nosocomiales, et quelles sont les obligations des établissements
de soins ?
Sur
quel fondement peut-on agir en justice en cas d'infection nosocomiale
?
La
jurisprudence de la Cour de cassation du 29 juin 1999 et du
13 février 2001 et la loi du 4 mars 2002
Qu'est-ce
qu'une infection nosocomiale ?
- La loi du 4 mars 2002 ne
donne aucune définition des infections nosocomiales.
- Les infections nosocomiales
se définissent en général, comme des infections contractées
dans un établissement de soins, qui n'étaient ni en incubation
ni présentes à l'admission du malade.
- Ces infections peuvent être
contractées à l’occasion d’un acte réalisé pendant l’hospitalisation
(intervention chirurgicale, ponction, mise en place d’un
cathéter veineux...), d’autres pendant l’hospitalisation
de malades dont les défenses immunitaires sont très affaiblies
(SIDA, maladies cancéreuses prolongées...). Les secondes
sont plus liées à la gravité de la maladie qui amène le
malade à l’hôpital qu’à un défaut d’hygiène ou un défaut
d’organisation. Elles sont dites « endogènes » car elles
découlent de la propre flore bactérienne du patient et les
autres « exogènes ».
- La circulaire du 13 octobre
1998 "relative à l'organisation de la surveillance et de
la prévention des infections nosocomiales" définit l'infection
nosocomiale comme :
- une maladie provoquée
par des micro-organismes
- contractée dans un établissement
de soins par tout patient après son admission, soit
pour une hospitalisation, soit pour y recevoir des soins
ambulatoires
- que les symptomes apparaîssent
lors du séjour à l'hôpital ou après
- que l'infection soit
reconnaissable aux plans clinique et/ou microbiologique
- Il faut que l'infection
soit reconnaissable aux plans clinique et/ou microbiologique.
En général, on
tient compte d'un délai de 48 à 72 heures entre l'admission
et le début de l'infection. Ainsi, si l'infection se révèle
moins de 48 heures après l'admission, on en déduit que l'infection
était en incubation au moment de l'admission, et qu'elle n'a
donc pas été contractée dans l'établissement de soins. Pour
que l'infection nosocomiale soit retenue, il faut qu'elle
se manifeste au moins 48 heures (parfois jusqu'à 72 heures
selon l'infection) après l'admission.
Quels
sont les textes pour lutter contre les infections nosocomiales,
et quelles sont les obligations des établissements de soins
?
-
L’objectif de
la réglementation en la matière est de se rapprocher le
plus près possible du risque zéro.
-
Ainsi, la "contagion
intrahospitalière" est une préoccupation ancienne qui
a abouti aux premiers textes dans les années 1970.
-
Le 19 septembre
1972, une résolution de Comité des ministres du Conseil
de l'Europe a invité les Etats à prendre des mesures adaptées
pour "l'hygiène hospitalière".
-
2 circulaires
françaises des 18 octobre 1973 (circulaire SP 5.543-5.468-18/10/73)
et 1er septembre 1975 (circulaire n°2805 SP 4.42-9516-1/9/75)
ont mis en place une sorte de "veille nosocomiale" par
la création dans chaque hôpital d'un "comité de lutte
contre l'infection nosocomiale" (CLIN).
-
Le décret n°88-657
du 6 mai 1988 a rendu obligatoire la constitution de CLIN,
mais seulement dans les hôpitaux publics et les établissements
privés participants au service public hospitalier.
-
Puis, par arrêté
du 3 août 1992, le ministre de la santé de l'époque a
créé un "comité technique national des infections nosocomiales"
(CTNIN) chargé de différentes missions de promotion, de
surveillance des infections nosocomiales, de recommandations
techniques, de coordination de la lutte ainsi que de l’évaluation
des actions menées et 5 centres interrégionaux de coordination
de la lutte contre les infections nosocomiales (CCLIN).
Cet arrêté ne s'est pas non plus appliqué aux établissements
de santé privés.
-
Progressivement,
le droit français a posé des obligations d'hygiène, aseptie
et décontamination :
- le décret n° 92-1102
du 2 octobre 1992 concernant les structures de chirurgie
ambulatoire prévoit la décontamination, le stockage
et l'entretien du matériel nécessaire aux soins et aux
transports des patients (art D 712-31 du Code de santé
publique). Ce décret insiste sur "les conditions d'hygiène
et d'aseptie nécessaires"
- l'arrêté du 7 janvier
1993 relatif au secteur opératoire pour les structures
pratiquant l'anesthésie ou la chirurgie ambulatoire
évoque "une hygiène spécifique et adaptée" pour limiter
les risques de nature notamment infectieuse. L'organisation
du secteur opératoire doit être précisé et consigné
dans un document écrit qui définit les procédures et
les modalités de nettoyage, décontamination, désinfection
et stérilisation. Ces procédures sont vérifiées périodiquement
"sous la responsabilité d'un médecin coordinateur, sans
préjudice de la responsabilité de chaque praticien"
- le décret du 6 septembre
1995 dispose que le médecin doit "veiller à la stérilisation
et à la décontamination des dispositifs médicaux qu'il
utilise et à l'élimination des déchets médicaux selon
les procédures réglementaires." Cette obligation est
reportée dans le Code de déontologie médicale.
- l'arrêté du 3 octobre
1995 concerne essentiellement le matériel d'anesthésie
et de réanimation dont l'organisation doit également
être retranscrite dans un document écrit soumis à avis
- le décret n°97-311 du
7 avril 1997 relatif à l'organisation et au fonctionnement
de l'Agence Nationale d'Accréditation et d'Evaluation
en Santé est établi en prenant en compte "la fréquence
et la gravité des accidents iatrogènes et des infections
nosocomiales" (art. R 791-1-2 du Code de la santé publique)
- une circulaire du 20
octobre 1997 précise les modalités de stérilisation
des dispositifs médicaux et fait de l'obtention de l'état
stérile et son maintien une obligation de résultat
- La loi n°98-535 du 1er juillet
1998 relative au renforcement de la veille sanitaire et
du contrôle de la sécurité sanitaire des produits destinés
à l'homme oblige les établissements de santé privés à constituer
un CLIN, pose le principe d'un recueil et d'un signalement
des infections nosocomiales, et renforce la qualité de la
stérilisation des dispositifs médicaux.
- Egalement, tout le dispositif
concernant la matériovigilance, la pharmacovigilance et
l'hémovigilance participe de la lutte contre les infections
nosocomiales.
- Le décret n° 99 - 1034 du
6 décembre 1999 précise les dispositions relatives à l'organisation
de la lutte contre les infections nosocomiales dans les
établissements de santé.
- La circulaire n° 2000 -645
du 29 décembre 2000, relative à l'organisation de la lutte
contre les infections nosocomiales dans les établissements
de santé, précise à ces établissements les modalités de
mise en oeuvre de l'ensemble des dispositions réglementaires.
- Une circulaire du 30 mai
2001 (DGS/SD 5C/DHOES/E2 n°2001/243), relative au bilan
standardisé des activités de lutte contre les infections
nosocomiales dans les établissements de santé présente les
modalités de recueil, de saisie et d’analyse de ce bilan.
- Un décret n° 2001 - 671
du 26 juillet 2001, relatif à la lutte contre les infections
nosocomiales dans les établissements de santé détermine
la nature des infections nosocomiales soumises à signalement
et fixe les conditions dans lesquelles les établissements
de santé doivent recueillir les informations les concernant
et répondre à l’obligation de signalement. Des précisions
sur le dispositif mis en place par ce décret ainsi qu’un
rappel des principes sur l’information des patients font
l’objet d’une circulaire du 30 juillet 2001 (DHOS/E2-DGS/SD5C
n°2001-383).
Maître Carine DURRIEU DIEBOLT
Avocat au barreau de Paris
23, rue Chapon
75003 PARIS
Tel : 01.42.71.56.10 ; Télécopie : 01.42.71.56.50
; toque : M 1775 |