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L'euthanasie
- les soins palliatifs (suite)
Rédigé par Me DURRIEU-DIEBOLT, Avocat
à la Cour
La tentative d'euthanasie
est elle réprimée ?
Quelles sont les sanctions encourues ?
Actualité
Soins palliatifs
Droit comparé
La
tentative d'euthanasie est elle réprimée ?
- la tentative de crime est
punissable.
En cas d'euthanasie active qui peut être qualifiée de meurtre
ou d'empoisonnement, la tentative est donc punissable.
Il faut un commencement d'exécution et que la tentative
n'ait pas été suspendue ou qu'elle n'ait manqué son effet
qu'en raison de circonstances indépendantes de la volonté
de son auteur.
- en cas de tentative d'euthanasie
passive, la non-assistance à personne en danger qu'elle
ait abouti à la mort de l'intéressé ou non est toujours
répréhensible.
Le délit est constitué si le péril et l'abstention volontaire
de secours sont réunis, sans résultat nécessaire.
Quelles
sont les sanctions encourues ?
L'auteur de l'euthanasie peut
être poursuivi au pénal sur les fondements suivants
:
- Meurtre :
Art 221-3 NCP :"Le fait de donner volontairement la
mort à autrui constitue un meurtre. Il est puni de trente
ans de réclusion criminelle. "
Article 221 - 3 du NCP : "le meurtre commis avec préméditation
constitue un assassinat. Il est puni de la réclusion criminelle
à perpétuité.".
Il faut :
- Un élément matériel
: le fait de donner la mort.
- Un élément moral :
l'intention de tuer.
à défaut, il s'agirait de coups ayant entraîné la
mort sans intention de la donner (article 222 - 7
et 222 - 8 du NCP)
Le mobile est indifférent : peu importe que l'euthanasie
ait été provoquée en vue de soulager les souffrances
d'une personne ou de lui nuire.
- Empoisonnement :
L'article 221 - 5 du NCP dispose à cet effet : "le
fait date d'attenter à la vie d'autrui par l'emploi ou
l'administration de substances de nature à entraîner la
mort constitue un empoisonnement.
L'empoisonnement est puni de trente ans de réclusion
criminelle ...".
Il faut :
- Un élément matériel
: l'utilisation ou l'administration de substances
de nature à entraîner la mort.
L'infraction est constituée que le résultat soit atteint
ou non.
- Un élément moral :
l'intention de donner la mort.
Le mobile est également indifférent à la constitution
de l'infraction.
La Cour d'assises d'Ille-et-Vilaine dans un arrêt
du 11 mars 1998 a ainsi récemment condamné l'auteur
d'un geste euthanasique à cinq ans de prison avec
sursis pour empoisonnement.
- Omission de porter
secours :
L'article 223 - 6 prévoit : "quiconque pouvant empêcher
par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour
les tiers, soit un crime, soit un délit contre l'intégrité
corporelle de la personne s'abstient volontairement de
le faire est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 500.000
francs d'amende.
Sera puni des mêmes peines quiconque s'abstient volontairement
de porter à une personne en péril l'assistance, sans risque
pour lui ou pour les tiers, qu'il pouvait lui prêter soit
par son action personnelle, soit en provoquant un secours.".
S'il s'agit d'un médecin, cette qualification est renforcée
par la déontologie médicale qui précise que les médecins
sont tenus à l'obligation de porter secours à une personne
en péril (article 9 - 3 et 42 alinéa 2 du Code de déontologie
médicale).
Pour que l'infraction soit constituée, il faut trois éléments
:
- Le péril : un danger
grave, imminent et constant.
- Le secours : il est
souvent reconnu à l'occasion d'une expertise médicale
pour contrôler le choix stratégique de la personne
en cause.
- L'abstention volontaire.
- Il peut être souligné
que le médecin ne peut pas être poursuivi en cas de refus
de soins.
Outre les peines pénales, la
personne responsable peut être condamnée à payer des dommages
intérêts à la famille de la victime.
De plus, si la personne qui
a procédé au geste d'euthanasie est un médecin, il encourt
des sanctions disciplinaires.
Le conseil régional de l'ordre des médecins constitue la juridiction
de première instance.
Le conseil national est la juridiction d'appel.
Les décisions du conseil national peuvent faire l'objet de
recours en cassation devant le conseil d'état.
Le conseil peut ainsi prononcer des blames, l'interdiction
d'exercer, la radiation ..., ce indépendamment des autres
juridictions civiles, pénales ou administratives.
Actualité
- La loi du 4 mars 2002 ne
légalise pas l'euthanasie. Elle rappelle les efforts à fournir
pour soulager la douleur : "Toute personne a le droit de
recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci
doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise
en compte et traitée. Les professionnels de santé mettent
en oeuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer
à chacun une vie digne jusqu'à la mort."
- Par décision du 29 avril
2002, la Cour européenne des droits de l'homme a refusé
d'accorder un droit au suicide assisté d'une patiente en
fin de vie. L'euthanasie active ne constitue pas un droit
consacré par la convention européenne des droits de l'homme
(arrêt PRETTY).
- Le Comité national d'éthique
pour les sciences de la vie et de la santé a rendu public,
le 3 mars 2000, un rapport intitulé " Fin de vie, arrêt
de vie, euthanasie ".
- Le CCNE rappelle la
nécessité de développer les soins palliatifs et
les pratiques d'accompagnement, pour réduire les demandes
d'euthanasie à des situations exceptionnelles.
- S'agissant plus particulièrement
de l'euthanasie, il n'est pas prévu de procédure d'autorisation
préalable ou de déclaration a posteriori, ni de modifier
les sanctions pénales actuelles.
- Le CCNE préconise qu'en
cas de procédure judiciaire, en cas d'"exception
d'euthanasie", les personnes incriminées ne soient
pas punies, ce à deux conditions :
- L'existence d'une
situation limite ou d'un cas extrême
- Une demande authentique
(libre, répétée, exprimée oralement en situation,
ou antérieurement dans un document).
- L'évaluation du bien-fondé
de cette exception serait examinée en début d'instruction
ou de débats par une commission interdisciplinaire qui
donnerait un avis au juge.
- Le 12 mars 1998, une enquête
rendue publique par "libération" à l'hôpital Henri MONDOR
de Créteil, avait révélé l'étendue des décisions d'abstentions
thérapeutiques prises par le corps médical.
Il s'agit d'un véritable refus de l'escalade thérapeutique
en cas de pronostic fatal.
Il est ressorti de cette enquête que la décision est généralement
prise collectivement.
En outre, dans cet hôpital, dans le service de réanimation,
la moitié des patients décèdent après une décision de
limitation ou d'arrêt thérapeutique, étant précisé que
la première abstention réside dans la non admission du
patient dans un service thérapeutique.
- Les affaires judiciaires
dans le domaine ont également relancé le débat sur l'euthanasie.
- Plusieurs propositions
de loi ont déjà été déposées en faveur de l'euthanasie
active dans certains cas, à l'assemblée nationale et au
sénat, mais elles n'ont jamais abouties.
- Statistiques :
- Les 3/4 des français
meurent à l'hôpital (le Figaro 24 septembre 1998)
- 75% d'entre eux sont
favorables à l'euthanasie (sondage "La marche du siècle"-
le Figaro, 23 septembre 1998).
Soins
palliatifs
- Les soins palliatifs consistent
à soulager de ses souffrances la personne en fin de vie,
à sauvegarder sa dignité et à soutenir son entourage.
- Pour certains, les soins
palliatifs sont l'alternative à l'euthanasie passive. L'euthanasie
passive est justifiée par la souffrance du patient ; les
soins palliatifs ont vocation à pallier cette souffrance.
- Un effort manifeste a été
mis en place pour les soins palliatifs.
- Il a été prévu un plan triennal
s'articulant autour de quatre axes :
- La prise en compte de
la demande du malade
- Le développement des
prises en charge du malade dans tous les dispositifs
sanitaires
- La formation des professionnels
- L'information des usages
du système de santé (Réponse ministérielle du 5 octobre
1998)
Le secrétaire d'Etat à la santé a déclaré le 28 septembre
1998 que 100 millions de francs supplémentaires seront
attribués en 1999 aux soins palliatifs.
Ces sommes devraient permettre de doubler le nombre
des unités de soins palliatifs.
Actuellement, 40 départements en sont dépourvus.
- Une loi du 9 juin 1999 a
favorisé l'organisation des soins palliatifs, autour de
3 axes :
- les droits des personnes
malades :
Toute personne malade qui le requiert a le droit :
- d'accéder à des
soins palliatifs
- à un accompagnement
- la mise en place des
soins palliatifs dans les établissements publics et
privés suivant un schéma régional d'organisation sanitaire
qui fixera les objectifs et déterminera les moyens nécessaires
pour la mise en place des unités de soins palliatifs,
les équipes mobiles et les places d'hospitalisation
à domicile nécessaires
- la création d'un congé
pour accompagnement d'une personne en fin de vie :
- tout salarié dont
un ascendant, un descendant ou une personne partageant
son domicile fait l'objet de soins palliatifs a
désormais le droit de bénéficier d'un congé d'accompagnement
de la personne en fin de vie, d'une durée maximum
de 3 mois. Il peut, avec l'accord de son employeur,
transformer ce congé en activité à temps partiel.
- les fonctionnaires
ont droit à un congé (non rémunéré) de trois mois
maximum non imputable sur le congé annuel
- La loi du 4 mars 2002 rappelle
les principes qui s'appliquent : "Toute personne a le droit
de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci
doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise
en compte et traitée. Les professionnels de santé mettent
en oeuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer
à chacun une vie digne jusqu'à la mort."
Droit
comparé
La législation dans la grande
majorité des pays considère l'euthanasie comme un crime ou
un délit. Toutefois, certains pays ont admis une euthanasie
règlementée.
- Aux Pays-Bas :
La loi assimile l'euthanasie à un crime passible d'une peine
de prison de 12 ans maximum mais la pratique de l'euthanasie
est tolérée.
Une commission d'état a précisé les conditions d'une euthanasie
non pénalement répréhensible.
Il faut que :
- L'acte soit accompli
par un médecin
- Une demande expresse
et répétée du malade
- Une information complète
du malade
- Tous les traitements
aient été épuisés ou refusés par le malade
- L'intervention d'un
second médecin ou psychiatre.
- En Australie du nord
:
Une loi entrée en vigueur le 30 juin 1996 autorise l'euthanasie,
sous conditions.
Les conditions sont les suivantes :
- Intervention de plusieurs
médecins
- Le patient doit être
âgé d'au moins dix-huit ans
- Les soins palliatifs
doivent avoir été proposés préalablement au malade
- Absence de dépression
du malade
- Information du malade
sur sa situation
- Délai de réflexion de
7 jours entre la déclaration d'intention et la signature
de la requête
- Délai de quarante-huit
heures entre la signature de la requête et le décès.
L'euthanasie est constitutionnelle en Australie.
De même en Colombie.
- Les Etats-Unis
- La cour suprême des
états-Unis a rendu le 26 juin 1997 une décision sur
l'euthanasie :
- Elle a refusé de
considérer que l'aide au suicide constitue un droit
fondamental
- Elle interdit aux
médecins d'aider les patients en phase terminale
à mourir
- Toutefois, elle ne peut
empêcher la légalisation du suicide assisté, par un
état.
- Ainsi, l'Oregon a voté
une loi en 1994 autorisant un médecin à prescrire une
dose mortelle de médicaments pour des malades ayant
moins de six mois à vivre.
- Est intervenue récemment
à ce titre la première euthanasie légale aux états-Unis.
Maître Carine DURRIEU DIEBOLT
Avocat au barreau de Paris
23, rue Chapon
75003 PARIS
Tel : 01.42.71.56.10 ; Télécopie : 01.42.71.56.50
; toque : M 1775 |