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Phlébite,
voyage : mythe ou réalité….
Interview du Dr Jean
Pierre Laroche
Médecin Vasculaire à Avignon
28 Ao ût 2001
" Ce que j'aime dans les voyages, c'est l'étonnement
du retour " Stendhal |
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Caducee.net : Les thromboses au décours d'un voyage en avion
sont aujourd'hui d'actualité, plusieurs cas ont été rendus publics
et le célèbre cabinet d'avocat australien Slater et Gordon entend
bien obtenir réparation pour les victimes, pensez vous qu'il
s'agisse d'un phénomène nouveau ?
JPL : Si l'on veut parler d'histoire, il faut se souvenir
que c'est en 1858 que Virchow a décrit trois facteurs, qui,
associés ou non, sont à l'origine de la phlébite ou thrombose
veineuse profonde : la stase veineuse, l'hypercoagulabilité
sanguine (contenu) et l'altération de la paroi veineuse (contenant).
Ces trois paramètres sont toujours d'actualité en 2001 et de
plus expliquent parfaitement la survenue d'une phlébite au décours
d'un voyage.
L'hypothèse d'une relation étroite entre position assise prolongée
et risque de phlébite avait déjà été émise en 1948 par Simpson,
après qu'il ait constaté un nombre considérablement élevé d'embolies
pulmonaires chez des soldats anglais contraints de rester en
position recroquevillée durant plusieurs heures dans les abris
aériens londoniens lors des bombardements.
En 1954, Homans a rapproché un épisode de phlébite et un long
trajet en position assise en avion et en 1985, Alberty-Ryopp
est le premier à envisager le concept de " syndrome de la classe
économique ", en décrivant la survenue de phlébite au décours
d'un voyage en avion.
En 2000, le grand public fait connaissance officielle avec ce
syndrome, lors du décès d'une jeune femme de 28 ans, à Heathrow,
après un vol Sidney-Londres.
En 2001, c'est la direction générale de l'Aviation Civile qui
publie une note de recommandations intitulée : insuffisance
veineuse, phlébite et transport aérien.
En 2001, Scurr publie dans le Lancet une étude montrant le rôle
déterminant de la contention élastique dans la prévention de
phlébite lors d'un voyage en avion et la même année, la compagnie
italienne Alitalia sponsorise, lors du XIVème Congrès de l'Union
européenne de Phlébologie à Rome, un symposium consacré à phlébite
et voyage aérien. Il s'agit là d'une prise de conscience incontestable
de ce problème, décrit initialement il y a 53 ans… !
Caducee.net : Quelles sont les raisons de ces thromboses
?
JPL : La formation d'un thrombus dans une veine obéit
à plusieurs facteurs bien connus et décrits par Virchow. La
stase veineuse induite par une immobilisation prolongée, est
certainement le facteur déclenchant numéro1 ; une anomalie héréditaire
ou acquise de la coagulation est de plus à prendre en considération
et enfin, un veine aux parois altérées est un point de départ
idéal.
Les voyages aériens, en car, voire en voiture représentent une
situation expérimentale idéale dans l'apparition d'une phlébite
du fait essentiellement de la stase veineuse induite par l'immobilisation
prolongée. Il est donc impératif de lutter contre cette stase
afin d'éviter de tels événements au décours d'un voyage.
Cependant, cette stase n'est pas le seul facteur à prendre en
compte, il faut y ajouter la déshydratation, la pressurisation,
les excès d'alcool, les traitements hormonaux et enfin, les
désordres constitutionnels ou acquis de l'hémostase.
L'ensemble de tous ces facteurs explique largement la survenue
d'une phlébite au décours d'un voyage, mais heureusement, ce
ne sont pas tous les voyages qui sont concernés par la pathologie
veineuse. Ce sont ceux en avion, de plus de 6 à 8 heures et
les voyages en car ou en voiture plus de 6 heures sans pause.
Caducee.net : Quelles recommandations proposez vous pour
éviter la survenue de phlébites ?
JPL : Voici les recommandations que tout médecin doit
faire aux patients qui partent pour un long voyage, d'autant
plus qu'ils présentent un terrain veineux - varices, antécédent
personnel ou familial de phlébite, surcharge pondérale, traitement
hormonal, cancer :
- Hydratation : un litre d'eau pour 6 heures de vol, idem en
voiture ou en bus.
- Proscrire l'alcool durant le voyage. En provoquant un état
de somnolence, l'alcool ne favorise pas la déambulation et de
plus, il a un effet diurétique.
- Lutter contre la stase veineuse : déambulation toutes les
deux heures dans l'avion, stop toute les deux heures en voiture
ou en car et déambulation.
- En avion, faire des mouvements de flexion extension des chevilles,
15 toutes les 2 heures, de manière à activer la pompe musculaire
du mollet et réduire la stase veineuse.
- Porter des vêtements amples et confortables
- En absence d'antécédents veineux, port systématique de mi
bas de contention de classe I, en cas d'antécédents veineux,
port de mi bas de classe II. L'étude de Scurr est plus que démonstrative
à ce sujet. Son étude, comparative, est faite chez des passagers
effectuant un vol longue distance, avec deux sous populations,
une avec mi bas de contention et l'autre sans. Les conclusions
se passent de tout commentaire : chez les patients non porteurs
de contention, une phlébite surale a été retrouvée dans 10%
des cas en échodoppler, alors qu'aucune phlébite asymptomatique
n'a été retrouvée chez ceux avec contention.
- Pour les patients présentant un antécédent documenté de maladie
thromboembolique veineuse, une injection avisée prophylactique
d'HBPM, une heure avant le départ peut être proposée, idem pour
le retour.
- Aucune étude n'a prouvé l'efficacité de l'aspirine dans ce
contexte.
Caducee.net : En conclusion ?
JPL : Plus de 600 millions de personnes voyagent en avion
chaque année, beaucoup plus effectuent de long voyages en voiture
ou en car, toutes ne font pas de phlébite à leur arrivée. Mais,
il faut remarquer qu'en fait le voyage peut être un facteur
déclenchant, à prendre en compte durant les trois semaine qui
suivent.
Ferrari, dans une étude cas-témoin, retrouve un voyage récent
de plus de 4 heures, chez 30% des sujets hospitalisés ayant
présenté une embolie pulmonaire ou une phlébite.
Au total, les voyages forment toujours la jeunesse, occupent
le 3ème et le 4ème âge. Le spectre d'une pathologie induite
ne doit pas être un obstacle, le corps médical doit cependant
bien connaître cette pathologie, afin de proposer des mesures
préventives efficaces, simples peu coûteuses, comme la contention
élastique, mesure préventive numéro 1 et validée. |