Journée mondiale de lutte contre le sida : données épidémiologiques sur l'infection à VIH et les IST en France

Chaque année, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, l’Institut de veille sanitaire (InVS) publie les données actualisées de la surveillance du VIH/Sida et des infections sexuellement transmissibles en France. Ces données reposent à la fois, sur différents systèmes de surveillance auxquels participent les biologistes et les cliniciens, à travers la déclaration obligatoire ou le volontariat, et sur des enquêtes menées auprès de populations spécifiques. Pour l’année 2011, si les données disponibles ne montrent pas de rupture avec les années précédentes, les premiers résultats de l’enquête Presse Gays et Lesbiennes laissent craindre une recrudescence des contaminations par le VIH chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes.

Le nombre de nouveaux diagnostics d’infection à VIH reste stable

En 2011, environ 6 100 personnes ont découvert leur séropositivité, un nombre relativement stable depuis 2007. Des disparités demeurent néanmoins selon le mode de contamination et l’origine géographique. Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) et les personnes contaminées par rapports hétérosexuels nées à l’étranger (dont les ¾ dans un pays d’Afrique subsaharienne) restent les deux groupes les plus concernés et représentent chacun 40 % des découvertes de séropositivité en 2011. La transmission du VIH est toujours importante parmi les HSH, qui constituent le seul groupe où le nombre de découvertes de séropositivité est en augmentation depuis 2003 (+30 %), même si leur nombre en 2011 est équivalent à celui de 2010. Chez les hétérosexuels nés à l’étranger, le nombre de cas diagnostiqués diminue depuis 2003, de façon plus marquée chez les femmes (-42 % entre 2003 et 2011) que chez les hommes (-31 %). Une stabilité de séropositivité est observée dans les autres groupes, depuis 2003 chez les hétérosexuels nés en France et depuis 2008 chez les usagers de drogue (UD). Au niveau régional, des disparités importantes persistent en 2011 : la Guyane et la Guadeloupe ont un taux de découvertes par million d’habitants supérieur à celui observé en Ile-de-France (respectivement 914, 401 et 222 par million d’habitants). Dans le reste de la métropole, les taux régionaux ne dépassent pas 82 découvertes par million d’habitants.

Pour la première fois, depuis 5 ans, le nombre de dépistage du VIH a augmenté

Près de 5,2 millions de sérologies VIH ont été réalisées en 2011, soit 79 sérologies pour 1 000 habitants. Pour la première fois depuis cinq ans, le nombre de dépistage a augmenté de +4 % entre 2010 et 2011. Il semble que l’élargissement du dépistage préconisé fin 2010 a vraisemblablement induit cette augmentation. Il est cependant encore trop tôt pour en observer l’impact sur l’augmentation des diagnostics d’infection à VIH notamment réalisés à l’occasion d’un bilan ou sur la baisse des découvertes de séropositivité à un stade tardif. En effet, la proportion de découvertes de séropositivité à l’occasion d’un bilan systématique est stable depuis plusieurs années (20 % en 2011). La proportion de découvertes à un stade tardif est de 29 % en 2011, un chiffre également stable depuis 2008 qui concerne principalement les hétérosexuels.

Augmentation de certaines infections sexuellement transmissibles

En 2011, le nombre d’infections urogénitales à Chlamydia, la plus fréquente des IST, continue d’augmenter chez l’homme comme chez la femme. Cette augmentation reflète à la fois un accroissement des pratiques de dépistage et, dans une moindre mesure, une hausse des contaminations. Le nombre d’infections à gonocoque continue également d’augmenter depuis 10 ans chez l’homme et la femme, quelle que soit l’orientation sexuelle. Une partie de cette augmentation est liée à l’utilisation depuis 2009 des techniques moléculaires (PCR) plus sensibles. Concernant la syphilis, le nombre de cas récents est en augmentation chez les homo-bisexuels masculins, qui représentent toujours la grande majorité des cas rapportés. Les données comportementales montrent que l’utilisation systématique du préservatif reste insuffisante, notamment lors des fellations.


Premiers résultats de l’enquête Enquête Presse Gays et Lesbiennes (EPGL) ANRS-InVS

Depuis 1985, avec le soutien de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), des enquêtes nommées Presse Gays sont réalisées régulièrement auprès des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH). Ce dispositif d’enquête s’intéresse aux modes de vie, à la santé et aux comportements sexuels de cette population à travers des questionnaires encartés dans la presse identitaire gay et depuis 2004, disponibles sur des sites Internet communautaires.

L’enquête EPGL 2011 constitue la 14ème édition de ce dispositif unique, auxquels les HSH participent volontairement et anonymement. L’édition de 2011 marque un tournant, en raison d’un mode de passation du questionnaire principalement par internet, de l’utilisation des réseaux sociaux pour le recrutement et de la participation, pour la première fois, des femmes ayant des rapports sexuels avec des femmes (FSF). Plus de 60 sites internet communautaires ont donc participé à l’édition 2011 et un site internet spécifiquement dédié à l’enquête a été créé (http://www.enquetegayslesbiennes.fr).

Au total, plus de 11 000 HSH et près de 4 000 FSF ont participé. Par rapport aux précédentes éditions, des profils plus diversifiés d’HSH ont été recrutés (plus jeunes et plus ruraux) et le nombre de répondants a doublé. Bien que la moitié des répondants rapportent un test de dépistage du VIH dans les 12 derniers mois, 14 % déclarent encore "ne jamais avoir réalisés de test de dépistage au cours de leur vie". En 2011, 17 % des répondants HSH de l’enquête déclarent être séropositifs pour le VIH, soit une prévalence déclarée plus élevée que lors de la précédente édition EPG (13 % en 2004). Les comportements sexuels à risque ont également augmenté en 2011 avec 38 % des HSH déclarant au moins une prise de risque dans les 12 derniers mois avec des partenaires masculins occasionnels de statut VIH inconnu ou différent contre 33 % en 2004. Ces prises de risque sont déclarées plus fréquemment par les répondants qui se déclarent séropositifs que par les répondants qui se déclarent séronégatifs.

Les résultats de l’enquête EPGL 2011 sont donc très préoccupants en raison de l’augmentation, par rapport à l’édition de 2004, de la prévalence déclarée du VIH par les répondants HSH et des comportements sexuels à risque. Les résultats du volet consacré aux FSF seront disponibles courant 2013.

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