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OGM
et société : des liens complexes (2)
Les pilotes
économiques du développement des OGM en mal de légitimité
L'idée est répandue que les biotechnologies et donc les OGM
constitueront un des principaux enjeux de prééminence économique
pour le début du troisième millénaire.
Pour cette raison, les promoteurs des OGM sont exposés aux
procès d'intention d'une multitude de détracteurs qui s'organisent
progressivement et tentent plus ou moins consciemment de lutter
contre une forme d'appropriation du pouvoir sur le vivant.
Une observation des événements montre à quel point les différents
acteurs sont à la recherche d'une légitimité qui tarde à leur
être reconnue :
- Certains états connus pour encourager habituellement l'innovation
technologique et qui ont arrêté des règles peu contraignantes
pour la mise sur le marché d'espèces végétales génétiquement
modifiées sont suspectés de vouloir créer les conditions d'un
avantage concurrentiel durable, par les pays qui mettent l'accent
sur la sécurité des consommateurs et de J'environnement,
- Les pays qui disposent aujourd'hui d'un savoir-faire en
matière de biotechnologies sont suspectés de vouloir mettre
les pays en voie de développement (PVD) sous tutelle,
- Les firmes de l'agrochimie qui se sont engagées sur la voie
d'une diversification de leur activité dans le domaine des
biotechnologies se voient reprocher de rechercher une nouvelle
source de profit et d'opter pour une mise sous dépendance
de l'agriculteur qui serait totalement tributaire de tel ou
tel approvisionnement.
La recherche d'une légitimité conduit donc actuellement les
opérateurs économiques à des décisions qui peuvent surprendre
les observateurs lorsque, par exemple, la technologie dite
"terminator" est abandonnée sous les pressions écologistes
pour que les récoltes puissent être ressemées alors que l'achat
annuel de nouvelles semences pour garantir le rendement est
devenu nu usage jusqu'en Inde ou bien lorsque les distributeurs
s'empressent de bannir l'incorporation, d'OGM pour tout produit
vendu sous leurs marques propres, donnant à penser qu'ils
épousent ainsi une attente forte des consommateurs.
Quel
fil conducteur pour l'action publique?
Les OGM sont en fait l'illustration d'un problème qu'il convient
d'apprécier beaucoup plus globalement : il s'agit de la perception
sociale de l'idée de progrès.
Les OGM marquent une forme de rupture suffisamment perceptible
avec le passé pour entraîner une perte de repères et le sentiment
partagé que le développement de ces techniques se fera au
profit d'intérêts particuliers, voire au détriment du plus
grand nombre.
Les principes de l'action publique face aux innovations
Pour l'introduction d'une nouvelle substance ou l'adoption
d'un nouveau procédé, il semble désormais assez clair que
les bénéfices doivent être mieux démontrés, les risques établis
avec le moins d'incertitudes possibles, ainsi que les éventuelles
possibilités de les minimiser. Le rapport bénéfices/risques
des innovations devrait être comparé à celui des techniques
ou substances existantes permettant d'atteindre le même objectif.
Les innovations qui sont à évaluer dans un processus d'analyse
des risques ne devraient être autorisées que lorsqu'une surveillance
et une traçabilité des procédures permettant l'arrêt des fabrications
et le retrait des denrées sont possibles matériellement et
économiquement.
Enfin, l'innovation ne doit pas mettre en péril l'ensemble
du dispositif de production et déstabiliser les filières existantes.
Elle doit s'inscrire dans l'objectif de préserver une agriculture
durable, plus respectueuse à la fois de la santé humaine ou
animale et de l'environnement.
Le principe de précaution
: un enjeu
La mise en oeuvre du principe de précaution équivaut, devant
le doute, à instaurer des dispositions favorables à l'homme,
à l'animal ou à l'environnement s'il est exposé à un danger
et à des risques insuffisamment caractérisés.
D'évidentes difficultés actuelles tiennent à l'hétérogénéité
des conditions d'application du principe de précaution, à
l'inexistence de supports juridiques appropriés en dehors
des thèmes relatifs à l'environnement et à une multitude d'options
sur les conditions de son déclenchement.
Il existe un réel déséquilibre entre deux options radicalement
distinctes : soit laisser le marché décider, soit recourir
au principe de précaution dès que les dangers ne sont pas
nettement circonscrits.
L'absence d'unité de comportement entre les organisations
gouvernementales sur cette question revient à considérer de
façon très différente le risque bien sûr, mais également l'innovation
et les conditions d'accès au marché pour les OGM notamment.
Susciter une harmonisation internationale sur ce sujet servirait
sans doute la compréhension mutuelle entre les états.
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