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Bilan de la
mission de concertation pour la rénovation des soins
de ville
Paris - 12 Juillet 2001
Rencontre avec les professionnels de soins de ville avec
Elisabeth Guigou
Une vision globale de notre système de santé a été la base
de travail de cette mission qui avait pour but de renouer
le dialogue avec les professions médicales, par le biais de
mesures " incitatives ", sans que pour autant soient mis à
l'écart les aspects économiques fondamentaux ou législatifs,
intégrant notamment le rôle de l'assurance maladie et de l'hôpital.
La réflexion sur les métiers de la santé a bien fait
apparaître l'absence de définition univoque des rôles des
différents intervenants (généralistes, spécialistes assurant
un suivi de ville, paramédicaux). Il en est ressorti que le
rôle du généraliste est d'être au centre de la coordination
des soins et de la " gestion " du patient. Avec l'accord de
ce dernier, il devra créer et gérer le dossier médical de
synthèse (ce pourquoi il sera rémunéré) et participer au volet
médical de SESAM-Vitale (sans rémunération supplémentaire).
Un observatoire national sera créé. Son but sera de
faire un point permanent sur les besoins médicaux en terme
de démographie, sur l'évolution des revenus des médecins (dans
l'optique d'une égalisation de ces derniers, toutes spécialités
confondues) et d'éditer un rapport annuel, au vu duquel des
reconversions seront proposées, des scénarios de formation
seront montés ainsi que des incitations financières à installation.
Cet observatoire sera en rapport étroit avec la DRASS.
L'évaluation des compétences et une formation continue
des praticiens, libéraux ou hospitaliers, est une exigence
centrale et incontournable. Volontaire, elle s'intègre dans
l'objectif économique. La notion d'efficacité ne peut aujourd'hui
être dissociée de celle d'évaluation, elle fait partie intégrante
de la gestion des coûts, et il est plus que souhaitable qu'elle
soit acceptée par tous, des propositions sont donc attendues
dans ce sens. Il est actuellement probable que les instances,
comme l'ANAES, ne puissent tout gérer en la matière, laissant
aux union régionales et aux offices des professions paramédicales,
un grand pouvoir de terrain et ne gardant pour elles qu'un
rôle de supervision. Des forfaits de rémunération - formation
sont à l'étude, ainsi que des moyens de transparence et d'information
des usagers quant aux formations qu'ont reçues leurs soignants.
Il est imaginable qu'aux recommandations de l'ANAES soient
adjoints les avis de sociétés savantes, de la CNAM, de syndicats
ou d'organismes de formations, de manière à élaborer des recommandations
de bonnes pratiques tout à fait compatibles avec une médecine
de ville.
Le professionnels doivent s'engager dans l'optimisation
des dépenses
Trois axes prioritaires ont été définis : la prévention, la
coordination des soins et la prise en charge des urgences.
Le médecin a un rôle fondamental dans la prévention,
qu'elle soit primaire ou secondaire, individuelle(parie intégrante
de l'acte médical) ou collective (donnant lieu forfait de
rémunération).
La coordination des soins est un souhait basique. Les
réseaux de soins représentent certainement un moyen d'échange
et de coordination, mais leur danger potentiel réside dans
la capture et la gestion univoque de malades. Il convient
donc, a priori, de se limiter à la création de réseaux à vocation
générale, fonctionnant sur des protocoles décrits. Les réseaux
par pathologie, générateurs potentiels de cloisonnements sont
proscrits. La cancérologie et les soins palliatifs sont néanmoins
considérés comme " à part ", justifiant pleinement la mise
en place de réseaux dédiés. Le fonctionnement de ces réseaux
nécessite des financements globalisés ou pluri-annuels qui
seront attribués sur des critères - qualité de fonctionnalité
et de fonctionnement.
La prise en charge des urgences demeure une mission
du service public; il apparaît probable qu'une meilleure rémunération
des actes, une sécurisation des conditions de travail, des
" sas " par le biais de maisons de garde soient d'excellents
moyens pour solutionner le problème.
Un système mixte de rémunération apparaît aujourd'hui plus
vraisemblable que le paiement à l'acte. Il pourrait être complété
par rémunération au forfait, intégrant des actions plus larges
du médecin. Ce projet apparaît financièrement plus viable
que des diminutions individuelles de cotisations sociales
ou des engagements individuels à baisse d'activité.
Ces forfaits pourraient faire partie intégrante de l'encouragement
financier à l'installation en zone désertifiée, à la rémunération
pour services rendus, en matière d'urgence, de prévention
ou de coordination de soins, mais aussi en matière de respect
des bonnes pratiques cliniques. Par contre, il n'est pas envisageable
de participation financière de l'état dans la gestion administrative
du cabinet médical.
La mise en place de ce système implique des responsabilités
partagées :
L'Etat gardera sa fonction régalienne et déterminera sa politique
de santé et de prévention, ainsi que les moyens qu'elle entend
y consacrer. Il restera garant de la sécurité et de la qualité
des soins, selon des schémas d'organisation et un descriptif
des conditions d'exercice qui lui seront propres.
Un conseil national de la santé pourrait être crée,
avec pour rôle de conseiller le gouvernement, le parlement
et la population française sur les choix en matière de santé.
Il compléterait ainsi le haut comité de santé publique et
la conférence nationale de santé, qui ont aujourd'hui un rôle
d'aide à la réflexion pour le gouvernement, notamment en matière
de priorités. La légitimité scientifique de ce conseil reposerait
sur son mode de nomination et son indépendance serait garantie.
Par ailleurs, il est indispensable que les relations entre
l'Etat et les Caisses soient clarifiées, ré instituées
avec les partenaires sociaux et rendues transparentes. D'une
part, l'assurance maladie se doit d'être autonome et de définir
son autorité juridique clairement, et, d'autre part, la CNAMTS
doit clairement s'affirmer comme tête de réseau. La nouvelle
architecture conventionnelle reposerait sur une convention
à trois étages :
- les dispositions communes à toutes les professions conventionnées
- les dispositions propres à chaque profession
- les engagements de bonne pratique basés sur les contrats
individuels entre les professionnels et les organismes locaux
d'assurance maladie
Par ailleurs, il est évident que les usagers doivent participer
à la gestion économique de la santé, même si les opinions
divergent quant aux meilleurs moyens à mettre en place : panier
de soins remboursables ou incitation financière, notamment
en matière de prévention. Seule une responsabilisation des
usagers en matière de dépenses de santé, comme pour leurs
médecins, permettra d'atteindre les objectifs économiques
fixés.
L'ONDAM ( Objectif National des Dépenses d'Assurance
Maladie) doit franchir la barrière intellectuelle de l'inconvenance
économique et admettre que le budget santé de l'Etat ne peut
suffire à répondre aux besoins exprimés par la population,
alors même que les acteurs de la santé ne peuvent en faire
le constat.
Pour ce faire, un budget prévisionnel pilotera l'effort collectif.
Il sera basé sur des objectifs réalistes et légitimes. Il
bénéficiera d'un effort pédagogique sous jacent. Son objectif
sera réaliste et le niveau de la mission sera adaptée au contexte.
Le respect de l'ODD (objectif de dépenses déléguées)
se fera par le biais d'un suivi infra annuel de façon à ce
que les tarifs soient adaptés aux écarts entre ODD et dépenses
réelles. Il serait donc souhaitable que la CNAMTS devienne
responsable financièrement de l'ODD, ce qui passe par un objectif
réaliste de ce dernier et par une définition claire du champ
de compétence de la CNAMTS .
Qu'en est-il d'une régulation régionalisée ?
Son efficacité ne sera valide qu'en cas de consensus positif
en sa faveur. Ce n'est pas une solution à court terme, les
implications locales et les disparités géographiques demeurant
encore un obstacle à franchir. Il semble simple de définir
un dispositif déconcentré sur des principes généraux, mais
sur le plan pratique, ce n'est pas aussi simple que la distribution
de l'enveloppe de l'ARH et les besoins régionaux demeurent
complexes. Pour l'heure, la déconcentration de l'allocation
de ressources n'est pas de mise et aucune institution régionale
n'apparaît capable d'être bénéficiaire d'une telle modification.
Un remodelage du dispositif institutionnel régional est
donc à envisager.
Dr Françoise Girard
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