Assurance maladie : un euro, et après...
Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir
Mensuel n° 417 - juillet - ao ût 2004
Qui, dans tous les discours convenus, occupe le centre du système de soins? L'usager, bien s ûr! Pourtant, à entendre certains décideurs politiques ou professionnels de la santé, il suffirait de responsabiliser - entendez punir - le même usager pour revenir à un âge d'or. Saisissons les mots : être responsable, pour nous c'est être actif. Et l'UFC-Que Choisir s'implique dans la vie du système de soins : contribution à la loi sur les droits des patients (dite loi Kouchner), membre du conseil d'administration de l'Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé (Afssaps), de conseils d'administration hospitaliers, de commissions régionales d'indemnisation et de conciliation (CRCI), présence dans les agences régionales d'hospitalisation, participation à l'élaboration des schémas régionaux d'organisation des soins (SROS), etc. Pour l'usager, être responsable c'est d'abord être informé. On reproche suffisamment aux usagers de se rendre trop aisément aux urgences hospitalières pour un bobo, de co ûter cher et de saturer des services débordés. Mais qui donc avait informé cet usager qu'à seulement dix minutes à pied, un médecin libéral - pour autant qu'il existe dans cette zone déficitaire en généralistes - était de garde ce dimanche-là ? Personne !
PUB
L'usager connaissait-il alors un numéro d'appel unique l'orientant instantanément vers la bonne destination ? Soyons clairs: responsabiliser l'usager passe par un parcours de soins bien balisé et connu de tous. On en est loin. Et puis, la douloureuse. à la hausse de la CSG (contribution sociale généralisée) s'ajoute l'euro symbolique à chaque consultation ou acte médical. Symbolique ? Pour l'instant, car il augmentera. Et vite. L'UFC-Que Choisir n'est pas dupe. Pour preuve, le projet de loi de réforme de l'assurance maladie fixe la participation des entreprises à une hausse, elle symbolique, de 0,03 % de la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S). Plus évasif quant aux usagers, le texte pose le principe du paiement à chaque consultation, sans en définir le montant ! En clair : où est-il écrit «un euro» ? Il est si facile de modifier un arrêté plutôt qu'une loi. Et de rendre évolutif un euro si symbolique...
Il y a de quoi être inquiet de la dérive qui ainsi se renforce encore davantage et consiste à assimiler le besoin de soins à un besoin de consommation, à réguler celui-ci par une dissuasion qui serait le prix, avec les risques, à terme, d'une médecine à l'accès fortement inégalitaire. Cette mutation du patient en consommateur, ce basculement de la santé dans un schéma de pure logique commerciale ne peut être source, à terme, que de ségrégation et de régression sociale. L'occasion a donc été manquée de placer l'usager au coeur du dispositif, en qualité de véritable acteur, et pas seulement de payeur.
Source
|
| |
 |
| |
|