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De la psychiatrie
vers la Santé Mentale
Rapport de Mission - Juillet 2001
Dr Eric Piel et
Dr Jean-Luc Roetland
( Ministère de l'Emploi et de la Solidarité - Ministère délégué
à la santé)
Cette mission a été une mission
de réflexion et de prospective dans le domaine de la Santé
Mentale, elle a visé à redéfinir une politique de sectorisation
psychiatrique, à proposer un déploiement de la psychiatrie
en l'intégrant dans le champ de la santé mentale, elle même
inclue dans le dispositif de soins primaires, et à améliorer
le dispositif de prise en charge chez les sujets détenus.
Trois modalités de travail ont été retenues, des rencontres
avec des acteurs de terrain (aussi bien en France qu'à l'étranger),
des réunions de travail (avec les institutionnels) et des
rencontres avec différents professionnels et représentants
de groupes.
La Santé Mentale est, au jour
d'aujourd'hui, une priorité mondiale de l'OMS, 400 millions
d'individus sont concernés dans le monde (et un français sur
4).
L'abord de cette pathologie passe par un changement d'attitude
de la société vis à vis de ces malades, il faut mettre la
psychiatrie dans la ville, l' intégrer comme entité dans le
système de soins primaires, et se reposer sur les réseaux
de soins, tout en diversifiant l'offre de soins qui sera adaptée
aux besoins des usagers et des professionnels.
Cela passe par le développement de structures de psychiatrie
dans la ville, la parole aux usagers, un service territorial
de psychiatrie (STP) adossé à un réseau territorial
de santé mentale (RTSM), sous couvert d'un plan décennal
de fermeture des hôpitaux psychiatriques et d'un plan national
de redéfinition des moyens humains.
Quelle
est la situation de la santé Mentale en France ?
La sectorisation psychiatrique
reste le principe de base, elle permet des prises en charge
diversifiées et de proximité, adaptées aux besoins des patients,
assurant une offre de soins importante, mais mal répartie.
La majeure partie des patients
sont suivis en ambulatoire, le plus souvent en CMP, avec des
différences liées au sexe : les hommes, schizophrènes ou alcooliques,
sont plus volontiers suivis dans les structures à temps complet,
alors que l'ambulatoire a plus la faveur des femmes dépressives
ou anxieuses.
Quoiqu'il en soit la demande
est croissante et l'offre prépondérante dans le secteur public
où l'on retrouve 80 % des lits et places, mais où l'on remarque
un déficit en psychiatrie infanto- juvénile. Des disparités
géographiques très importantes sont retrouvées, avec des écarts
allant de 1 à 9, majorées pour les jeunes, alors même que
la France possède une des plus grandes densités de psychiatres
(80 pour 100 000 ha), mais ceux-ci ont choisi le secteur libéral
des grandes agglomérations au détriment du secteur hospitalier,
où 10 % des postes demeurent vacants.
L'offre fait état de
2616 établissements médico-sociaux soit 86065 places, pour
adultes, alors que l'on recense 2497 établissements pour enfants
et adolescents, soit 125 500 places.
Deux plans pluriannuels sont
en cours, le premier (1999-2003) porte sur la création de
5500 places en MAS et 11 000 en CAT, alors que le second (2001-
2003) prévoit la création de places dans les établissements
d'éducation spéciale, le développement d'aide à l'intégration
dans le milieu de vie ordinaire et le soutien à l'insertion
professionnelle. Des guichets uniques offrent une équipe pluridisciplinaire
capable de répondre rapidement à des besoins identifiés.
Le " guide- barème " complète
le dispositif de la COTOREP, il vise à évaluer le handicap
et à orienter les patients vers les structures adéquates.
Le plan HANDISOL est dédié aux jeunes et la convention AGEFIPH
aide à la réinsertion des handicapés dans la vie professionnelle.
Le projet de réforme de la Loi de 1975 porte sur les institutions
sociales et médico-sociales et intègre la notion d'évaluation.On
doit noter qu'à ce jour, les carences restent importantes
en matière d'intégration en milieu ordinaire, en soutien des
familles et en places disponibles dans les établissements
et qu'il convient de travailler dans ce sens.
Les droits spécifiques
pour les personnes atteintes de troubles mentaux sont
régis par la Loi du 27 juin 1990, loi qui pose le principe
du consentement à leur hospitalisation, affirme leur droit
à dignité et à réinsertion sociale.
On remarque néanmoins que le nombre des hospitalisations sans
consentement demeure élevé et que cette loi reste réductrice,
le traitement psychiatrique est typiquement hospitalier, le
régime de l'HO est sécuritaire d'ordre public, et les sorties
sous un tel régime posent problème et une obligation de soins
est souvent maintenue de fait dans les sorties d'essai trop
longues.
Le constat est aujourd'hui,
que les usagers réclament le respect de leurs droits, et l'usager,
c'est toute personne qui peut se sentir concernée à un moment
ou un autre par un problème de santé mentale.
Leur participation à chaque étape de l'élaboration des stratégies
thérapeutiques (quelles qu'elles soient) sera l'un des moteurs
les plus importants du changement de la politique des soins
en santé mentale. Ces dispositions concerneront aussi bien
le consentement libre et éclairé que le refus d'un traitement
ou l'accès au dossier médical ; elles impliqueront, de fait,
des devoirs aux patients, le patient psychiatrique sera considéré
comme un citoyen, à part entière. Cette nouvelle démarche
a donné lieu à l'établissement d'une charte de l'usager en
santé mentale et à un livre blanc des partenaires de Santé
Mentale France. De plus, les associations de familles appellent
à nouveau partenariat global, ce d'autant que l'image de la
psychiatrie porte le poids de la stigmatisation et de l'exclusion
du groupe social des personnes concernées, expliquant l'absence
fréquente de prise en charge précoce. Il convient de s'appliquer
à lutter, d'une manière forte, contre les préjugés.
Parmi les propositions,
il convient de d'assurer un représentativité réelle des
usagers, à tous les niveaux du système de soins (aide
financière, création de postes dans les associations, reconnaissance
du congé de représentation, vie des associations, formations
spécifiques des représentants des usagers). Il convient également
de promouvoir les droits des usagers en santé mentale
(révision de la loi de juin 90, accès direct au dossier médical,
officialisation des chartes de bonne conduite, droit de représentation
d'un usager par une association, formations croisées professionnels/usagers).
Enfin, il faut lutter contre la stigmatisation et l'exclusion
des personnes souffrant de troubles mentaux, en informant
le grand public sur les maladies mentales et l'organisation
du système de soins, en développant des outils scientifiques
informatifs, des formations universitaires et en communiquant
sur l'intérêt de la prévention généralisée.
Qu'en est-il
des administrations ?
Force est de faire le constat
d'une planification qui s'est avérée complexe, et dans laquelle
les professionnels attendent encore, en vain, des zonages
géographiques proposés par le DATAR, l'INSEE ou le Commissariat
général au plan, planification qui souffre également d'une
carence majeure d'articulation avec la planification médico-social,
qui peut, très vraisemblablement, être reprochée aux Comités
Régionaux des Politiques de Santé. On remarque, également,
l'inadaptation des outils de planification, notamment le PMSI-Psy,
que beaucoup qualifient de " contre-sens " et pour lesquels,
il représente une modalité " impertinente " de recueil de
données. Un outil pertinent devrait alors reposer sur les
données du dossier-patient centralisé.
Par ailleurs, il apparaît que la politique de sectorisation
n'a pas été menée à son terme. En effet, la gestion du secteur
psychiatrique par l'hôpital a remis en cause le principe de
base… le budget des sites hospitaliers…n'a pas été transféré
vers la communauté. La logique hospitalière amène à considérer
le secteur psychiatrique comme une excroissance de l'hôpital,
le public y intègre une notion sécuritaire et le notion de
concentration hospitalière psychiatrique n'a pas disparu des
esprits, alors même que l'on ne retrouve aucun argument scientifique,
théorique, éthique, économique ou social au maintien des hôpitaux
psychiatriques dans le monde. D'autre part, force est de remarquer,
que le système de soins psychiatrique fonctionne à deux vitesses
: le secteur libéral des grandes villes s'adresse aux plus
aisés, dont les pathologies sont plus volontiers " légères
", alors que l'hôpital doit assurer toute la psychiatrie lourde,
de ceux qui sont le plus souvent pauvres ou démunis. Ce fossé
ne manquera pas de se creuser, en absence de décisions pertinentes
et adaptées, capables de corriger des erreurs nationales,
installant de vraies pratiques de soins dans la communauté,
alors que l'on est aujourd'hui, dans une situation d'incompatibilité
totale entre cette démarche et celle de la logique hospitalière.
Par ailleurs, on doit également
constater la non différenciation du danger pour soi-même et
celui pour autrui dans le cadre des traitements psychiatriques
sous contrainte, ceci est d'autant plus regrettable que générant
la confusion soins obligatoires - ordre public -santé -justice.
De plus, seule l'évolution fondamentale des orientations,
des organisations et des moyens internes au milieu pénitentiaire
permettra de régler l'opposition entre logique de soins et
logique pénale. Il sera alors plus plausible d'envisager une
réinsertion des anciens détenus dans une vie sociale et professionnelle
" normale ".
En effet, il parait aujourd'hui, impératif de ne plus taire
que les SMPR (Services Médico Psychologiques Régionaux) ne
sont pas capables d'assurer, dans le cadre des établissements
pénitentiaires, les soins en hospitalisation complète ; situation
d'autant plus difficile que les psychiatres pénitentiaires
évaluent comme une peine supplémentaire la mise en place d'un
traitement, lors d'une incarcération…mais las de savoir où
se situe la notion de double peine !
Par ailleurs, les UMD (Unités pour Malades Difficiles) des
CHS ne limitent pas leurs hospitalisations à celles de détenus,
acceptant dans cette structure d'hospitalisation -enfermement
des jugés irresponsables. Aussi s'avère-t-il indispensable
que les professionnels tranchent sur la notion clinique qui
valide l'enfermement et celle qui valide la contention et
peut être pourra-t-on pousser le débat jusqu'à celui du concept
de crime !
Les propositions d'aide
au passage de la psychiatrie à la santé mentale ne manquent
pas, elles associeraient la mise en cohérence des différents
niveaux de planification et la définition des outils d'aide
à la décision adaptés, parmi lesquels on retrouve :
- la révision globale et le rapprochement des cartes sanitaires,
psychiatriques, sociales, judiciaires et scolaires,
- la révision des délimitations cadastrales des secteurs actuels,
- le développement des SROS unifiés,
- la cohérence des différents niveaux de planification régionaux,
- l'articulation entre l'offre psychiatrique et médico-sociale,
- l'élaboration d'outils de planification et d'évaluation
de l'offre,
- la réflexion sur un PMSI-PSY non exclusivement gestionnaire.
Il conviendrait également de mener la politique de sectorisation
à son terme, de passer de la psychiatrie à la santé mentale
et cela demande ne " révolution psychiatrique ", avec redéfinition
du rôle de chacun des soignants, notamment en réaffirmant
le caractère sanitaire des missions du psychiatre : les meilleurs
soins à ceux qui en ont besoin, dans le cadre de structures
adaptées, dans le cadre d'un réseau de soin global, géographiquement
défini. Il est proposé de maintenir le principe de sectorisation
psychiatrique et le mener à son terme sur tout le territoire
national et de créer par bassin, ou par territoire pertinent,
un service territorial de psychiatrie (STP) articulé
à un réseau territorial de santé mentale (RTSM).
Il serait ainsi possible, au sein du STP d'assurer une permanence
des soins et des prises en charge au sein de structures pérennes,
tout en limitant les temps d'hospitalisation au strict nécessaire
(rôle des familles d'accueil, des appartements thérapeutiques).
Seraient également prévues des clauses spécifiques pour les
détenus atteints de maladies mentales, pour ceux en grande
précarité ou encore ceux atteints du sida.
En ce qui concerne le RTSM,
il est prévu qu'il couvre le même territoire que le service
territorial de psychiatrie, il devrait être complété par un
GIP (Groupement d'intérêt public) gérant le réseau territorial
de santé mentale et étant lui même sous la dépendance d'un
Conseil territorial de Santé mentale (CTSM). Le TRSM sera
composé d'acteurs sanitaires, sociaux, judiciaires, médico-sociaux,
culturels et de représentants des citoyens. Ses missions s'intégreront
dans le cadre d'un Projet territorial de Santé Mentale et
il devrai gérer les liens entre service territorial et services
partenaires, au niveau départemental, régional et avec le
secteur privé conventionné.
Des mesures adaptées devront accompagner ces mutations
:
- une répartition 40/60 du personnel entre l'hospitalisation
temps plein et les soins d'insertion-ambulatoire,
- un moratoire sur les projets d'investissements lourds sur
les sites des anciens CHS,
- l'implantation de toutes les structures de soins gérées
par le STP dans la zone géographique desservie par chaque
secteur,
- un autre moratoire sur les projets de remplacement des services
de psychiatrie par des structures médico-sociales et sociales
sur site,
- l'arrêt des admissions dans les sites des hôpitaux spécialisés.
Ces mesures devront nécessairement s'inscrire dans le temps,
de manière à ce que usagers et personnel soignant s'adaptent
aux changements proposés.
La réforme des modalités
de l'obligation de soins psychiatriques passera par l'instauration
d'une loi déspécifiée pour l'obligation de soins psychiatriques
et une nouvelle organisation de l'obligation de soin. La loi
du 27 juin 90 doit pour certains être modernisée (HO limitée
aux atteintes graves, légalisation des sorties de moins de
12 heures, renforcement de la composition de la commission
départementale des hospitalisations psychiatriques, encadrement
des ordonnances de placement des mineurs). Pour d'autres,
il faut aller jusqu'à l'abrogation et bien différencier obligation
de soigner (qui ne justifie pas de loi ou de réglementation
spécifique) et l'obligation de soins qui, elle, justifie une
loi déspécifiée.
La nouvelle organisation de soins intègre le transport du
malade, le centre d'accueil Intersectoriel et la période d'observation
de 72 heures maximum. On ne parle pas de " garde à vue " psychiatrique,
mais de la mise en place d'une procédure de soins adaptée.
La décision d'admission revient au directeur de l'EPS au vue
d'un premier certificat établi par un généraliste (non EPS)
et d'un second établi immédiatement par un psychiatre de l'établissement.
Le troisième certificat, établi 72 heures plus tard, décide
de la meilleure conduite à tenir face au patient, l'obligation
de soins peut être en ambulatoire (renouvelable au bout d'un
mois) ou par hospitalisation (renouvelable au bout de 7 jours).
Ces méthodes de soin peuvent alterner, après décision du juge
civil.
Ce schéma ne paraît pas recevable pour les auteurs du rapport,
car amalgame obligation de soins et enfermement, et ne permet
pas au personnel de tenir le rôle qui lui revient.
Par ailleurs, il faut proposer
une organisation des soins aux personnes sous main de justice
capable d'articuler logique de soins et logique pénale.
Il convient de réorganiser les soins dans les établissements
pénitentiaires dont les usagers ne devraient relever que des
soins ambulatoires avec une procédure spécifique pour les
toxicomanes. Les modalités d'hospitalisation en milieu psychiatrique
des détenus doivent s'intégrer dans le projet d'UHSI-Psy,
à la fois éthique, simple et efficace sur le plan thérapeutique.
Certains, dont les auteurs du rapport ne partagent pas les
vues, proposent des établissement sous double tutelle et des
structures spécifiques d 'hospitalisation liées au SMPR dans
l'enceinte de quelques établissement pénitentiaires.
Par ailleurs, autant il paraît évident que les détenus n'aient
à recevoir que des soins ambulatoires, autant, il paraît inconcevable
que des détenus soient traités dans des unités de soins ordinaires.
Ils justifient une prise en charge soit dans des UHSI-Psy,
soit dans les Unités soignantes des secteurs et ce sur décision
du juge d'application des peines.
Il faut également prévoir la facilitation de la réinsertion
des détenus nécessitant des soins spécialisés de longue durée,
élaborer les soins dans les établissements pénitentiaires
et dans les UHSI-Psy de manière intersectorielle, par bassin
de santé et enfin, régler le problème de l'expertise psychiatrique
des personnes détenues.
Une telle modification de la situation actuelle témoignerait
de la prise de conscience par les politiques de l'importance
du problème.
Quid des
professionnels ?
Ce seront les acteurs fondamentaux
du déploiement de la psychiatrie vers le champ de santé mentale,
or le constat n'est pas réjouissant, leurs processus
d'organisation et de formation sont reconnus comme vieillissants
et sclérosés, incapables de faire face au décloisonnement
futur de la santé mentale.
Les formations sont inadaptées
aux évolutions sociales et pratiques, qui amènent aujourd'hui
à des réponses thérapeutiques parfois mixtes, techniques pures
(moyens pharmacologiques, techniques psychothérapiques), des
réponses dans le cadre du travail en groupe (selon des thérapies
diverses) ou encore des réponses " partenverdanaes " dans
le cadre du réseau. On ne peut que constater l'absence de
formation de terrain, de formations trop cloisonnées et trop
spécialisées, de type statutaire, voire institutionnel.
Les psychiatres ne reçoivent
aucune formation à l'animation et à la gestion d'équipes pluridisciplinaires,
bien souvent les psychologues cliniciens sont inégalement
formés aux techniques psychothérapiques, tout comme les infirmiers.
Il faut dire que les raisons sous jacents sont multiples,
pour les médecins, peu d'heures de cours et de stage en psychiatrie,
et ce dans un contexte de reconnaissance minimale, et de bien
piètres ressources en terme infirmier. Alors même que les
travailleurs sociaux ont trouvé une place réelle et structurée.
On remarque que les activités
de recherche clinique repose sur les financement de l'Industrie
pharmaceutique, avec toutes les déviations potentielles que
cette quasi exclusivité peut entraîner, amenant certains à
employer le terme de corruption passive.
Et si les psychiatres qui sortent de l'université n'ont à
ce jour qu'une formation incomplète sur les théories et pratiques
psychothérapiques, la santé publique, les pratiques de secteur,
l'animation d'équipe, l'explication en est parfaitement claire.
Par ailleurs, on ne peut que regretter la multiplicité des
statuts des praticiens hospitaliers, expliquant partiellement
la désertification de l'hôpital au profit d'une médecin de
ville, à proximité des universités, tenant peu compte des
besoins des populations.
Des propositions !
Il faut avant tout adapter le formations professionnelles
aux évolutions sociales et aux pratiques de terrain.
Il faut des psychiatres polyvalents et déspécifiés, formés
aussi bien aux problèmes de l'enfant qu'à ceux du vieillard,
ayant reçu une formation complémentaire en santé publique
et en animation d'équipe et possiblement liés par des contrats
de service public.
Il faut des psychologues cliniciens ayant validé un internat
en psychologie et un exercice hospitalier d'au moins deux
ans, recevant également un enseignement complémentaire en
santé publique.
Il faut des infirmiers formés de manière systématique à la
spécialité, lesquels recevraient une formation sur les représentations
sociales, le travail individuel avec le patient, les pratiques
ambulatoires et la psychothérapie. Le biais des modules semble
une bonne solution.
La réflexion peut aller plus loin …jusqu'à l'imagination d'un
tronc commun sanitaire ou sanitaire et social pour des études
de médecin, infirmier et éducateur, avec pourquoi pas, un
numerus clausus ! Pourraient s'y adjoindre des formations
complémentaires, des stages en secteur de santé mentale, des
formations donnant accès à des postes plus qualifiés.
Il faut également structurer
la recherche en santé mentale au niveau régional, au niveau
de la recherche clinique, en développant des indicateurs fiables
région par région et en impulsant une véritable dynamique
de recherche.
Peut-être cela pourrait-il se faire par le biais d'organisations
fédératives régionales, de projets d'établissements, de projets
régionaux ou nationaux, l'idéal reposant, bien sur, sur des
financements complémentaires. De même, une réflexion devrait
s'engager sur la place des médicaments dans les stratégies
thérapeutiques en matière de santé mentale.
Un statut unique pour
les praticiens hospitaliers, statut de service public avec
la même échelle de salaire et les mêmes devoirs s'impose sous
couvert d'une diversification du contenu des formations, d'une
dynamisation des sujets de recherche, d'un caractère plus
attractif des carrières publiques et d'une possibilité de
passage facile public/privé. Mais d'une manière générale,
il convient que les rémunérations soient attractives et égalitaires.
La répartition harmonieuse
et adaptée aux besoins des professionnels est impérative,
peut être par le biais d'incitations financières.
Quid des
acteurs sociaux ?
Le constat global met
en évidence une dispersion des structures et des organisation
sociales. Le but de cette structure sociale est d'apprendre
ou de réapprendre les moyens compatibles avec une vie en société
ou au sein d'une structure professionnelle.
La nécessité de mécanismes de suivi et de soutien légers et
efficaces est indispensable.
Leur travail concernera aussi bien la prévention primaire
(sensibilisation auprès du public), que la prévention secondaire
(interlocuteurs professionnels) ou tertiaire, avec une mention
toute particulière concernant l'accès aux soins des personnes
en situation d'exclusion, alors même que certains responsables
des services psychiatriques refusent de les intégrer dans
le cadre de leur mission.
Les propositions sont basées sur l'apprentissage du
travail en réseau avec les professionnels des autres champs
thérapeutiques et sur le rapprochement des cultures professionnelles,
à savoir la recherche de partenariat formalisés par des conventions,
des mises en réseau avec des équipes de secteur psychiatrique
et des institutions sociales.
Des réfléxions très
provisoires peuvent être annoncées :
- passer d'une prise en charge financière à la structure à
une prise en charge financière à la personne,
- organiser des actions pluri sectorielles,
- créer un guichet unique,
- faire évoluer la réglementation sanitaire et sociale,
- ne pas compter sur des initiatives individuelles,
- appliquer l'obligation d'embauche des 6 % de travailleurs
handicapés,
- apprendre à passer la main aux professionnels du champ médico-social,
- renoncer à la gestion du médico-social par les établissements
de santé,
- favoriser l'intégration dans le milieu ordinaire,
- obtenir le soutien des pouvoirs publics dans le cadre des
RTSM,
- poursuivre le travail de PMI,
- Identifier les équipes en santé mentale,
- revoir le dispositif d'accès aux soins des personnes en
situation d'exclusion,
- conventionner un nombre suffisant de logements sociaux,
- mettre en place une commission nationale de lutte contre
la stigmatisation,
- développer le conventionnement des réseaux.
En conclusion,
les politiques :
Le déploiement de la psychiatrie
vers le champ de la santé mentale se fera avec les politiques.
Un affichage fort et cohérent par les responsables politiques
d'un nouvel élan pour la santé mentale sur les thèmes :
- du renforcement de la place des usagers et des associations
de famille,
- de la refonte des formations initiales et continues pour
les professionnels,
- de la refonte des statuts des médecins,
- de la refonte des soins sous contrainte et des personnes
sous main de justice,
- de la création de STP et RTSM,
- de la répartition des effectifs hôpital temps plein/ soins
ambulatoires,
- d'un moratoire pour les investissements lourds sur les sites
pour créer sur les secteurs toutes les structures de soins
ouvertes et intégrées,
- d'un moratoire sur les projets d'implantation de structures
médico-sociales et sociales sur les anciens sites hospitaliers,
- d'un arrêt des hospitalisation à distance des lieux de vie,
- de la mise en place de procédures d'accompagnement claires,
- d'un échéancier réaliste, 2 SROS maximum.
Au total, il y a urgence
à envisager ce changement, au regard des droits des usagers,
mais il faudra bien de l'imagination, de l'ambition, de la
persévérance du courage et de la pédagogie pour placer la
psychiatrie à son rang de droit, celui de science des carrefours.
Ont participé à ce travail
:
Mesdames : E.Beau, D.Boissinot, C.Martin-Leray, R.Rocher,
I.Guesdon, C.Finkelstein, F.Mougeotte
Messieurs : J.P.Martin, M.Livet, M.Minard, E.Perrier, G.Vidon,
S.Tomkievicz, P.Beuf, M.Eynaud, Ph.Mullard, D.Leguay, G.Massé,
E.Graindorge, R.Lepoutre, A.Castera, F.Théodore, R.Demelemester,
C.Louzoun, G.Milleret, V.Garcin, Ch.Alezrah, Ch.Muller, S.D.Kipman,
L.Bonnafé, Ch.Bonnal, S.Kanas.
Dr Françoise GIRARD
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