Asthme : entre avancées thérapeutiques, formes sévères et pression environnementale
L’asthme demeure l’une des maladies respiratoires chroniques les plus répandues, mais aussi l’une des plus inégalement maîtrisées. En France comme à l’échelle internationale, le diagnostic reste parfois tardif, l’observance demeure fragile, la technique d’inhalation encore imparfaite et le poids des expositions environnementales apparaît avec une netteté croissante. Dans le même temps, les recommandations internationales récentes réaffirment la place centrale des corticoïdes inhalés, tandis que les biothérapies redessinent la prise en charge des formes les plus sévères, à condition de respecter un parcours thérapeutique rigoureux.[1][2][3]
À retenir (lecture rapide)
- En France, l’asthme touche environ 4 millions de personnes, avec près de 60 000 hospitalisations et presque 1 000 décès par an.[1]
- Les recommandations GINA 2025 réaffirment qu’un traitement incluant des CSI doit être proposé à tous les patients dès 6 ans.[2]
- L’asthme sévère ne relève des biothérapies qu’après échec d’un traitement de fond optimal associant au minimum CSI à forte dose et LABA.[3]
- Les expositions environnementales, notamment la pollution de l’air et certains polluants intérieurs, contribuent à une part évitable du fardeau sanitaire.[4][5]
- Chez l’enfant, Santé publique France estime qu’une meilleure qualité de l’air scolaire pourrait éviter près de 30 000 cas d’asthme par an chez les 6-11 ans.[4]
Un poids sanitaire encore élevé, en France comme dans le monde
En France, l’asthme touche « environ 4 millions de personnes », rappelle l’Assurance Maladie, qui ajoute que la maladie est responsable chaque année de « près de 60 000 hospitalisations » et de « presque 1 000 décès ».[1] Ces ordres de grandeur disent à eux seuls l’écart persistant entre la banalisation sociale de la pathologie et sa réalité clinique. La maladie est fréquente, souvent intermittente dans son expression, mais elle demeure capable de décompensations graves, parfois rapides, et continue d’exercer une pression tangible sur l’hôpital comme sur les soins de ville.[1]
À l’échelle mondiale, l’Organisation mondiale de la santé indiquait dans sa fiche actualisée du 6 mai 2024 que « Asthma affected an estimated 262 million people in 2019 and caused 455 000 deaths ».[6] L’OMS précise également que « Most asthma-related deaths occur in low- and lower-middle-income countries, where under-diagnosis and under-treatment is a challenge ».[6] La mortalité ne tient donc pas seulement à la sévérité intrinsèque de certaines formes. Elle se nourrit aussi des défaillances d’accès au diagnostic, aux traitements de fond et au suivi, autrement dit de tout ce qui laisse la maladie prospérer à bas bruit jusqu’à l’exacerbation.
Cette difficulté de contrôle ne relève d’ailleurs pas d’un seul facteur. Elle procède d’un enchevêtrement bien connu des praticiens : symptômes fluctuants, perception inégale de la gêne respiratoire, mésusage des inhalateurs, recours excessif au traitement de secours, interruptions prématurées du traitement de fond, comorbidités et expositions persistantes. Le caractère variable de l’asthme ne doit donc jamais être confondu avec une maladie bénigne.
Le tournant thérapeutique confirmé par GINA 2025
Les recommandations 2025 de la Global Initiative for Asthma (GINA), publiées en juin 2025, consolident un virage déjà engagé depuis plusieurs années : il ne s’agit plus de réserver les corticoïdes inhalés aux seuls patients les plus symptomatiques, mais de faire du traitement anti-inflammatoire inhalé le socle de la stratégie thérapeutique.[2] Le document précise en effet : « All adults, adolescents and children aged 6–11 years should receive treatment that includes ICS ».[2] GINA ajoute que ces médicaments « greatly reduce the frequency and severity of asthma symptoms, the risk of exacerbations, and the risk of death from asthma ».[2]
Cette inflexion n’est pas seulement théorique. Elle vise à corriger une pratique longtemps centrée, chez certains patients peu symptomatiques, sur le soulagement immédiat plutôt que sur la prévention de l’inflammation bronchique. Or GINA rappelle aussi qu’une exacerbation sévère peut survenir « even in people with infrequent symptoms » et que le risque en est fortement réduit par un traitement incluant des CSI.[2]
Pour les professionnels de santé, l’enjeu est double. Il consiste d’abord à confirmer le diagnostic, documenter la variabilité du débit expiratoire et évaluer le profil de risque. Il suppose ensuite de sécuriser la vraie vie du traitement : choix du dispositif, apprentissage du geste, vérification régulière de l’observance, repérage des facteurs déclenchants et plan d’action écrit. C’est aussi dans cette logique que s’inscrit l’intérêt d’une meilleure observance des traitements inhalés et des dispositifs qui la favorisent.
Asthme sévère : des biothérapies utiles, mais après un parcours strict
Le progrès thérapeutique est réel dans l’asthme sévère, en particulier avec l’arrivée puis l’élargissement des biothérapies ciblant différentes voies de l’inflammation de type 2. Mais la Haute Autorité de santé a resserré le cadre de leur bon usage dans une fiche publiée le 4 mars 2024 et mise à jour le 28 mars 2024.[3] Son message est net : « Chez les patients ayant un asthme sévère, le traitement par Dupixent® (dupilumab), Fasenra® (benralizumab), Nucala® (mépolizumab), Tezspire® (tézépélumab) ou Xolair® (omalizumab) ne peut être débuté » qu’« après échec d’un traitement de fond associant au minimum un CSI à forte dose à un LABA » et « toujours en association à ce traitement associant CSI et LABA ».[3]
Ce rappel n’a rien d’anecdotique. Il vient répondre à un risque bien identifié en pratique : attribuer trop vite le mauvais contrôle à une forme biologiquement complexe, alors qu’il peut relever d’un diagnostic incomplet, d’une adhésion insuffisante, d’une exposition persistante, d’une comorbidité ou d’une mauvaise technique d’inhalation. GINA formule d’ailleurs une logique voisine lorsqu’elle réserve l’étape 5 à une évaluation experte, au phénotypage et aux traitements additionnels ciblés.[2]
Dans ce champ, l’enjeu n’est donc pas seulement l’accès à l’innovation, mais la qualité de la sélection des patients. La sophistication croissante de l’offre impose une médecine plus stratifiée, plus documentée et plus réévaluée dans le temps. Elle prolonge aussi les discussions sur l’usage des produits biologiques dans l’asthme sévère, qui ont progressivement déplacé le débat de la preuve d’efficacité vers la juste place dans la séquence thérapeutique.
L’environnement redevient un déterminant central
L’autre mouvement marquant de ces dernières années tient à la réévaluation du poids des expositions environnementales. En janvier 2024, Santé publique France a estimé que « plusieurs dizaines de milliers de cas d’asthme chez les enfants de 6 à 11 ans seraient évitables chaque année en France » grâce à une réduction des expositions au formaldéhyde et aux moisissures dans les salles de classe.[4] Plus précisément, l’agence avance que « près de 30 000 cas d’asthme seraient ainsi évitables chaque année chez les enfants de 6 à 11 ans » via des actions d’aération-ventilation, et « près de 12 000 cas de sifflements » en éradiquant les moisissures visibles dans les classes.[4]
Un an plus tard, dans un communiqué du 29 janvier 2025, Santé publique France a élargi le regard à l’exposition de long terme à la pollution de l’air ambiant en France hexagonale sur la période 2016-2019.[5] L’agence estime que « entre 12 et 20 % des nouveaux cas de maladies respiratoires chez l’enfant » et « entre 7 et 13 % des nouveaux cas de maladies respiratoires, cardiovasculaires ou métaboliques chez l’adulte » sont attribuables chaque année à cette pollution d’origine humaine.[5] Elle précise encore que le respect des valeurs guides de l’OMS pour les PM2,5 permettrait d’éviter « presque 30 000 nouveaux cas d’asthme chez l’enfant de 0 à 17 ans ».[5]
Ces résultats invitent à sortir d’une lecture exclusivement pharmacologique de l’asthme. Le contrôle de la maladie ne se joue pas seulement dans le cabinet, l’officine ou le service de pneumologie, mais aussi dans les écoles, les logements, les transports, l’urbanisme et les politiques de qualité de l’air. Sur ce terrain, l’intégration de la qualité de l’air extérieur et intérieur dans les politiques locales de santé prend une portée très concrète pour la prévention respiratoire. L’asthme a longtemps occupé, sur ce versant, un angle mort des politiques publiques : bien identifié par les cliniciens, moins solidement intégré aux arbitrages sur l’école, l’habitat ou les mobilités.
Une maladie chronique qui oblige à mieux articuler clinique et santé publique
L’asthme concentre ainsi plusieurs défis contemporains de la médecine respiratoire. C’est une maladie à la fois commune et hétérogène, souvent contrôlable mais encore trop souvent mal contrôlée, sensible au bon usage thérapeutique comme aux déterminants sociaux et environnementaux. Les textes les plus récents convergent sur un point : le sous-traitement reste une impasse, qu’il concerne des patients considérés à tort comme « peu graves » ou des formes sévères insuffisamment phénotypées.[2][3][6]
Pour les professionnels de santé, la conséquence est claire. L’enjeu n’est plus seulement de traiter la crise, ni même de stabiliser les symptômes au jour le jour. Il s’agit de construire un contrôle durable, documenté et réévalué, en tenant ensemble le geste inhalé, l’éducation thérapeutique, les parcours spécialisés, le tri pertinent des biothérapies et la réduction des expositions évitables. C’est à cette condition que l’asthme cessera d’apparaître comme une maladie familière mais reléguée, alors même qu’il continue de produire hospitalisations, inégalités et pertes de chances.
Références
1. Assurance Maladie, « Comprendre l’asthme de l’adulte », ameli.fr, consulté en mars 2026.
2. Global Initiative for Asthma (GINA), « Summary Guide for Asthma Management and Prevention », publié en juin 2025.
3. HAS, « Fiche BUM - Dupixent®, Fasenra®, Nucala®, Tezspire® et Xolair® dans le traitement de l’asthme sévère », mise en ligne le 4 mars 2024, mise à jour le 28 mars 2024.
4. Santé publique France, « Impact de la pollution de l’air dans les établissements scolaires sur l’asthme des enfants de 6 à 11 ans », 30 janvier 2024.
5. Santé publique France, « Asthme, accident vasculaire cérébral, diabète… quels impacts de la pollution de l’air ambiant sur la santé ? Et quel impact économique ? », 29 janvier 2025.
6. Organisation mondiale de la santé, « Asthma », fiche d’information, 6 mai 2024.
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