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Bilan de
la crise sur la dioxine décelée dans des denrées
d'origine animale en provenance de Belgique
Dossier de la revue "Notre
Alimentation", n° 22, novembre 1999
Ministère
de l'Agriculture et de la pêche.
DGAL/Communication, Information
251 rue Vaugirard
75732 Paris CEDEX 15
La présence de dioxines dans de la graisse belge destinée
à la fabrication d'aliments pour animaux expédiée en France
le 21 janvier 1999, qui n'a été signalée par les autorités
belges aux autorités françaises - par une télécopie adressée
à la DGCCRF - que le 3 mai 1999, et le retrait du marché belge
de tous les oeufs et poulets susceptibles d'être contaminés
le 28 mai 1999, ont conduit les autorités communautaires à
diffuser un message d'alerte ce même jour, qui a marqué le
début de la "crise".
La France a réagi immédiatement par une première série de
mesures d'urgence, qui ont fait l'objet de l'arrêté du 4 juin
1999 paru au Journal officiel de la République française (JoRf)
du 5 juin 1999, et ont été mises en oeuvre sous le contrôle
des services déconcentrés de l'état (SVD, en coordination
avec les DDCCRF). ces mesures ont ensuite été régulièrement
modifiées au fur et à mesure que le permettaient les informations
fournies par les autorités belges et les avis de l'Agence
française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA).
"Notre Alimentation" peut maintenant cri dresser le bilan,
puisque la dernière modification de l'arrêté du 4 juin 1999,
publiée au JoRf du 30 septembre 1999, met un terme à cette
crise en France. Ce bilan porte essentiellement sur deux points
: les différents aspects quantitatifs de la crise, par catégorie
d'animaux et de denrées, et le fonctionnement du nouveau dispositif
français de renforcement de la veille sanitaire et de contrôle
de la sécurité alimentaire.
Bilan
quantitatif de la crise
La crise a concerné divers types d'animaux et de produits,
et ses conséquences sont de nature et de portée diverses.
Selon les cas, les services ont procédé à des mises sous séquestre
des élevages suspects ou, s'agissant des produits et denrées,
à des mesures de retrait du marché. D'autre part, des analyses
ont été réalisées, conduisant parfois à une remise sur le
marché lorsque les résultats le permettaient.
Mises sous séquestre et retraits du marché
Importation directe de graisse susceptible d'être
contaminée pour la fabrication en France d'aliments
du bétail. Après l'enquête de la DDCCRF et des
SVD de l'Eure-et-Loir (premier département concerné car la
société qui avait reçu des produits suspects y est implantée),
l'identification des élevages ayant reçu des aliments suspects
a conduit à leur mise sous séquestre. Des séries d'analyses
cru été immédiatement entreprises et, compte tenu des résultats
favorables obtenus, ces élevages ont tous pu être libérés
assez rapidement, après avis de l'AFSSA.
Importation directe depuis la Belgique d'aliments du bétail
susceptibles d'êtres contaminés. Après les
enquêtes nécessaires à l'identification des filières suspectes
et des élevages concernés en France, il a pu être procédé
à l'analyse des aliments incriminés et à la séquestration
des élevages ayant utilisé ces aliments. La grande difficulté
dans ce domaine a résidé dans l'impossibilité pour les autorités
belges de faire savoir aux autorités françaises si les aliments
reçus dans chaque exploitation étaient ou non contaminés.
Il a donc été décidé de réaliser individuellement pour chaque
élevage une enquête précise sur les informations relatives
aux aliments suspects (date de livraison, date de consommation,
type d'animaux, etc.) afin de prendre les mesures adéquates.
Importation directe d'animaux susceptibles d'être
contaminés depuis la Belgique. Le système de traçabilité
des animaux a permis d'identifier facilement et rapidement
les élevages établis en France ayant reçu des animaux en provenance
de Belgique susceptibles d'être contaminés. Dans l'attente
des informations que les autorités belges pouvaient fournir
quant à la contamination des élevages de provenance de ces
animaux, les élevages français étaient placés sous séquestre.
Importation directe de denrées susceptibles d'être
contaminées depuis la Belgique. Les échanges avec
la Belgique sont extrêmement développés. La décision communautaire
du 3 juin 1999 demandait le retrait du marché des animaux,
oeufs ou produits dérivés susceptibles d'être contaminés en
dioxines. Aussi, la quantité de marchandises retirées du marché
a été très importante, puisqu'elle a dépassé 9400 tonnes.
Les opérations de retrait du marché se sont poursuivies pendant
plusieurs semaines, en fonction des informations fournies
par les autorités belges, qui ont engagé à étendre les mesures
de gestion à de nouveaux produits. Au fur et à mesure que
la liste des denrées suspectes était modifiée, certaines denrées
ont pu être remises sur le marché.
La nature et les quantités de produits retirés
du marché
- Volailles et produits de volaille : 1 589 t.
- Ovoproduits et produits à base d'œufs : 336 t.
- Retrait d'œufs : 21 9 000 Unités
- Laits et produits laitiers : 4024 t.
- Porcs et produits à base de porc : 677 t.
- Bovins et produits à base de bovin : 697 t.
- Sous-produits : 2078 t.
Au total, ce sont donc 219 000 oeufs et plus de 9 400 tonnes
de denrées animales qui ont été retirés du marché. Par ailleurs,
les mesures de séquestre ont, sur toute la période, concerné
520 élevages petit une durée moyenne de 20 jours par élevage.
Bilan des analyses réalisées
Au total, 939 analyses ont été réalisées, dont 310 pour rechercher
la présence de dioxine et 629 la présence de polychlorobiphényls
(PCB). S'agissant de la recherche de dioxine, 141 analyses
ont porté sur les produits d'aviculture (1 résultat positif),
56 sur les produits porcins (aucun résultat positif), 59 sur
les produits bovins (aucun résultat positif), et 54 sur des
aliments ou farines (2 résultats positifs). En ce qui concerne
la recherche de PCB, 629 analyses ont été réalisées. 48 ont
concerné les produits d'aviculture (aucun résultat positif),
372 les produits porcins (6 résultats positifs), 189 les produits
bovins (aucun résultat positif), et 20 les aliments ou farines
(aucun résultat positif). Les résultats de toutes ces analyses
ont mis en évidence la présence de PCB ou de dioxines à un
niveau supérieur à la limite admissible que dans 9 échantillons
seulement.
Le fonctionnement du nouveau dispositif français de renforcement
de la veille sanitaire et de contrôle de la sécurité alimentaire
Le nouveau dispositif mis cri place en application de la loi
n° 98-535 du lère juillet 1998 relative au renforcement de
la veille et du contrôle de la sécurité sanitaire des produits
destinés à l'homme a pleinement fonctionné. L'AFSSA
a été saisie par les trois ministres en charge de l'agriculture,
de la consommation et de la santé le 3 juin, pour procéder
à l'évaluation des risques sanitaires liés à la dioxine, et
toutes les mesures envisagées lui ont été soumises pour avis.
Par ailleurs, la cellule de crise interministérielle a été
installée le même jour, et les services de l'état en charge
de la gestion de cette crise, la DGAL et la DGCCRF principalement,
ont su mettre en commun leur potentiel humain, financier et
logistique pour gérer au mieux l'ensemble de ce dossier, plusieurs
mois avant la signature des protocoles qui viennent d'être
conclus entre l'AFSSA et les trois ministères compétents,
agissant ainsi dans l'intérêt des consommateurs et des professionnels
des filières concernées. Malgré quelques hésitations initiales
liées à l'ampleur de l'événement, les réunions de la cellule
de crise interministérielle et les réunions conduites Sous
l'égide de l'AFSSA ont montré l'intérêt et l'utilité des échanges
précoces et réguliers d'informations. Très rapidement les
professionnels concernés ont été associés aux travaux de la
cellule de crise.
Les services vétérinaires départementaux ont été très fortement
mobilisés du fait que la crise touchait les secteurs de l'élevage
et l'industrie des denrées d'origine animale. Les services
déconcentrés de la DGCCRF ont, pour leur part, travaillé essentiellement
sur le secteur de la distribution et sur celui des aliments
pour animaux.
Les administrations ont impliqué les professionnels dans la
mise en oeuvre des actions. Ainsi, les opérations de retrait
du marché, une partie des analyses et les remises sur le marché
(en cas de résultats d'analyse favorables), ont été réalisées
par les professionnels sous le contrôle des administrations
concernées. Pour faciliter cette coopération avec les professionnels,
leurs organisations représentatives - Fédération du commerce
et de la distribution (FCD), Association nationale des industries
agroalimentaires (ANIA), Confédération française de la coopération
agricole (CFCA), et Confédération générale de l'alimentation
de détail (CGAD) notamment ont été tenues régulièrement informées
des dispositions prises par les instances communautaires ou
par les autorités nationales, et associées à des réunions
de travail. Par ailleurs, afin d'éviter toute erreur d'interprétation
des dispositions prises, les instructions envoyées par la
DGAL aux services vétérinaires leur étaient également diffusées.
En conclusion, le dispositif français a montré sa cohérence
et sa réactivité dans un contexte de forte pression médiatique.
Le "principe de précaution", qui revient à mettre en oeuvre
des dispositions radicales lorsque les informations recueillies
sont entourées de trop d'incertitudes, a été mis en oeuvre.
Il reste que des crises de cette nature ont un coût et que
l'ampleur des mesures arrêtées peut apparaître disproportionnée
par rapport aux risques sanitaires réellement encourus. Cette
appréciation ne peut toutefois émerger que de la seule analyse
historique de la crise. Des outils d'évaluation et de gestion
des risques alimentaires tels que les réseaux d'alertes, une
expertise organisée, les autocontrôles, la traçabilité et
l'amélioration des outils de communication interministériels
devraient pouvoir, à l'avenir, limiter encore l'impact de
telles crises, par nature imprévisibles.
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