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Le choc des cultures alimentaires : le libéralisme est-il contre les terroirs ? (2ème partie) Egizio VALCESCHINI, Unité Systèmes Agraires et Développement INRA-INA PG Paris 2.
L'origine géographique : un savoir partagé entre producteurs
et consommateurs PUB 2. L'origine géographique : un savoir partagé entre producteurs et consommateurs Comment
la dénomination de l'origine d'un produit peut-elle " fonctionner
" comme un repère de qualité ? Dans l'idée de lien au terroir, la notion d'origine se " déplace ". Les conditions naturelles, géographiques et agro-climatiques, ne sont pas les seules constitutives de l'origine : elle est aussi associée aux producteurs et à leurs manières de faire. L'origine est porteuse de toute une série d'informations et de connaissances qui font partie d'un savoir implicite et commun aux producteurs et aux consommateurs. L'association habituelle entre origine, tradition et lieu géographique, est aujourd'hui beaucoup plus ouverte. Une des spécificités
du secteur agro-alimentaire vient du lien entre la dimension
géographique de l'origine et la dimension historique. Celle-ci
intègre un lieu, un milieu naturel et une activité humaine
de transformation des produits. Elle exprime la continuité
des pratiques dans des espaces locaux " préservés " et s'ancre
dans l'idée d'une continuité, d'une pérennité, d'une longue
accumulation de savoirs et de savoir-faire. Elle est d'essence
traditionnaliste, voire réactionnaire. La référence à la constance
des pratiques est en rupture avec ce qui fait la qualité dans
les autres secteurs industriels. Contrairement au brevet ou
au droit d'auteur, l'A.O. n'implique plus la notion de nouveauté
mais au contraire le maintien d'une tradition qui a trouvé
sa perfection. 3. Le libéralisme et la protection juridique de la dénomination de l'origine géographique L'attention portée à l'origine n'est pourtant pas universelle. Sa traduction dans le droit a fait l'objet d'âpres négociations dans les instances internationales. Les enjeux commerciaux sont en effet très importants. Il ne s'agit plus de productions marginales occupant des créneaux restreints (produits de consommation régionale, produits de luxe, consommation festive, etc.). La demande potentielle semble importante et l'agro-alimentaire français paraît bien placé dans la concurrence internationale pour investir ces débouchés. La variété des produits, l'image de marque des terroirs, les savoir-faire d'un tissu agro-alimentaire diversifié, la réputation de la gastronomie française constituent un important potentiel à valoriser. Une étude de l'Association " Nutrition demain " estimait, il y a quelques années, que les produits à caractéristiques qualitatives reconnues représentent à l'échelle européenne 7,3 % du marché alimentaire et pourraient voir leur part de marché doubler d'ici l'an 2000. A l'échelle européenne, l'accord de 1992 marque une indéniable avancée de la position française, mais les instances communautaires promettent de se montrer plus attentives à la véracité des allégations (le lien au terroir notamment). Le problème de la compatibilité entre la réglementation de la qualité et le droit de la concurrence reste aussi en suspens. L'aspect central, et original, de la réglementation européenne est de réserver l'utilisation exclusive de noms de lieux pour qualifier les produits à " caractéristiques particulières " ou de " qualité supérieure ". Cela revient à conférer à l'origine géographique des produits un statut légal de signal de qualité. Or ce statut ne va pas de soi, ni à l'échelle européenne, ni au niveau international. Un juriste américain explique par exemple que " si l'AOC est un concept juridique caractéristique de la France ou même de l'Europe il s'exporte très mal " (…) Que deviennent la pertinence économique et la légitimité juridique d'un tel statut dans le cadre d'une économie de libre-échange ? Eriger l'origine
en signal de qualité, c'est poser deux hypothèses. C'est considérer
qu'il existe un lien fort entre territoire et qualité, en
particulier entre terroir et caractéristiques des produits.
C'est aussi supposer que les consommateurs connaissent cette
association et lui reconnaissent une valeur qu'ils sont prêts
à payer. Quel est aujourd'hui la réalité de ces hypothèses
compte tenu : - de la concurrence sur les
marchés, de la culture et de la perception des consommateurs.
Goûts et terroirs, exceptions culturelles Un modèle anglo-saxon qui aligne qualité et signes de qualité des produits alimentaires sur le reste de l'industrie, s'oppose au modèle français ancré dans la tradition, dans un patrimoine de goûts et de terroirs qui sont autant d'exceptions culturelles. Dans un contexte de globalisation des marchés européens et mondiaux, l'enjeu ultime est celui de la compétitivité nationale. L'appropriation exclusive de l'origine, c'est-à-dire sa réservation juridique à certaines catégories de producteurs, confère un avantage concurrentiel important, car elle est à la base du mécanisme de la réputation. L'importance accordée aujourd'hui à l'origine pour juger de la qualité d'un produit montre à quel point la compétence des consommateurs nationaux est un facteur de compétitivité sur le marché international. A cet égard deux notions apparaissent cruciales : la validité des allégations garanties officiellement faisant référence à l'origine ; le maintien, voire le développement de ce " savoir-évaluer " spécifique des consommateurs. (1) L'Appellation d'Origine Protégée est le nom d'une région, d'un lieu qui sert à désigner un produit agricole ou une denrée alimentaire originaire de cette région, de ce lieu, et dont la qualité ou les caractères particuliers sont dus essentiellement ou exclusivement au milieu géographique comprenant les facteurs naturels et humains, et dont la production, la transformation et l'élaboration ont lieu dans l'aire géographique délimitée. L'Indication Géographique Protégée est le nom d'une région, d'un lieu qui sert à désigner un produit agricole ou une denrée alimentaire originaire de cette région, de ce lieu, et dont une qualité déterminée, une réputation, ou une autre caractéristique peuvent être attribuées à cette origine géographique et dont la production ou la transformation ou l'élaboration ont lieu dans l'aire géographique délimitée. L'attestation de spécificité constitue la reconnaissance, par enregistrement, d'un produit ou d'une denrée alimentaire obtenu à partir de matières premières traditionnelles, présentant une composition traditionnelle et correspondant à un mode de production ou de transformation de type traditionnel. |
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