Note de
l'éditeur: L'étude décrite dans cet article d'un numéro de Network
de 1997 fut publiée le 20 août 1998 dans le New England Journal
of Medicine, Vol. 339, No. 8, pp. 504-10. "A Controlled Trial
of Nonoxynol 9 Film to Reduce Male-to-Female Transmission of
Sexually Transmitted Diseases" fut écrit par Ronald E. Roddy,
Leopold Zekeng, Kelley A. Ryan, Ubald Tamoufe, Sharon S. Weir,
et Emelita L. Wong.
Une
étude effectuée sur deux ans par FHI a conclu que le film
vaginal contenant du spermicide ne présente aucun danger,
mais qu'il ne confère aux femmes aucune protection supplémentaire
contre le VIH, la blennorragie ou les infections à Chlamydia,
au-delà de la protection conférée par les préservatifs.
Cette
étude a été menée par FHI au Cameroun avec la collaboration
du ministère de la Santé publique de ce pays. La recherche
avait pour but d'évaluer un film spermicide à base de nonoxynol-9
(N-9) mais ne cherchait pas à déterminer si cette méthode
contraceptive utilisée seule assurait une protection contre
les MST. L'équipe des chercheurs était dirigée par Ronald
E. Roddy, épidémiologiste de FHI, et Léopold Zekeng, spécialiste
du VIH au ministère camerounais.
Le préservatif
en latex offre le plus haut degré de protection aux personnes
à risque, mais il est impossible pour beaucoup de femmes de
persuader leurs partenaires d'en utiliser un. FHI estime qu'il
est urgent de mettre au point des moyens de protection qui
puissent être utilisés et contrôlés par la femme.
"Malheureusement,
ce n'est pas une bonne nouvelle pour les femmes, puisque nous
espérions que le N-9 pourrait élargir leurs options en matière
de protection contre le VIH", a déclaré le docteur Willard
Cates, vice-président de FHI chargé des affaires biomédicales.
"Nous devons accélérer la recherche axée sur l'invention de
nouvelles méthodes qui soient destinées aux femmes à risque
de VIH et d'autres MST." Le VIH est le virus qui cause le
sida.
Très
répandu dans le monde entier, le N-9 se présente sous de nombreuses
formes : on le trouve dans les mousses, les gelées, les ovules
et les crèmes. Ainsi les utilisatrices du diaphragme enduisent-elles
généralement le dispositif d'une crème ou d'une gelée à base
de N-9, et certains lubrifiants de préservatifs en latex contiennent
aussi ce spermicide. Aucun de ces autres produits n'a été
examiné par l'étude en question, qui concernait exclusivement
les femmes et n'a pas cherché à déterminer si le N-9 protégeait
aussi les hommes.
Cette
étude bénéficiait d'une bourse de 1,6 million de dollars de
l'Institut national des maladies allergiques et infectieuses
(NIAID). "Le préservatif, utilisé correctement et systématiquement,
est une méthode très efficace. Mais les femmes doivent dépendre
de la volonté de leur partenaire pour l'utilisation du préservatif
masculin", explique le docteur Rodney Hoff du programme de
prévention du sida de NIAID. "Les responsables de la santé
publique et nous-mêmes nous sommes engagés à mettre au point
une méthode de prévention des MST et du sida qui puisse être
contrôlée par la femme. Cette étude constitue une partie de
cet effort continu."
FHI
considère que c'est l'étude la plus complète jamais réalisée
à ce jour sur le N-9 et sur le rôle des spermicides dans la
protection des femmes contre les MST. Les conclusions de l'étude
mettent en doute l'intérêt supplémentaire apporté par l'utilisation
du film imprégné de N-9 comme agent prophylactique contre
les MST en association avec un préservatif. Mais elles ne
modifient en rien le conseil donné par FHI aux individus à
risque d'infection par le VIH ou d'autres MST : il faut utiliser
le préservatif en latex correctement et systématiquement.
Beaucoup de femmes ont une autre option : elles peuvent recourir
au préservatif féminin, qui peut éventuellement les protéger
contre les MST si elles s'en servent correctement et systématiquement.
L'abstinence sexuelle ou une relation mutuellement monogame
entre partenaires non infectés demeurent les moyens les plus
fiables de se prémunir contre les MST.
Les
études effectuées antérieurement sur le N-9, à plus petite
échelle, portaient à croire que ce spermicide pouvait éventuellement
réduire le risque de MST d'origine bactérienne, mais elles
n'avaient pas abouti à des résultats concluants quant à l'action
du N-9 en matière de prévention du VIH. La toute dernière
étude a été réalisée entre mars 1995 et décembre 1996 auprès
de 1.292 prostituées camerounaises qui s'étaient portées volontaires
pour participer à l'étude dans les dispensaires. Seules les
femmes séronégatives pour le VIH au moment de leur admission
à l'étude avaient le droit d'y participer. Parmi les sujets
volontaires dont la participation durait jusqu'à la fin de
l'étude, 478 avaient reçu un film contraceptif à base de N-9
et 463 un film placebo qui ne contenait pas de spermicide.
Toutes
les femmes qui ont demandé à participer à l'étude ont bénéficié
de counseling pendant lequel elles ont été encouragées à arrêter
leurs activités de prostitution en raison du risque très important
d'infection par le VIH ou d'autres MST que celles-ci occasionnent.
Les
participantes volontaires qui restaient à risque ont reçu
des préservatifs et elles ont été encouragées à les utiliser
à chaque rapport sexuel. Elles se faisaient réapprovisionner
régulièrement en préservatifs, étaient examinées une fois
par mois, et traitées en cas d'infection.
"Le
personnel de l'étude camerounaise a vivement exhorté les volontaires
à adopter des comportements sexuels moins dangereux", a souligné
le docteur Zekeng. Les volontaires des villes de Yaoundé et
de Douala ont bénéficié d'un counseling minutieux et on leur
a demandé de revenir une fois par mois [dans un dispensaire]
pour être suivies sur le plan médical. FHI est convaincu que
cela a considérablement réduit les risques auxquels elles
auraient été normalement exposées. "On a aidé les participantes
à adopter des comportements visant la protection, ce qui a
réduit leur taux d'infection de plus de 50 pour cent", a ajouté
Zekeng.
Parmi
les femmes qui ont participé à l'étude jusqu'à la fin, on
a comparé les résultats obtenus en cas d'utilisation du film
au N-9 et de préservatifs, ce qui représentait 147.996 rapports
sexuels, et les résultats obtenus en cas d'utilisation du
film placebo et de préservatifs, soit 146.942 rapports. Le
taux de transmission du VIH était sensiblement le même dans
les deux groupes. Parmi 100 femmes qui utilisaient le film
au N-9 et un préservatif pendant un an (100 années-femmes),
6,7 ont contracté le VIH, contre 6,6 parmi les utilisatrices
du film placebo et des préservatifs.
A titre
de comparaison, le taux d'infection par blennorragie était
de 33,3 pour 100 années-femmes chez les utilisatrices du N-9
et des préservatifs, contre 31,1 chez les autres. Le taux
d'infection à Chlamydia était de 20,6 pour 100 années-femmes
en cas d'utilisation du N-9 et des préservatifs, contre 22,2
en cas d'utilisation du film placebo et des préservatifs.
En théorie,
on se demande si l'utilisation fréquente de N-9 ne pourrait
pas accroître le risque d'infection par les MST, puisque l'usage
fréquent de ce produit chimique peut entraîner des ulcérations
susceptibles de favoriser la transmission de ces maladies.
Les participantes à l'étude ont déclaré utiliser le film plus
fréquemment que la plupart des autres femmes qui ont recours
au N-9. Cette étude n'a pas mis en évidence un risque accru
de VIH ou d'autres MST qui serait lié à l'utilisation du film,
encore que des lésions génitales (ulcérations) aient été légèrement
plus courantes parmi les utilisatrices du N-9. On a dénombré
42,2 lésions pour 100 années-femmes parmi les utilisatrices
du N-9 et des préservatifs, contre 33,5 lésions parmi les
utilisatrices du film placebo et des préservatifs.
L'étude
comporte certaines limitations. Comme le bien-être des femmes
était primordial, on les a exhortées à utiliser un préservatif
à chaque rapport sexuel, seule méthode reconnue de protection.
Peu de femmes ayant déclaré avoir utilisé le film sans préservatif,
l'étude ne peut pas décider de façon concluante si le film
au N-9, employé seul, protège contre le VIH ou les autres
MST.
Dans
le monde entier, environ les deux tiers de tous les individus
séropositifs vivent en Afrique sub-saharienne. L'un des avantages
de l'étude a été de démontrer que la recherche sur la prévention
du VIH parmi les individus à haut risque d'infection peut
se faire dans le respect du code déontologique.
Le film
utilisé pour cette étude est fabriqué par la Apothecus Pharmaceutical
Corp., société pharmaceutique basée à Oyster Bay dans l'Etat
de New-York, et commercialisé sous le nom "VCF Vaginal Contraceptif
Film".
Le
film contraceptif au N-9 et le risque de MST
Les
questions et les réponses ci-après regroupent celles posées
le plus couramment sur le N-9 à titre d'informations générales,
sur l'étude récente effectuée conjointement par Family Health
International et le ministère camerounais de la Santé publique,
et sur ses conséquences pour la politique en matière de santé
publique.
Informations
générales
Qu'est-ce
que le nonoxynol-9 (N-9) ?
Le nonoxynol-9
(N-9) est un produit chimique de type détersif qui est utilisé
depuis plus de 40 ans dans les produits vaginaux pour prévenir
la grossesse. Le N-9 empêche la survenue de la grossesse en
perturbant l'enveloppe extérieure des spermatozoïdes, ce qui
entraîne leur mort. Comme il détruit les spermatozoïdes, le
N-9 est classé parmi les spermicides.
Quels
produits contiennent du N-9 ?
Aux
Etats-Unis, le N-9 se trouve dans divers spermicides vaginaux,
y compris les gelées, les crèmes, les mousses, les ovules
et les films. Certains de ces produits sont censés être utilisés
seuls, tandis que d'autres doivent être utilisés en association
avec un diaphragme ou une cape cervicale. Dans d'autres pays,
on trouve aussi le N-9 dans les comprimés spermicides qui
produisent de la mousse. Le N-9 est aussi ajouté à certains
préservatifs lubrifiés.
Tous
les spermicides contiennent-ils du N-9 ?
Non,
mais ce spermicide est à la base de la plupart des produits
spermicides vendus aux Etats-Unis. Parmi d'autres spermicides
d'utilisation courante à travers le monde on trouve le menfégol,
produit chimique à la base des comprimés moussants aux spermicides
(d'usage très répandu en Asie), ou le chlorure de benzalkonium
(BZK), ingrédient qui entre couramment dans la composition
des produits fabriqués en France.
L'utilisation
du N-9 comme contraceptif est-elle sans risque ?
Oui.
En 1980, en s'appuyant sur 30 années d'expérience clinique,
la U.S. Food and Drug Administration (FDA) a déterminé que
le N-9 était un contraceptif vaginal efficace et sans danger.
L'innocuité du N-9 aux fins d'utilisation vaginale a été établie
sur la base d'essais effectués chez l'animal et sur le manque
de réactions locales sévères rapportées chez l'être humain
tout au long des dizaines d'années écoulées depuis que les
produits spermicides contenant du N-9 sont utilisés. Chez
certaines femmes, le N-9 provoque des démangeaisons et des
brûlures vaginales, qui disparaissent dès qu'elles cessent
d'utiliser ce produit. En outre, le N-9 peut aussi provoquer
des symptômes analogues chez leurs partenaires sexuels masculins.
Résultats
de l'étude camerounaise
Pourquoi
les scientifiques s'intéressent-ils au N-9, qui est un contraceptif,
comme méthode de prévention des MST ?
En laboratoire,
le N-9 peut détruire le VIH et les agents pathogènes d'autres
MST en perturbant l'enveloppe extérieure des virus et des
bactéries qui provoquent ces maladies. De surcroît, des études
à petite échelle réalisées auprès d'utilisateurs du N-9 ont
suggéré que ce contraceptif pourrait effectivement conférer
une protection contre certaines MST. Toutefois, la capacité
du N-9 à prévenir le VIH et d'autres infections chez l'être
humain n'a pas fait l'objet d'études rigoureuses.
L'utilisation
du N-9 comme moyen de prévention des MST soulève une autre
question, à savoir si l'usage fréquent de ce produit, ou son
usage à concentration élevée, ne pourrait pas accroître le
risque de transmission des MST. Son utilisation dans l'une
ou l'autre de ces conditions peut en effet irriter les cellules
qui tapissent le vagin et le col de l'utérus (perturbation
épithéliale) ; théoriquement, l'inflammation qui en résulte
pourrait créer un terrain propice à la pénétration du VIH
ou d'autres micro-organismes.
Qu'a
conclu l'étude faite conjointement par FHI et le Cameroun
quant à l'effet du N-9 sur les infections par MST ?
Cette
étude d'une durée de deux ans a conclu que l'utilisation du
film au N-9 en association avec un préservatif ne confère
pas de protection supplémentaire aux femmes contre le VIH,
la blennorragie ou la Chlamydia, en sus de celle qui leur
est déjà conférée par le préservatif. En outre, l'étude a
conclu que l'utilisation du N-9 n'accroissait pas le risque
d'infection par ces MST. Cependant, elle ne pouvait pas déterminer
si le film spermicide utilisé seul conférait une protection
contre ces maladies.
Comment
l'étude s'est-elle déroulée pour aboutir à ces conclusions
?
L'étude
portait sur 1.292 prostituées camerounaises qui s'étaient
portées volontaires pour y participer dans des dispensaires
entre mars 1995 et décembre 1996. Toutes les femmes désireuses
d'y participer ont été vivement encouragées à renoncer à leur
comportement à risque (multiplicité des partenaires), puisque
cela leur faisait courir un risque très élevé d'infection
par MST. Celles qui ont choisi de conserver leur comportement
à risque et qui ont été admises à participer à l'étude ont
reçu des préservatifs fréquemment et elles ont été exhortées
à les utiliser lors de chaque rapport sexuel.
Pour
participer à l'étude, les femmes devaient être séronégatives
pour le VIH au moment de leur admission. On a demandé aux
participantes d'utiliser soit le film au N-9, soit un placebo
(film sans ingrédient actif) avant tout rapport sexuel. On
leur a expliqué la différence entre les deux films, mais les
participantes ne savaient pas lequel des deux elles utilisaient.
Elles ont été suivies régulièrement pour évaluer toute possibilité
d'infection par le VIH ou par d'autres MST et on les a interrogées
sur les symptômes éventuellement imputables au film.
Sur
l'ensemble des sujets volontaires, 478 utilisatrices du film
à base de N-9 et de préservatifs ainsi que 463 utilisatrices
de préservatifs et du film placebo ont participé à l'étude
jusqu'à la fin. En procédant à une analyse statistique minutieuse
qui tenait compte de nombreux facteurs, dont le nombre de
rapports sexuels et le nombre de fois où un préservatif avait
été utilisé, les auteurs de l'étude ont déterminé le taux
de transmission des MST dans chacun des deux groupes et ils
ont comparé les résultats obtenus.
Les
participantes à l'étude ont-elles été rémunérées ?
Non.
Les participantes ont bénéficié de la gratuité des soins médicaux,
du counseling, des préservatifs et du film vaginal, avec ou
sans N-9, et elles ont été remboursées de leurs modestes frais
de déplacement occasionnés par les visites au dispensaire.
Qui
a mené cette étude ?
Cette
étude a été menée par des chercheurs du ministère camerounais
de la Santé publique et de Family Health International, organisme
de recherche à but non lucratif qui se spécialise dans la
santé de la reproduction. Elle était parrainée par l'Institut
national américain des maladies allergiques et infectieuses
(NIAID).
Qui
a approuvé cette étude ?
L'importance
scientifique de l'étude a été examinée et approuvée par un
groupe de scientifiques ne relevant pas du secteur public
et qui en ont recommandé le financement par le NIAID. Avant
que l'étude ne soit mise en route, son protocole a été examiné
et approuvé par des comités déontologiques du Cameroun et
de Family Health International. A FHI, un Comité pour la protection
des sujets d'études humains suit toutes les recherches faites
sur l'homme. Les huit membres de ce comité qui ont un droit
de vote ne sont pas employés par FHI et ils viennent de divers
horizons, dont le droit, la défense du consommateur et le
clergé.
En outre,
le NIAID a examiné l'étude pour s'assurer qu'elle se conformait
à la réglementation du gouvernement des Etats-Unis relative
à la recherche biomédicale. Pour s'assurer que l'étude se
déroulait dans le respect du code déontologique et que les
volontaires n'étaient pas exposées à des risques excessifs,
les résultats intermédiaires recueillis tout au long de la
recherche ont été passés en revue par le comité indépendant
du NIAID chargé de surveiller les données et d'assurer la
sécurité, comité composé de scientifiques provenant d'universités
et d'autres institutions non concernées par l'étude. L'aval
de l'U.S. Food and Drug Administration n'a pas été sollicité
parce que le fabricant du film ne cherchait pas à obtenir
l'accord de cet organisme à des fins préventives contre le
VIH.
Qui
a assumé la responsabilité financière de cette étude et combien
a-t-elle coûté ?
L'étude
a été financée par un don de 1,6 million de dollars provenant
de l'Institut national américain des maladies allergiques
et infectieuses (NIAID). L'Agence des Etats-Unis pour le développement
international (USAID) et la fondation Mellon ont apporté l'aide
financière nécessaire à l'élaboration de l'étude.
Network,
Printemps 1997, Volume 17, Numéro 3 .

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