|
Le
secret médical
Rédigé par Me DURRIEU-DIEBOLT, Avocat
à la Cour
Quel
est le contenu du secret médical ?
-
Le secret médical porte sur
les seuls éléments parvenus à la connaissance du médecin
et les personnes qui l'assistent par le fait ou à l'occasion
de l'exercice de leur profession. Toutefois, en dehors
de ce cadre professionnel, ils sont également tenus à
une certaine discrétion.
En principe, le secret médical
est absolu. Mais il existe de nombreuses dérogations.
Quelles
sont les dérogations au secret médical ?
Il existe de nombreuses
dérogations :
-
le droit du malade à connaître
son état de santé :
-
le malade a accès à
son dossier médical par l'intermédiaire d'un médecin
désigné par lui et le médecin doit l'informer de
son état de santé
-
toutefois, l'art. 35
du Code de déontologie prévoit que pour des raisons
légitimes le malade peut être laissé dans l'ignorance
d'un diagnostic ou d'un pronostic grave. Un pronostic
fatal ne doit être révélé qu'avec la plus grande
circonspection.
-
cependant, en cas d'affection
exposant des tiers à des risques de contamination,
le médecin est tenu d'informer le malade
-
de manière générale,
la jurisprudence tend à considérer que le malade
a droit à la vérité mais qu'il faut la lui apprendre
avec ménagement et précaution
-
si le patient est mineur,
le médecin doit s'efforcer de prévenir les parents
ou le représentant légal et d'obtenir leur consentement.
Il doit également tenter de recueillir l'avis du
mineur et en tenir compte dans toute la mesure du
possible.
-
le pouvoir du malade de
délier le praticien du secret médical :
-
le consentement du
malade à la levée du secret supprime le caractère
confidentiel de l'information. Ainsi, il est fréquent
qu'un malade demande à se faire remettre un certificat
médical pour fournir des informations sur son état
de santé.
-
dans ce cas, le médecin
doit s'assurer de la volonté réelle du malade
-
le secret médical après
la mort :
-
le secret médical post-mortem
doit être respecté sauf si le défunt avait manifesté
la volonté de révéler le secret médical avant de
mourir
-
le secret médical ne
peut pas être révélé s'il porte atteinte à la mémoire
du défunt
-
la jurisprudence admet
par ailleurs le témoignage du médecin visant à apporter
des précisions médicales si le défaut d'information
empêche les héritiers de faire valoir leurs droits
(assurance-vie par exemple)
-
à défaut de l'opposition
du défunt, les ayants-droit ont accès au dossier
médical par le biais d'un médecin
-
le secret médical en cas
de médecine collégiale
-
les dérogations légales
: doivent être déclarées :
-
les naissances
-
les décès
-
les maladies contagieuses
à la DDASS
-
les maladies vénériennes
-
les certificats d'internement
pour les malades mentaux pathologiques
-
les alcooliques dangereux
-
les incapables majeurs
-
les accidents du travail
et les maladies professionnelles : les documents
doivent être remis à la victime et aux organismes
gestionnaires
-
les pensions militaires
et civiles
-
les certificats pour
usage illicite de stupéfiants
-
les certificats prénuptiaux
-
les certificats de
vaccination
-
les certificats de
constatation en cas de violence
-
les sévices sur des
mineurs de moins de 15 ans ou sur une personne qui
n'est pas en mesure de se protéger en raison de
son âge ou de son état psychique ou physique
-
les crimes qui sont
en train ou sur le point d'être commis
-
pour assurer sa propre
défense devant les tribunaux, le médecin peut déroger
au secret médical. Mais la divulgation doit être
limitée à ce qui est strictement nécessaire à sa
défense
-
Peut-on déroger au secret
médical en cas de risque encouru si on respecte ce secret
?
-
Le médecin peut se
trouver confronté à des situations qui lui posent
un cas de conscience, notamment lorsque le malade
est dangereux pour autrui : par exemple, trouble
de la vue ou risque d'épilepsie pour un conducteur
de voiture, ou bien maladie contagieuse non soumise
à déclaration.
-
Ce problème a été abondamment
discuté en ce qui concerne le VIH à l'égard de la
famille du malade qui risque d'être contaminée si
le médecin se tait.
-
La jurisprudence n'a
pas tranché.
-
Mais il semble que
le secret médical doit prévaloir : hormis les cas
de dérogation reconnus, il s'agit de violation du
secret médical sanctionné par l'art. 216-13 du NCP.
Le
secret médical face au juge
-
Le témoignage du médecin
:
-
dans ce cas, le secret
médical s'oppose à la recherche de la vérité.
Ainsi "chacun est tenu d'apporter son concours
à la justice en vue de la manifestation de la
vérité" (art. 10 du Code civil), sauf s'il justifie
d'un motif légitime
-
on peut considérer
que le secret médical constitue un motif légitime
-
en conséquence, le
médecin doit déférer à la convocation du juge,
prêter serment, et il peut indiquer qu'il dépose
sous réserve des dispositions protégeant le secret
médical et qu'ainsi il ne révèlera pas l'état
de santé de son patient sans l'accord de celui-ci
(Cour d'Assises de la Seine, 10 avril 1877, 27
juin 1967...)
-
le témoignage fourni
par un médecin en violation du secret médical
est écarté par la jurisprudence (Cass. crim. 30
avril 1965)
-
Les certificats médicaux
produits en justice :
Il en est de même que pour le témoignage : le certificat
sera rejeté s'il a été obtenu en violation du secret
médical.
-
L'expertise judiciaire
:
L'expert judiciaire est délié de l'obligation au secret
dans le cadre de sa mission.
-
Les perquisitions et
les saisies :
-
Le juge d'instruction
peut faire pocéder à des perquisitions et à des
saisies (art. 80 CPP) dans le respect du secret
professionnel (art. 96 CPP).
-
Les perquisitions
doivent avoir lieu en présence d'un membre du
Conseil de l'Ordre (Cass. crim. 20 janv. 1976).
-
Si le juge a besoin
de consulter un dossier médical, il recourra à
un expert médical commis.
-
Il n'est prévu aucune
formalité pour les saisies. Mais le médecin qui
remettra un dossier médical spontanément peut
être poursuivi pour violation du secret médical,
sauf dérogations.
Cabinet 2, rue du Bouloi 75001 PARIS Tel : 01 42 71 56 10 Fax : 01 42 71 56 50 www.sosdroit.org Mail : cabinet.durrieu.fr
|