imgL'anthrax ou la maladie du charbon (1/2)

Rédacteur : Christiane Perbet
Supervision médicale :Pr J. Beytout, Dr O.Baud, Dr Luc Jeannin
Octobre 2001


Sommaire :
- Définition
- Diagnostic
- Epidémiologie
- Bactériologie
- Vaccination
- Pour en savoir plus

Voir aussi la mise au point du Pr Beytout et Dr Baud

imgDéfinition

En français, d'après le dictionnaire de Médecine Flammarion, le terme anthrax est une "lésion infectieuse de l'appareil glandulaire pilosébacé, d'origine staphylococcique, constitué par l'agglomération de plusieurs furoncles" ( 6ème édition, 1998). Il est donc différent du terme anthrax anglais qui signifie "maladie du charbon, charbon bactérien, charbon, maladie des trieurs de laine" et qui est une maladie infectieuse provoquée par Bacillus Anthracis.

La maladie du charbon est une toxi-infection animale transmissible à l'homme.
C'est une zoonose surtout des ruminants qui peut se transmettre à l'homme de plusieurs façons, par les spores (forme de résistance de la bactérie) ou par la viande contaminée. C'est la plupart du temps une maladie professionnelle contractée :
- par la manipulation d'animaux morts du charbon ou de leurs produits, tels que la laine, les peaux, la poudre d'os ou de sang
- par l'inhalation de spores
- par la consommation de viandes mal cuites provenant d'animaux contaminés, surtout dans les pays en voie de développement.
Plus rarement :
- il existe des cas de transmission par piq ûres de mouches qui se nourrissent de ces animaux.
- les risques liés à la consommation de lait sont considérés comme très faibles.

Un schéma du cycle du Bacillus Anthracis se trouve sur le guide de l'OMS (voir la référence) au chapitre 2, fig. 1

Il n'y a pas de transmission interhumaine. Des personnes peuvent être infectés au même moment s'ils sont soumis à la meme source de contamination.
Les spores sont particulièrement résistants et peuvent rester dans le sol plus de 100 ans. La culture de la bactérie et la sporulation est relativement facile en laboratoire, ce qui en fait une arme bactériologique idéale.

Les formes de la maladie

La maladie du charbon se présente sous 3 formes en fonction du mode de contamination :

- Le charbon cutané ou externe

La forme cutanée est la plus fréquente et représente 90 à 95% des cas de charbon. Elle résulte de la contamination d'une plaie par les spores du bacille : formation d'une papule rouge qui évolue en une vésicule purigineuse et se transforme en une escarre noirâtre caractéristique de la maladie. Dans 90% des cas la guérison est spontanée.
Le traitement antibiotique est efficace et sans traitement 80 à 90% des malades guérissent spontanément.

Diagnostic de cette forme

L'absence de pus, l'absence de douleur et l'occupation professionnelle du malade sont des critères de diagnostic de la forme légère.
Dans les formes sévères, une adénite régionale peut s'installer allant jusqu'à la septicémie en absence de traitement.

- Le charbon respiratoire par inhalation

Il se transmet par inhalation de spores par le nez ou la bouche.

Les spores qui restent en suspension dans l'air, de taille de 1 à 5 &microm sont inhalés et se déposent dans les alvéoles pulmonaires. Les macrophages qui les phagocytent éclatent et les spores libérés sont transportés par le système lymphatique aux ganglions trachéobronchiques. Les spores donnent naissance à des formes végétatives qui se multiplient et produisent des toxines, jusqu'à 60 jours plus tard.

C'est la forme la plus grave

La dose (LD50) de spores suffisante pour provoquer le décès de 50% des malades est de 2 500 à 55 000 spores inhalés.

Signes cliniques

Le diagnostic précoce est difficile car les symptômes sont non spécifiques et la suspicion de la maladie du charbon dépend de l'histoire du patient. La maladie se déroule en 2 phases :
- dans la première, les signes cliniques et les examens de laboratoire ne sont pas spécifiques. Les malades développent des symptômes tels que fièvre, dyspnée, toux, maux de tête, nausées, frissons, fatigue, douleurs abdominales et thoraciques. Ce stade dure de quelques heures à quelques jours.
- le deuxième stade est fulgurant, avec forte fièvre, dyspnée, choc toxique. Plus de la moitié des patients développent une méningite hémorragique, cyanose et hypotension progressent rapidement. La mort peut survenir dans les heures qui suivent.

- Le charbon d'ingestion ou intestinal

La maladie peut survenir après l'ingestion de viande contaminée et est caractérisée par une inflammation aiguë du tube digestif. Des nausées, perte d'appétit, vomissements, fièvre sont suivies par des douleurs abdominales, du vomissement de sang, et une diarrhée sévère. 25 à 60% des cas sont mortels.

- La septicémie charbonneuse

C'est une complication des 3 formes de charbon dont le diagnostic ne peut être fait que par isolement de Bacillus Anthracis.

- La méningite charbonneuse

Complication des 3 formes de charbon. Elle est rare.

imgDéclaration

Les médecins sont tenus de déclarer le moindre cas suspect sur un imprimé dont le modèle est annexé à l'arrêté du 5 octobre 2001 relatif à la notification obligatoire des cas de charbon humain.
(voir rubrique réglementation)
Le malade suspect doit être hospitalisé d'urgence pour confirmation du diagnostic et surveillance.

imgEpidémiologie

La vaccination des animaux a fait disparaître le charbon animal en Europe, la forme humaine est donc exceptionnelle et s'observe chez des personnes travaillant la laine, le cuir, les peaux, la poudre d'os provenant de pays où la maladie du charbon est endémique. La maladie est plus fréquente en zone tropicale : Asie, Afrique Noire, Amérique du Sud, Antilles.


imgBactériologie

L'agent infectieux, Bacillus anthracis, est une bactérie Gram positif aux extrémités carrées, de 2 à 10 &microm. Elle se présente sous forme isolée ou en chaînettes lui donnant l'aspect de "chaînes de bambou". Elle se cultive dans des conditions classiques aérobie ou anaérobie, protéolytiques, fermentant les sucres et produisant des spores dès la dixième heure en aérobiose entre 18 et 42°C. Elle ne sporule pas in vivo.
La spore survit dans le sol pendant de longues périodes, jusqu'à plus de 100 ans.
Son pouvoir pathogène repose :
- sur la présence d'une capsule, caractéristique des souches virulentes car ell s'oppose à la phagocytose
-sur la synthèse de toxines protéiques.

- détection et isolement

Après prélèvement dans la pustule ou les liquides biologiques infectés, le bacille est identifié par culture ou inoculation au cobaye par des laboratoires spécialisés.

Traitement et la prophylaxie

Dans le charbon par inhalation, la précocité de l'antibiothérapie est essentielle. C'est une question d'heures et une véritable course contre la montre s'engage.
Seule l'antibiothérapie prophylactique du sujet exposé (sujet contact) est justifiée, elle doit durer 60 jours, l'incubation de la maladie étant de 2 à 60 jours.
L'antibioprophylaxie de type post-exposition est le seul type d'antibiothérapie préventive qui soit justifiée. L'antibiothérapie de pré-exposition par autoprescription doit être proscrite, elle n'apporte aucun bénéfice.
Les antibiotiques à prescrire dépendent de la sensibilité de la souche bactérienne, 3 types en sont recommandés (CDC d'Atlanta - Club Edisan)
- les pénicillines : amoxicilline [clamoxyl®]
- les fluoroquinolones : ciprofloxacine [ciflox®]
- les cyclines : doxycycline [tolexine®]

Attention de nombreuses résistances de la bactérie à des antibiotiques sont rapportées (cotrimoxazole, céphalosporines).

Le choix se fait aussi en fonction du terrain du malade : allergies, état de santé, femme enceinte...

imgVaccination

Il existe des vaccins contre la maladie du charbon surtout à usage vétérinaire. Les vaccins humains sont de facture ancienne, leur tolérence est inégale, leur efficacité médiocre (environ 40%). D'après l'AMA (voir réf) un des vaccin protège efficacement après administration la 2ème et 4ème semaine et au 6ème, 12ème et 18ème mois. Peu de vaccins sont actuellement disponibles aux Etats-Unis et doivent être réservés aux groupes suivants :
- personnels de laboratoire travaillant sur la bactérie
- personnes qui manipulent des produits animaux pouvant être infectés dans des zones à risque
- vétérinaires pratiquant dans les régions où la maladie est endémique
- militaires dans des régions où le risque d'utilisation d'armes biologiques est important.

Il n'y a aucune indication de la vaccination en France actuellement.

La principale mesure visant à ne pas être contaminé concerne l'éducation sanitaire qui vise à lutter contre le contact direct (manipulation de produits...) et un lavage soigneux des parties supposées exposées.

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