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Les effets physiologiques
et comportementaux du GHB ou « drogue des violeurs » sur le thalamus
CNRS
Paris, le 15 décembre 2003
Nathalie Leresche directrice de recherche au CNRS et ses collaborateurs
du Laboratoire de neurobiologie des processus adaptatifs (CNRS-Université
Paris 6) en collaboration avec le groupe de Vincenzo Crunelli
(Université de Cardiff, UK) ont étudié les effets de l’acide gamma-hydroxybutyrique
(1) ou GHB plus connu du grand public sous le nom de « drogue
des violeurs » dans une région clef du système nerveux impliquée
dans le sommeil : le thalamus. Ces recherches ont permis de relier
pour la première fois les effets du GHB au niveau cellulaire à
ses effets comportementaux. Ce travail a été effectué dans le
cadre du programme de recherche international lancé en 2001 par
le National Institute of Drug Abuse (NIDA-National Institute of
Health, USA) en raison de l’augmentation de la consommation illicite
de GHB. Publié le 11 décembre 2003 dans « Journal of Neuroscience
», il a été soutenu par le NIDA et la Mission interministérielle
de lutte contre la drogue et la toxicomanie.
En dépit de ses nombreux effets neurologiques bien connus (propriétés
hypnotiques, effets euphorisants et désinhibiteurs…), le mécanisme
d’action du GHB sur les neurones du système nerveux central est
encore très mal connu, alors même que le GHB est présent dans
le cerveau de manière naturelle à une très faible concentration.
Par exemple, les cibles du GHB, la nature des récepteurs qui reconnaissent
cette molécule sont encore controversés et les effets du GHB sur
l’excitabilité des neurones et des réseaux neuronaux restent largement
ignorés. Ces recherches qui caractérisent les effets du GHB au
niveau thalamique contribuent de manière essentielle à la compréhension
des effets de cette drogue sur le sommeil.
Les neurones de la région du thalamus présentent une activité
électrique oscillatoire rythmique pendant les phases profondes
de sommeil. Ce comportement caractéristique peut être modifié
par la libération de molécules comme l’acide gamma-aminobutyrique
(GABA) et le glutamate qui sont respectivement les principaux
neurotransmetteurs de l’inhibition et de l’excitation dans le
système nerveux central. Ces chercheurs ont montré que le GHB
active spécifiquement un type de récepteurs au GABA : les récepteurs
GABA-B. Selon les doses administrées, différents mécanismes sont
mis en jeu.
A faibles doses (250µM dans le liquide céphalorachidien), le GHB
agit au niveau des synapses qui contactent les neurones du thalamus
et provoque un déséquilibre dans le rapport entre les informations
excitatrices et inhibitrices reçues par les neurones. Ce déséquilibre
induit des activités rythmiques pathologiques identiques à celles
observées pendant les crises d’épilepsie non-convulsives, de type
« absence », qui se caractérisent par des pertes de conscience.
Cette forme d’épilepsie a été observée chez les singes lors de
l’administration de faibles doses de GHB.
A des doses plus élevées, correspondant aux concentrations associées
aux effets hypnotiques, le GHB réduit la libération de glutamate
et de GABA, ce qui entraîne une diminution des informations reçues
par les neurones thalamiques. De plus, à ces concentrations, le
GHB agit directement sur les neurones qui développent alors l’activité
oscillante caractéristique des phases profondes du sommeil.
Ainsi l’effet hypnotique du GHB, comme sa capacité à normaliser
les rythmes du sommeil et à induire certains types d’épilepsie,
s’explique, pour l’essentiel, par son action sur l’activité des
réseaux de neurones thalamiques.
(1) En 1964, Henri Laborit synthétise
un nouveau composé, l’acide gamma-hydroxybutyrique ou GHB, qui
se révèle avoir des propriétés hypnotiques. Dans la ligne de cette
observation, le GHB fut utilisé en clinique comme anesthésique
puis, plus récemment, dans le traitement de la narcolepsie, une
pathologie des rythmes du sommeil. Jusqu’à son inscription sur
la liste des stupéfiants en 1999, le GHB était en vente libre
mais la simplicité de la structure chimique de cette molécule,
qui est produite par le métabolisme de l’acide gamma-aminobutyrique
(GABA), permet une synthèse aisée de cette drogue et un approvisionnement
facile. La consommation non contrôlée de GHB, outre son aspect
criminel, comporte d’importants risques de toxicité. L’ingestion
de fortes doses de GHB provoque une dépression respiratoire qui
peut conduire au coma. En outre, l’usage répété de GHB crée une
dépendance pouvant amener un état de manque prolongé et sévère.
(2) Le GHB a été adopté par les milieux culturistes pour développer
la masse musculaire en raison de son effet sur la libération endogène
de l’hormone de croissance. Depuis le début des années 1990, des
utilisations illicites du GHB ont vu le jour. En effet, à très
faibles doses, le GHB a des effets euphorisants et désinhibiteurs,
ce qui a conduit à un usage récréatif de cette drogue. Dans ce
contexte, le GHB est souvent désigné sous l’appellation d’ « extasie
liquide ». Parallèlement à cette consommation volontaire, des
doses plus élevées de GHB administrées de manière criminelle induisent
une hypnose associée à une amnésie; cet usage en particulier dans
le cadre d’affaires de viol a conduit les médias à désigner le
GHB comme la «drogue des violeurs ».
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