Les nouveau-nés humains voient avec leur main

Arlette Streri, professeur de psychologie de l’enfant et Edouard Gentaz, chargé de recherche au CNRS du Laboratoire « cognition et développement » (CNRS-Université Paris V) démontrent expérimentalement, pour la première fois, que la capacité à coordonner les informations sur la forme des objets entre les modalités visuelle et tactile est présente dès la naissance. Les résultats de cette étude sont contraires aux théories basées sur un apprentissage perceptif et confortent les théories nativistes, basées sur des capacités dépendantes de structures perceptives innées.

Paris, le 12 mai 2003

Arlette Streri, professeur de psychologie de l’enfant et Edouard Gentaz, chargé de recherche au CNRS du Laboratoire « cognition et développement » (CNRS-Université Paris V) démontrent expérimentalement, pour la première fois, que la capacité à coordonner les informations sur la forme des objets entre les modalités visuelle et tactile est présente dès la naissance. Les résultats de cette étude sont contraires aux théories basées sur un apprentissage perceptif et confortent les théories nativistes, basées sur des capacités dépendantes de structures perceptives innées.

Une expérience a été menée sur douze nouveau-nés, âgés de trois jours en moyenne, choisis pour effectuer une tâche classique en psychologie cognitive de « transfert intermodal toucher-vision ». Ce test permet d’évaluer la communication de l’information de la modalité tactile à la modalité visuelle. Il est associé à deux comportements naturels du nourrisson : d’une part, il se familiarise peu à peu avec une situation (phase d’habituation) et y porte de moins en moins d’intérêt (le temps d’exploration diminuant progressivement). D’autre part, le nourrisson réagit à toute nouvelle situation en l’explorant plus longuement. Partant de ce constat, l’expérience est réalisée en deux phases : dans la première phase, un petit objet est tenu par le nourrisson dans sa main droite (sans la vision) puis un test de reconnaissance visuelle est effectué.

Lors de la première phase, l’expérimentateur met un petit objet (prisme ou cylindre) dans la main droite du nouveau-né. Dès que le nourrisson lâche l'objet, l'expérimentateur le lui remet dans la main jusqu'à ce qu'il « s’habitue » à la forme de l’objet. Dans la deuxième phase, on présente à la vue du nourrisson les deux objets côte à côte pendant 60 secondes. La mesure du temps de regard pour chaque objet pendant ces 60 secondes montre que l’objet préalablement tenu par la main droite retient moins longtemps l’attention visuelle du nourrisson par rapport à l’objet qui n’a pas encore été exploré au toucher. Pour s’assurer que cette préférence visuelle pour l’objet nouveau n’est pas dû aux objets eux-mêmes, le comportement de douze autres nouveau-nés a été testé, uniquement pour la phase visuelle. Les résultats démontrent que les nourrissons regardent autant les deux objets pendant les 60 secondes. Ceci prouve que l’objet exploré préalablement par le toucher est familier au nourrisson, contrairement à l’autre objet qui est perçu comme nouveau.

C’est la première preuve expérimentale que les nouveau-nés peuvent extraire l’information sur la forme d’un objet dans un format tactile manuel et le transposer ensuite dans un format visuel, avant même de l’avoir appris à partir des associations issues de leurs expériences visuelles et tactiles.

Références :

- Streri, A. & Gentaz, E. (2003). Cross-modal recognition of shapes from hand to eyes in newborns. Somatosensory and Motor Research, 20, 11-16.

- Hatwell, Y., Streri, A. & Gentaz, E; (2000). Toucher pour connaître. Psychologie cognitive de la perception tactile manuelle Paris: PUF

Descripteur MESH : Psychologie , Paris , Cognition , Apprentissage , Recherche , Nourrisson , Toucher , Main , Temps , Comportement , Transfert

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