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Stratégie
de prévention de l'infection VIH/Sida, en France pour les
années 2001- 2004
Conférence de presse - Direction générale de la
santé
Paris, le 30 août 2001
L'élaboration de la stratégie de prévention dans l'infection
VIH / Sida repose sur un travail de collaboration entre les
DRASS, DDASS et les différentes associations, face à la priorité
de santé publique que demeure cette maladie.
Les objectifs de cette prévention sont d'enrayer les risques
de diffusion et de reprise épidémique, ainsi que leurs conséquences,
en terme de santé publique. Ils reposent sur une synergie
des acteurs communautaires et doivent être articulés avec
les programmes de prévention en matière de contraception,
de MST, de VHC et de conduites addictives.
L'infection VIH demeure une priorité essentielle, compte
tenu de sa progression mondiale, alors que, malheureusement,
l'on constate aujourd'hui, une baisse d'intérêt global.
La faible prévalence française en est peut-être bien la raison
(90 000 à 110 000 séropositifs), mais, il faut intégrer l'existence
de groupes à haute prévalence, ainsi qu'une grande disparité
géographique ; les contaminations hétérosexuelles augmentent
régulièrement, alors que les homosexuelles diminuent et on
observe une bonne stabilité chez les toxicomanes.
Les multithérapies ont transformé le tableau clinique, intégrant
des troubles immunitaires et métaboliques, liés aux effets
secondaires des drogues. Le pronostic demeure incertain et
les échappements thérapeutiques sont croissants. De plus,
les dépistages tardifs, chez les migrants, demeurent un problème
(400 cas annuels).
Les lignes directrices et les objectifs publics pour les
4 ans à venir ont plusieurs buts :
- la maîtrise et la réduction de la diffusion de l'infection,
- la réduction de l'incidence des nouvelles infections dans
les groupes à risques,
- le soutien des séropositifs et des malades,
- la mise en place d'une prévention dans le long terme,
- la remise en place d'un partenariat des pouvoirs publics
avec les associations, les professionnels et les représentants
locaux,
- la surveillance épidémiologique de l'infection.
Sur le plan national, il conviendra de cibler des groupes,
des situations et des régions prioritaires. L'effort portera
sur les jeunes séropositifs avec projets parentaux, les homosexuels
de sexe masculin, les groupes à haute prévalence que sont
les migrants, les populations des départements français d'Amérique,
les usagers de drogues, les sujets en prison ou se livrant
à la prostitution.
Il paraît souhaitable de développer une stratégie permettant
d'équilibrer les responsabilités hommes/femmes face aux risques
des MST, du sida et de la contraception.
Les dispositifs de prévention devront être accessibles à tous,
avec des normes préventives univoques, accessibles quel que
soit l'âge, le sexe, la culture ou l'éducation, utilisables
dès l'entrée dans la vie sexuelle, en tenant compte des différences
induites par l'homosexualité, notamment en terme de fidélité.
L'acceptabilité du geste préventif doit être améliorée par
le biais d'une éducation en matière d'usage du préservatif,
à la fois sur le plan physique, économique et psychologique,
assurant ainsi aux utilisateurs une vie sexuelle autonome.
Les associations ont un rôle à jouer dans cette démarche,
mais sous couvert de la responsabilité de chacun.
Avant tout, il convient d'adapter la prévention dans les
groupes prioritaires que sont les migrants, les homosexuels
masculins, les départements français d'Amérique et les usagers
de drogues.
Actuellement, la fréquence des rapports non protégés est identifiée
et les difficultés connues, d'où l'élaboration de programmes
et d'actions spécifiques. On doit pouvoir assurer un haut
niveau de protection, savoir rompre l'isolement affectif et
sexuel des séropositifs, apporter des conseils en matière
de contraception, quantifier le risque additionnel dans les
surcontaminations (lors des rapports entre séropositifs) et
apporter des réponses aux adolescents séropositifs quant à
leur sexualité. Il faut prendre conscience de l'isolement
et du retentissement psychique qu'entraîne la séropositivité,
souvent responsables de la poursuite de rapports non protégés,
du manque d'information, notamment sur les traitements post
exposition, les moyens de contraception et les possibilités
de procréation. C'est là le domaine d'excellence des groupes
de soutien, d'information, d'éducation thérapeutique ou de
paroles.
Chez les homosexuels, on remarque actuellement un relâchement
des attitudes préventives et la reprise de comportements à
risque, avec une augmentation des rapports non protégés et
des MST, tout particulièrement à Paris, alors qu'il s'agit
là d'une sous-population qui a su réagir au sida en début
d'épidémie, en réduisant le nombre des partenaires, en limitant
échanges et pratiques sexuelles et en assurant la promotion
de préservatifs. Mais l'arrivée des multithérapies a rapidement
eu raison de ces bonnes résolutions et les séropositifs traités,
ayant repris goût à la vie, ont de fait repris une activité
sexuelle…sans protection.
S'impose aujourd'hui une communication sur la gravité vraie
de la maladie, assurant la promotion du dépistage et du traitement
post exposition, valorisant la protection sélective, tout
particulièrement destinée aux jeunes homosexuels. Et, seule
une grosse implication de la communauté gay permettra de sortir
de l'impasse.
En ce qui concerne les départements français d'Amérique,
il faut intensifier la prévention en tenant compte des modes
de vie différents, en calquant les moyens quantitatifs de
dépistage sur ceux de la métropole, en prônant la tolérance
par rapport aux séropositifs et en favorisant la mobilisation
de l'ensemble de la communauté. Et ceci d'autant plus que
les partenaires sont nombreux, le recours à la prostitution
fréquent et l'usage du préservatif rare. Le risque de rejet
lié à la découverte d'une séropositivité explique les dépistages
tardifs et la poursuite de la contamination. Par ailleurs,
la prise en charge des orphelins s'annonce comme une urgence
sociale.
Pour les migrants, il convient de répondre à leurs
besoins tout en respectant leurs affiliations communautaires.
On remarque que les hommes étrangers vivant en France sont
deux fois plus touchés que les français et que la proportion
passe à 3,5 pour les femmes, mais que les chiffres des décès
sont superposables, ce qui témoigne d'une bonne observance
aux traitements. Ce sont néanmoins des populations qui utilisent
le moins les protections, qui ont peu accès à l'information
et à la prise en charge thérapeutique. La visibilité pourrait
leur être apportée par le biais d'actions relais via les médias
communautaires et la vie associative. Il faut également mettre
en place un processus de lutte contre les pratiques discriminatoires,
compte tenu du risque social de la maladie. Les campagnes
grand public trouvent là tout leur intérêt, tout comme les
services de soins primaires ou la simplification des procédures
administratives. C'est dans cette population également qu'il
convient de mettre en place une stratégie spécifique pour
les femmes souvent mal traitées, et pouvant difficilement
se protéger d'une contamination.
Les usagers de drogues constituent un groupe à prévalence
maximale, justifiant une information concrète adaptée aux
pratiques usuelles en matière d'accès aux seringues et c'est
là l'intérêt des services de première ligne, de la prévention
des risques liés à la dépendance et de la contamination VHC.
Il paraît indispensable d'augmenter la quantité et la qualité
des services proposés à ce type d'usagers, de valoriser les
groupes de médiation et ceux d'information sur le risque sexuel.
Des situations de vulnérabilité accrue justifient une action
spécifique vis à vis de l'infection VIH. Elles impliquent
une action directe dans les pratiques sexuelles de groupe
ou sur des lieux de drague étiquetés avec mise à disposition
sur place de préservatifs ou de gel. Les administrations pénitentiaires
ou psychiatriques doivent faire l'objet de formations dédiées
compte tenu du nombre de pratiques sexuelles à risques, mais
aussi du partage de matériel d'injection de drogues. Dans
le même ordre d'idées, une douzaine de programmes destinés
aux prostitué(e)s visent à leur faire prendre conscience de
la nécessité d'un haut niveau de prévention, mais aussi d'une
amélioration possible de leur situation juridique, sociale
et sanitaire.
L'effort préventif en population générale doit aussi être
mis en avant.
Chez les jeunes, il faut intégrer la prévention VIH dans le
cadre très large d'une éducation à la sexualité, prenant notamment
en compte les jeunes homosexuels, les inégalités sociales
d'accès à la prévention et intégrant l'abord des différents
risques, infection VIH, MST, grossesse, risque de stérilité.
Dès l'école, l'identité sexuelle doit être affirmée et c'est
certainement là un des rôles fondamentaux d'un partenariat,
type CRIPS, entre les professionnels et les associations.
Les campagnes de propagande lors des événements festifs doivent
être privilégiées, le maintien d'une éducation sexuelle complète
et la pérennité de programme de prévention toutes filières
confondues ( professionnelles et apprentissage, enseignement
public et privé), s'annoncent des bases incontournables.
Chez les adultes, il faut différencier l'approche préventive
en fonction du sexe. On remarque une augmentation du nombre
des cas de contamination du fait de facteurs physiologiques,
mais aussi économiques, sociaux et culturels. Les violences
subies ne favorisent pas la mise en place de méthodes de prévention.
Il s'agit donc là d'un domaine justifiant un programme de
prévention spécifique.
Le renforcement du dispositif de prévention portera sur
plusieurs points :
- La recherche du génome viral dans les dons de sang devrait
augmenter la sécurité transfusionnelle (le risque actuel étant
encore évalué à 1 / 1 000 000).
- La connaissance du statut sérologique du partenaire est
un point important et la promotion du préservatif féminin
est un palliatif lorsque le préservatif masculin ne peut être
employé.
- Prévention de la transmission sanguine par partage du matériel
d'injection et de préparation des drogues.
- Prévention de la transmission materno-fœtale.
- Prévention du risque lors des accidents d'exposition de
soignants.
- Le TAE (traitement après exposition) a fait ses preuves
chez les soignants.
Ce dispositif de prévention repose sur une information actualisée,
complète, compréhensible des institutionnels, un partenariat
avec les médias et une amélioration du service téléphonique
de Sida Info Service. Il faut diversifier les moyens de prévention,
mais aussi améliorer leur accessibilité (distribution de préservatifs
"variés", information sur les gels, diffusion de matériel
stérile).
Il faut maintenir et valoriser le conseil préventif grâce
à des compétences pérennes, assurer une bonne accessibilité
au dépistage, au traitement post exposition, mais aussi valider
une lutte contre la stigmatisation et la discrimination des
séropositifs, surtout en milieu de travail.
Les partenaires institutionnels et associatifs doivent
être mobilisés autour d'un programme national. Les programmes
de 1995-1997 et 1998-2000 ont permis la mise en place d'actions
décentralisées et aujourd'hui, un nouveau plan doit voir le
jour, dans un contexte de démobilisation associative et de
lourdeur liée à la décentralisation. Les orientations du programme
national doivent être approuvées, une coordination régionale
doit être instituée et des objectifs fixés. Le partenariat
associatif sera relancé sur des bases nouvelles, intégrant
les réseaux associatifs aux gestions des DRASS et DDASS, avec
mise en place d'espace de concertation, de coopérations et
de synergie inter-associatives. Mais aussi, des coopérations
avec les grands partenaires institutionnels comme l'Association
des départements en France, le MILDT, le DIV, le tout reposant
sur une organisation locale, sous la houlette du préfet de
région… Ainsi, devraient se remobiliser des acteurs locaux,
les collectivités locales, les professionnels de santé et
des intervenants de diverses origines.
Enfin, toute cette démarche justifie la mise en place d'un
dispositif de suivi et d'évaluation de la politique
publique par le biais d'indicateurs budgétaires, d'activité
et de résultats. Un suivi épidémiologique et des enquêtes
circonstanciées sont également au programme, le tout sous
la surveillance de l'INVS et de l'ANRS.
Dr Françoise Girard
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