|
Dépression
majeure
Rédacteur
: Ludovic Baene,
juin 2002
Définition
- Classification
Diagnostic et formes cliniques
Traitement
Pour en savoir plus
Définition
- Classification
Les dépressions font partie
des troubles de l’humeur
(thymie), elles se caractérisent en trois grandes catégories
:
- troubles dépressifs : le
syndrome dépressif peut varier cliniquement selon l’intensité
(léger ou majeur),
- troubles bipolaires : épisode
ou état maniaque (manie, excitation psychomotrice) = type
I, succession d’épisodes dépressifs majeurs que l’on appelle
mélancoliques (urgence psychiatrique) = type II,
- troubles cyclothymiques
: évolution longue qui se traduit par un cycle dépressif
suivi de cycle maniaque répété plusieurs fois ( psychoses
maniaco-dépressives).
Vous pouvez consulter nos dossiers
sur : Généralités
de la dépression et Les
psychoses maniaco-dépressives
Venant en complément, ce dossier s'attache à
décrire les spécificités
des dépressions basées sur la mélancolie
qui constituent un groupe de formes
cliniques de la dépression et à présenter
les familles d'antidépresseurs.
Les dépressions mélancoliques sont désormais
rassembler sous le terme dépression
majeure et sont à distinguer des autres
groupes cliniques :
- états dépressifs
réactionnels,
- dépression d'épuisement,
- dépressions liées
au terrain : dépression de l'enfant, de la femme
enceinte, de la personne âgée,
- dépression saisonnière.
La classification psychiatrique
oppose classiquement les dépressions endogènes, psychotiques
et génétiques, aux dépressions psychogènes, névrotiques et
réactionnelles. La mélancolie et ses différentes
formes font partie des dépressions endogènes.
Les études empiriques réalisées sur des groupes de patients
déprimés n'ont pas confirmé la validité de cette
distinction. L'utilisation de celle-ci est désormais officiellement
déconseillée : l'Association Américaine de Psychiatrie se
base désormais sur le DSM
IV et l'Organisation Mondiale de la Santé sur la
Classification Internationale des Maladies ou CIM-10.
Le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders)
est un référentiel diagnostique et statistique
des troubles mentaux élaboré par l'American Psychiatry Association.
Sa perspective multiaxiale permet une évaluation systématique
et globale tenant compte des divers troubles mentaux, des
affections médicales générales, des problèmes psychosociaux
et environnementaux.
Diagnostic
et formes cliniques
Diagnostic
Les dépressions sont
toutes caratérisées par un syndrome
dépressif majeur ou caractérisé.
Le syndrome dépressif majeur se manifeste par un ou
plusieurs épisodes. Cet épisode dépend
à la fois du fonctionnement psychologique et de facteurs
neurochimiques.
Il est diagnostiqué par les critères du DSM
IV et correspond à l'épisode dépressif de la
CIM-10 :
- présenter au moins cinq
symptômes sur neuf qui durent depuis au moins deux semaines
:
- 1. Humeur dépressive,
- 2. diminution de l’intérêt
et du plaisir,
- 3. perte d’appétit et
de poids d’au moins 5 % par mois,
- 4. insomnie ou hypersomnie
(plus rare),
- 5. agitation ou retard
au niveau psychomoteur,
- 6. fatigue et perte
d’énergie,
- 7. sentiment de culpabilité
ou manque de valorisation de soi,
- 8. trouble de concentration,
- 9. pensée de mort et
de suicide.
- ces symptômes provoquent
une détresse chez la personne ou une diminution du fonctionnement
au niveau social ou au travail,
- ces symptômes ne sont pas
reliés à l’utilisation de médicaments ou d’une substance
ni à un problème médical,
- les symptômes ne sont pas
le résultat d’un deuil.
La mélancolie est la forme
la plus intense et la plus grave des états dépressifs.
Son tableau clinique diffère du syndrome dépressif qui vient
d’être décrit par 3 éléments essentiels :
- la douleur morale dépasse
la souffrance physique, le désinvestissement est global
et massif, le ralentissement moteur se rapproche de l’inhibition,
- expression d'idées délirantes
souvent avec réticence centrées toujours sur des thèmes
de dévalorisation, d’échec, de culpabilité, de ruine ou
d’incurabilité,
- désir de mort constant,
parfois verbalisé, le plus souvent avec forte réticence
: seule son inhibition empêche le sujet de passer à la réalisation
de l’acte suicidaire.
Toute mélancolie engage le
pronostic vital. Le risque
suicidaire doit être évalué chez tous les patients déprimés,
en les interrogeant directement sur leurs idées et pulsions
suicidaires, ainsi que sur leurs antécédents personnels de
tentatives de suicide.
Formes cliniques
La clinique de l'épisode
détermine les spécificités de l'accès
mélancolique :
- dépression mélancolique
simple : intensité de la douleur morale, importance
de l'anhédonie, ralentissement psychomoteur et symptômes
somatiques, présence d'idées délirantes
(culpabilité, indignité),
- mélancolie délirante
: épisode dépressif majeur associé
à un délire proche de la dépression
mélancolique simple avec en plus la notion de persécution,
- mélancolie anxieuse
: anxiété marquée, hypersthésie
douloureuse, agitation (troublant le diagnostic), douleur
morales et anhédonie intenses, absence de réaction
avec l'environnement, idée de culpabilité,
d'indignité,
- mélancolie stuporeuse
: inhibition psychomotrice maximale, souvent impliqué
dans un trouble bipolaire,
- dépression masquée : trouble
de l'humeur masqué par des symptômes somatiques auxquels
le patient fait référence (malaises physiques : troubles
digestifs, cardio-respiratoires ou des douleurs variées
et persistantes comme céphalées, algies de la sphère faciale,
lombalgies). Les somatisations multiples et les sensations
d'angoisse occultent le syndrome dépressif rendant le diagnostic
difficile.
Traitement
Le traitement correspond
à une combinaison adaptée d'une psychothérapie
avec un antidépresseur.
Dans la plupart des cas il est ambulatoire et le recours à
l'hospitalisation est nécessaire face à un risque
suicidaire important ou face à une clinique sévère
(mélancolie délirante, anxieuse, stuporeuse
ou franche).
Psychothérapie
Plusieurs formes de psychothérapie sont utiles dans le traitement
de la dépression :
- thérapie cognitivo-comportementale
visant à corriger certaines pensées négatives et des comportements
inappropriés qui augmentent les sentiments dépressifs chez
les patients,
- thérapie interpersonnelle
brève visant à améliorer les relations avec les autres et
à éviter certaines situations conflictuelles,
- thérapie éducative permettant
aux patients de bien connaître leur maladie et les traitements
appropriés,
- thérapies de groupe utilisées
pour diminuer les sentiments d’isolement chez les patients,
- thérapie à plus long terme
pour consolider les gains réalisés après une thérapie à
court terme.
La thérapie analytique peut
être utile après la période aiguë de la maladie afin de résilier
certains conflits persistants.
Antidépresseurs
Les théories biologiques de la dépression impliquent
un dysfonctionnment des systèmes mono-aminergiques
centraux, en particulier noradrénergiques et sérotoninergiques.
Les antidépresseurs agissent en augmentant la concentration
des neurotransmetteurs au niveau synaptique.
Inhibiteurs de la monoamine oxydase
(IMAO)
Ces molécules inhibent la monoamine oxydase de types A et
B et augmentent ainsi les niveaux de sérotonine, noradrénaline
et dopamine avec une bonne efficacité. Il y a plusieurs effets
secondaires et des interactions avec les autres médicaments
et les aliments contenant de la tyramine (ex. : vin, fromage).
Il faut suivre un régime sévère afin d’éviter l’absorption
de tyramine pendant ce traitement. Les IMAO sont peu utilisés
aujourd’hui.
Inhibiteurs réversibles de la monoamine
oxydase de type A
Opérant sélectivement sur la monoamine oxydase de type A,
ils ont beaucoup moins d’effets secondaires par rapport aux
IMAO classiques et très peu d’interaction avec la tyramine.
Antidépresseurs tricycliques (ATC)
Les ATC agissent en inhibant la recapture de la sérotonine
ou de la noradrénaline.Elles présentent beaucoup d’effets
secondaires dont les effets antihistaminiques (sédation, gain
de poids), anticholinergiques (bouche sèche, constipation)
et anti-alpha-adrénergiques (hypotension orthostatique). Les
tricycliques secondaires agissent surtout au niveau de la
noradrénaline et ont un profil d’effets secondaires plus favorable.
Inhibiteurs sélectifs de recapture
de la sérotonine (ISRS)
Ils présentent moins d’effets secondaires aux niveaux antihistaminique,
anticholinergique et anti-alpha-adrénergique. Il y a des effets
secondaires dus à l’augmentation de la sérotonine stimulant
trois récepteurs au niveau postsynaptique. La stimulation
des récepteurs 5-HT1A a comme effets bénéfiques d’atténuer
la dépression, l’anxiété et les pensées obsédantes. Cependant,
la stimulation des récepteurs 5-HT2 peut provoquer l’agitation,
l’insomnie et une baisse de la libido. également, la stimulation
des récepteurs 5-HT3 a d’autres effets secondaires dont des
céphalées et des malaises gastro-intestinaux.
Inhibiteurs de recapture de la sérotonine et la noradrénaline
(IRSN)
Antidépresseurs avec une action double au niveau de la sérotonine
et de la noradrénaline, ce qui est associé à une augmentation
de l’énergie et de la motivation.
Inhibiteur sélectif de recapture
de la sérotonine et du blocage des récepteurs 5-HT2 (ISRS-5-HT2)
Amélioration du profil des effets secondaires par rapport
aux ISRS. Tout en stimulant les récepteurs 5-HT1A, le Serzone
bloque les récepteurs 5-HT2 et évite les effets secondaires
associés dont l’agitation, l’insomnie et la baisse de la libido.
Modulateurs de la noradrénaline et de la dopamine (MNADA)
Ces molécules n’agissent pas du tout sur la sérotonine, mais
augmentent plutôt les niveaux de noradrénaline et de dopamine,
ce qui est associé à une augmentation de l’intérêt, du plaisir
et une amélioration de la concentration. Il est à noter que
la nicotine dans le tabac augmente également la dopamine au
niveau cérébral.
Noradrénaline et sérotonine sélectifs
antidépresseurs (NASSA)
Contrairement aux autres antidépresseurs, ces molécules
bloquent les autorécepteurs pré-synaptiques alpha-2 sur les
neurones sérotoninergiques et noradrénergiques. L’effet thérapeutique
commence dès la première semaine du traitement. Il augmente
les concentrations de sérotonine et de noradrénaline rapidement.
Le blocage des récepteurs 5-HT2 et 5-HT3 permet d’éviter ainsi
les effets secondaires associés : agitation, insomnie, baisse
de la libido, céphalée, malaise gastro-intestinal.
La dépression réfractaire
Quand la réponse n’est pas complète avec un antidépresseur,
on peut combiner deux classes d’antidépresseurs qui agissent
sur des sites différents. On peut également potentialiser
les effets des antidépresseurs avec plusieurs agents dont
le lithium en petites doses, le T3, le tryptophane (précurseur
de la sérotonine), des anti-convulsivants, l’œstrogène chez
la femme en période préménopausale, la testostérone chez l’homme
en andropause présentant une baisse de la testostérone bio-disponible.
» Pour
en savoir plus:
Le temps du diagnostic
La problématique
du diagnostic étudié par l'Inserm. Chapitre
du dossier "Itinéraire des déprimés" réalisé
par un groupe d'experts sous la direction du Pr Philippe-Jean
PARQUET, psychiatre. Janvier 2001.
http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/bibliothq/sallelec/ItinDeprimes/ItinDeprimDiagnostic.html
Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders
Dans la section
des Clinical resources, l'American Psychiatric Association
présente la DSM, quatrième édition.
Voir le document
Practice Guideline for the Treatment of Patients With
Major Depression
Dans la section
des Clinical resources, guide pratique de l'American Psychiatric
Association sur le traitement des dépressions majeures.
En anglais.
Voir le document
La durée des épisodes de dépression majeure dans la population
canadienne générale
Tiré de
la revue Maladies chroniques au Canada, Volume 22, No
1, auteur: Scott B Patten. 2001. Sur le site Santé
Canada.
Voir le document
Les états dépressifs majeurs
Quand traiter ? - Que rechercher ? - Comment traiter ?
- Quand changer d'antidépresseur ? - Quand recourir
à un spécialiste ? - Quand arrêter
un traitement antidépresseur ? Dr Beau, février
1997
Voir le document
Antidépresseurs
Les antidépresseurs
Définition - Classification - Mécanismes d'action - Evaluation
clinique - Les antidépresseurs tricycliques - Les inhibiteurs
de la monoamine oxydase - Les inhibiteurs de la recapture
de la sérotonine (IRSS) - Les nouveaux antidépresseurs
- Bibliographie. Stéphane Schück Laboratoire de Pharmacologie
Expérimentale et Clinique de Rennes. Janvier 1999.
Voir le document
Etude de la prescription et de la consommation des
antidépresseurs en ambulatoire
Etude menée par un groupe d'experts de l'ancienne
Agence du médicament désormais l'Afssaps.
Introduction - Sources d'information - Analyse de la prescription
des antidépresseurs - Comparaisons internationales
- Conclusion. Format PDF. Juillet 1998.
Voir le document
Médicaments antidépresseurs
Recommandations et références médicales de l'ANAES. Supplément
au n° 42 du Concours Médical du 14/12/96. Format PDF.
Voir le document
Antidépresseurs
Les différentes familles
d'antidépresseurs avec leur DCI et leur nom commercial.
1999.
Voir le document
Antidépresseurs
Antidépresseurs à effet noradrénergique prédominant -
Antidépresseurs à effet mixte, noradrénergique et sérotoninergique
- Antidépresseurs à composante dopaminergique - Antidépresseurs
à activité IMAO. Extrait du livre "les médicaments",
auteur : Pr. Pierre Allain, CdM Editions. Janvier 2002
http://www.pharmacorama.com/Rubriques/Output/Sympathomimetiques_indirectsa4.php
Les modes d'action de la sérotonine - Son implication
dans la dépression
Les fonctions physiologiques impliquant la sérotonine
- La localisation des neurones sérotoninergiques dans
l'encéphale - Les récepteurs postsynaptiques de la sérotonine
- Les récepteurs de la sérotonine sur le corps cellulaire
et les dendrites des neurones sérotoninergiques - Analyse
des cas de dépression grave avec passage à l'acte suicidaire.
Rédigé par M-C. Garnier et M. Ternaux, lycée Joliot Curie,
Aubagne et relu par Michel Hamon, INSERM U 288, CHU Pitié-Salpétrière.
Février 2002.
Voir le document
Les médicaments antidépresseurs
Les antidépresseurs agissant sélectivement sur le système
sérotoninergique - Les antidépresseurs agissant sur les
systèmes sérotoninergiques et noradrénergiques - Les antidépresseurs
inhibiteurs de l'enzyme MAO (MonoAmine Oxydase). Rédigé
par M-C. Garnier et M. Ternaux, lycée Joliot Curie, Aubagne
et relu par Michel Hamon, INSERM U 288, CHU Pitié-Salpétrière.
Voir le document
Actualité
Dépêches de caducee.net sur la dépression
majeure
Voir le document
|
|