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Découverte
d'un gène de sensibilité au virus West Nile
Institut Pasteur,
20 ao ût 2002
L'infection par le virus
West Nile, transmise à l'homme par des moustiques et qui sévit
actuellement aux Etats-Unis, est généralement bénigne voire
inapparente chez la majorité des personnes infectées, alors
qu'elle peut, chez d'autres, déclencher des encéphalites mortelles.
La constitution génétique des individus pourrait-elle expliquer
ces différences de sensibilité à l'infection? C'est ce que
suggèrent des chercheurs de l'Institut Pasteur, grâce à la
mise en évidence chez la souris d'un gène-candidat de sensibilité
à ce virus "émergent". Ce gène pourrait également expliquer
les sensibilités individuelles à des virus de la même famille,
également responsables de maladies mortelles chez un certain
nombre de personnes infectées : dengue, fièvre jaune, encéphalite
japonaise… Ce travail, à paraître dans PNAS (Proceedings of
National Academy of Sciences), ouvre des perspectives prometteuses
pour la mise au point de tests de diagnostic, de traitements,
voire de vaccins pour lutter contre des virus qui se propagent
de plus en plus, tout comme les moustiques qui les transmettent.
Récemment apparu aux Etats-Unis
(New-York, 1999), responsable actuellement de plus d'une centaine
de cas d'infections humaines et de plusieurs décès dans différents
Etats américains, le virus West Nile est présent dans différentes
régions du monde. Découvert en 1937 en Ouganda (d'où son nom),
il a depuis été isolé en Afrique, au Moyen-Orient, en Inde
et en Europe, où une épidémie en 1996-97 en Roumanie a touché
quelque 500 personnes, mortellement dans 10% des cas. En France,
si les derniers cas humains remontent aux années 60, une épidémie
survenue chez des chevaux en Camargue a témoigné de la présence
du virus dans notre pays fin 2000.
L'infection par le virus West Nile se caractérise par la survenue
d'une fièvre importante s'accompagnant de maux de tête et
de dos, de douleurs musculaires, d'une toux, d'un gonflement
des ganglions du cou, et souvent d'une éruption cutanée, de
nausées, de douleurs abdominales, de symptômes respiratoires.
Des complications surviennent dans moins de 15% des cas :
encéphalites, hépatites, pancréatites ou myocardites. Généralement,
le malade récupère spontanément, parfois avec séquelles, mais
la maladie peut s'avérer fatale, particulièrement chez les
sujets fragiles (personnes âgées, jeunes enfants). Au-delà
de cette fragilité liée à l'âge, d'autres facteurs expliquent-ils
les différents degrés de sévérité observés en réponse à cette
infection? Les résultats d'une étude réunissant plusieurs
équipes de l'Institut Pasteur (Programme Transversal de Recherche
regroupant l'Unité de Génétique des Mammifères1, l'Unité des
Interactions Moléculaires Flavivirus-hôtes2, l'Unité de la
Rage et l'Unité de biologie des Infections Virales Emergentes),
menée par Jean-Louis Guénet1 et Philippe Desprès2, viennent
appuyer cette hypothèse. Les chercheurs ont en effet mis en
évidence chez un modèle murin de l'infection à virus West
Nile un gène-candidat de sensibilité à cette infection. Ceci
corrobore les résultats d'une équipe américaine qui a récemment
proposé ce gène comme un candidat possible à la sensibilité
aux flavivirus en général. Rappelons que les flavivirus, la
plupart transmis par des moustiques hématophages, comprennent,
outre le virus West Nile, le virus de la dengue (responsable
de 60 à 100 millions d'infections chaque année dans le monde
et de 20 000 morts annuelles et contre lequel il n'existe
ni traitement ni vaccin), celui de la fièvre jaune (toujours
responsable, malgré l'existence d'un vaccin efficace, de quelque
200 000 cas et 30 000 décès annuels sur le seul continent
africain) ou encore celui de l'encéphalite japonaise, très
répandu en Asie du Sud-Est et lui aussi à l'origine d'une
importante mortalité. Les infections à flavivirus, considérées
comme émergentes ou ré-émergentes, sont donc de réels et croissants
problèmes de santé publique, contre lesquels on ne dispose
pas de traitement ni, sauf dans le cas de la fièvre jaune,
de vaccin. La lutte anti-moustique, difficile à mettre en
œuvre pour des raisons tant pratiques, qu'économiques ou scientifiques
(résistance croissante de certaines espèces de moustiques
aux insecticides) reste aujourd'hui la seule parade contre
la plupart de ces infections. Et parallèlement, les moustiques
- et donc les virus qu'ils véhiculent - se propagent de plus
en plus aisément, grâce aux transports internationaux ou aux
conditions climatiques (réchauffement de la planète).
Le gène mis en évidence par
les chercheurs ouvre donc d'intéressantes perspectives de
recherche. Il s'agit d'une part et en premier lieu de vérifier
si ce qui vient d'être découvert chez la souris est transposable
à l'homme. A l'Institut Pasteur, le laboratoire de Cécile
Julier (Unité postulante de Génétique des Maladies Infectieuses
et Auto-immunes) mène des investigations en ce sens, recherchant
dans des cohortes humaines si des variations du gène homologue
au gène candidat localisé chez la souris sont associées aux
formes sévères de la dengue (dengue hémorragique). De telles
études pourraient déboucher à terme, sur la mise au point
de tests permettant de prédire, chez un individu donné, la
sévérité d'une infection à flavivirus.
Parallèlement, d'autres équipes
pasteuriennes s'attachent à étudier les mécanismes de réponses
antivirales associés au gène candidat, dont on sait qu'ils
impliquent la défense innée de l'hôte. On espère par ce biais
pouvoir trouver des parades thérapeutiques ou vaccinales contre
ces infections, voire au-delà : les mécanismes à l'étude semblent
en effet dépendants de l'interféron alpha, antiviral naturel
de l'organisme aujourd'hui utilisé dans le traitement d'infections
comme l'hépatite C, d'ailleurs provoquée par un virus de la
famille du virus West Nile…
Le gène pointé par les scientifiques
ouvre donc la voie à des études dont on peut espérer qu'elles
déboucheront à moyens termes sur des moyens de lutte efficaces
contre les infections à flavivirus.
Source :
"A nonsense mutation in
the gene encoding 2'-5'-oligoadenylate synthetase/L1 isoform
is associated with West Nile virus susceptibility in laboratory
mice" : PNAS, août 2002. Tomoji Mashimo*, Marianne Lucas¤,
Dominique Simon-Chazottes*, Marie-Pascale Frenkiel¤, Xavier
Montagutelli*, Pierre-Emmanuel Ceccaldi#, Vincent Deubel§,
Jean-Louis Guenet* and Philippe Despres¤
* Unité de Génétique des
mammifères, ¤ Unité des Interactions Moléculaires Flavivirus-Hôtes,
# Unité de la rage, Institut Pasteur, Paris - § Unité de Biologie
des Infections Virales Emergentes, Institut Pasteur, Lyon
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