Creutzfeldt-Jakob
et vache folle
Rédigé par Me DURRIEU-DIEBOLT, Avocat
à la Cour
Qu'est-ce que la maladie de Creutzfeldt-Jakob ?
Comment est-on contaminé par la maladie de Creutzfeldt-Jakob
?
La vache folle (et la tremblante du mouton)
: qu'est-ce, et quel est le rapport avec Creutzfeldt-Jakob ?
Les résultats scientifiquement avérés
Les quasi-certitudes
Les
incertitudes
Les
mesures prises et les perspectives
Quels
sont vos droits ?
Qu'est-ce
que la maladie de Creutzfeldt-Jakob ?
- Dans sa forme classique
et connue de longue date, il s'agit à la fois d'une
:
- maladie de l'homme
- c'est une maladie
rare de l'homme, transmissible : on parle d'encéphalopatie
spongiforme humaine
- elle concerne un
cas sur un million de personnes par an dans 5 pays
européens dans lesquels des études ont été menées
- il s'agit d'une
maladie neurologique se traduisant par une démence
grave, d'incubation lente mais d'évolution rapide,
toujours fatale : une fois que la maladie s'est
manifestée, la durée moyenne de survie est de 6
mois
- elle touche des
personnes d'un âge moyen de 65 ans
- maladie de certaines
espèces animales
- elle concerne également
diverses espèces animales dont le mouton, la chèvre,
la vache, le vison et le cerf. Récemment, on a vu
apparaître la maladie chez des animaux jusqu'alors
indemnes :chats (87 chats détectés au Royaume-Uni
en 2000), animaux sauvages en captivité, singes.
- s'agissant du mouton,
la tremblante du mouton est connue depuis la moitié
du 18e siècle
- quant au bovin,
les premiers cas ont été signalés au Royaume Uni
en 1985
Depuis, 168.000 cas ont été observés dans ce seul
pays.
Des cas en nombre plus faibles ont été recensés
en France, Irlande, Pays-Bas, Portugal et Suisse
; un petit nombre au Canada, Danemark, Iles Falkland,
Allemagne, Italie et Oman, uniquement chez des animaux
importés de Grande-Bretagne.
- En 1996, on a identifié
une variante de Creutzfeldt-Jakob humaine qui a provoqué
48 morts en Grande-Bretagne et 1 mort en France - 1 autre
cas français révélé en décembre 1999 -.
Cette forme inédite de la maladie serait dûe à une contamination
par l'agent infectieux de la vache folle. Il résulte des
expériences menées que c'est en mangeant de la vache folle
que l'on peut être contaminé par la nouvelle forme de Creutzfeldt-Jakob.
Contrairement à sa forme classique, elle touche des patients
plus jeunes (âge moyen : 27 ans) et elle a une évolution
plus longue (environ 14 mois).
Comment
est-on contaminé par la maladie de Creutzfeldt-Jakob ?
- On ne le sait pas exactement.
On sait qu'elle est transmissible par un agent infectieux
encore énigmatique : un virus, une bactérie, un prion...
De nombreux travaux expérimentaux tendent vers la thèse
du prion : d'où le nom de maladie à prion souvent employé
(source : Revue Epidémiologie et Santé publique, 1997, 45:448-453)
- Dans la forme classique
de la maladie, on peut distinguer des cas de transmission
:
- sporadique : cas dans
lesquels la cause est inconnue et qui représentent 80
% à 85 % des cas
- familiale : affection
héréditaire associés à la mutation d'un gène qui représente
10 % à 15 % des cas
- iatrogène : contamination
au cours d'un traitement médical ou chirurgical en raison
de l'utilisation d'éléments contaminés qui représentent
2 % à 5 % des cas
Dans ce cadre, deux problèmes plus particuliers se sont
posés :
- la transmission
après traitement par une hormone de croissance :
- une quarantaine
de cas de transmission ont été recensés aux
Etats-Unis, Grande Bretagne, 1 au Chili par
une hormone importée des USA, et 1 en Nouvelle
Zélande par une hormone importée de Grande Bretagne.
- pour la France,
on a retenu en 1997, 53 cas. Le nombre total
de patients traités en France avec une hormone
de croissance entre 1960 et 1988 s'élève à env.
2.300
- en France, la
période suspecte est comprise entre janvier
1984 et juillet 1985, ce qui représente 968
patients traités par une hormone de croissance
A partir de juillet 1985, le traitement a été
modifié et aucun patient dont le traitement
a débuté après cette date n'a actuellement révélé
de maladie de Creutzfeldt-Jakob.
Toutefois, il n'est pas exclu que quelques lots
non retraités aient pu être distribués au-delà
de cette date.
- les victimes
ont été indemnisées par l'Etat dans le cadre
d'une loi d'indemnisation
- la transmission
par voie sanguine :
- dans l'état
actuel des connaissances scientifiques, le risque
de transmission par voie sanguine n'est encore
que théorique pour l'homme.
- le 14 septembre
2000, une équipe de l'Institut vétérinaire d'Edimbourg
a raaporté une expérience qui atteste de la
transmission de la maladie d'un mouton à un
autre par transfusion.
- une dépêche
du 18 septembre 2000 a révélé que des médecins
au Royaume-Uni suspectent qu'un enfant est né
en Grande-Bretagne avec la forme humaine de
la maladie de la vache folle. Il s'agirait du
premier cas connu de transmission entre une
mère et son enfant lors de la grossesse et donc
d'une transmission par voie sanguinaire.
- dans cette éventualité
de transmission, un avis du Comité Consultatif
National d'Ethique (CCNE), le 1er octobre 1997,
a prévu un renforcement de l'information à cet
égard, à la fois des médecins et des patients.
Cet avis conclut à la nécessité "de mettre
en place une structure de vigilance scientifique
et éthique qui fasse régulièrement le point
des publications scientifiques sur ce sujet.
Dès lors que des faits scientifiquement établis
permettraient d'affirmer que ce risque existe
réellement, l'exploitation des dossiers médicaux
mis en place de façon prospective permettrait
de traiter les informations recueillies et de
retrouver les malades potentiellement contaminés.
Ils seraient alors systèmatiquement informés
selon les modalités définies."
Vous pouvez consulter
cet avis sur le site du CCNE.
- en outre, des
mesures de prévention ont été prises : sont
exclues des dons de sang les personnes qui ont
reçu des transfusions sanguines, celles contaminées
par la forme ancienne de la maladie, les patients
atteints d'autres encéphalopaties spongiformes
transmissibles, les personnes ayant pris des
hormones de croissance provenant de cadavres,
celles qui ont subi des greffes de dure-mère
(l'enveloppe du cerveau). De plus, en France,
le sang est " déleucocyté", c'est-à-dire débarrassé
de ses globules blancs. Or ce sont dans les
globules blancs que l'on soupçonne la présence
du prion.
- par précaution,
au Canada, "Santé Canada" a publié le 31 août
2000 une directive visant l'exclusion, à titre
de donneurs de sang ou de plasma au Canada,
de toute personne ayant séjourné six mois ou
plus en France entre 1980 et 1996. Cette nouvelle
exigence s'ajoute à une directive diffusée en
août 1999 concernant l'exclusion des donneurs
ayant passé six mois et plus au Royaume-Uni
dans dans la même période et est fondée sur
les mêmes principes.
Dans
la nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob : la
vache folle et la tremblante du mouton
- en l'état des données scientifiques,
la maladie de la vache ou du mouton correspond à la maladie
de Creutzfeldt-Jakob humaine.
En effet, il s'agit également d'une encéphalopathie spongiforme
entraînant une dégénérescence cérébrale fatale, d'incubation
lente (4 à 5 ans pour les vaches), transmissible par un
agent infectieux encore indéterminé.
- la nouvelle variante, apparue
en 1996, de Creutzfeldt-Jakob humaine, serait dûe à une
contamination infectieuse de la vache folle
- la question est donc de
savoir avec certitude si en mangeant de la vache folle ou
du mouton contaminé, on risque d'être contaminé. Si oui,
quel est l'agent infectieux et les solutions à envisager
?
- la tremblante du mouton,
qui est connue depuis la moitié du 18e siècle, ne s'était
jamais transmise à l'homme : on se réfère au principe "de
la barrière d'espèce" suivant lequel une maladie propre
à une espèce ne se transmet pas à une autre
- il semble que l'agent bovin
infectieux ne contamine que le système nerveux (cerveau,
moëlle épinière,...) et digestif (intestins), mais pas les
muscles (viande) ni le lait
- en conséquence, la maladie
peut se transmettre à l'homme ayant mangé des abats contaminés.
Reste également que des viandes ont pu être contaminées
par la moëlle épinière contenue dans les os lorsqu'ils sont
sectionnés dans les abattoirs.
Les
résultats scientifiquement avérés
-
Du mouton
à la vache :
Les bovins ont été contaminés par la consommation de farines
animales composées notamment de déchets de moutons eux-mêmes
contaminés.
En effet, le procédé de fabrication des farines qui exige
normalement un chauffage à haute température qui détruit
le prion, n'avait pas été respecté par les fabricants
desdites farines.
Il en résulte la transmission de la maladie d'une espèce
animale à une autre (le mouton à la vache).
- De la vache au singe :
-
les encéphalopathies
sont transmissibles au moins expérimentalement aux
mammifères : il suffit de faire manger à un mammifère
du cerveau d'un animal décédé contaminé
-
des expériences
récentes (D. Butter, Primate study may yield new CJD
clues, Nature 1999, n°398, p. 449) relèvent que des
singes contaminés avaient des signes d'infection incontestables,
mais ne présentaient pas de symptômes de la maladie
après seulement quelques mois
-
l'état
infectieux des primates a été obtenu avec des quantités
correspondant à 500 g. de cerveau de vache folle pour
un être humain.
-
il convient
de relever que ces expériences ont été effectuées
avec du cerveau et non de la viande
-
ces éléments
laissent supposer qu'un nombre important de personnes,
et notamment de britanniques, qui ont consommé de
la vache contaminée (particulièrement des abats),
pourraient être infectées
-
L'incubation
est lente : 4 à 5 ans pour les vaches, 5 à 30 ans pour
l'homme
Les
quasi-certitudes
-
La transmission de la vache
à l'homme est quasi avérée : en raison des expériences
faites sur le singe, et d'études menées sur des souris
qui révèlent un agent étiologique commun aux souris et
aux bovins.
En outre, on ne détermine
pas d'autre cause plus probable de la nouvelle forme de
Creutzfeldt-Jakob que la consommation de vache folle.
Maître Carine DURRIEU DIEBOLT
Avocat au barreau de Paris
23, rue Chapon
75003 PARIS
Tel : 01.42.71.56.10 ; Télécopie : 01.42.71.56.50
; toque : M 1775 |