Un examen
des activités des services de stérilisation de plus de 50 pays
durant les 25 dernières années met en lumière les principaux
moyens qui permettent d'assurer des services de stérilisation
volontaire de qualité. Lynn Bakamjian et Pamela Beyer Harper,
de l'AVSC International, énumèrent six importantes leçons tirées
de cette expérience : ces services doivent mettre l'accent sur
le client, assurer un choix informé, satisfaire les besoins
des prestataires, notamment en formation, s'intégrer dans la
communauté, utiliser les techniques appropriées à la situation
et exercer leurs activités dans le cadre d'un programme intégré
de santé reproductive.
Par
Lynn Bakamjian,Vice-présidente et directrice des opérations
hors siège, et
Pamela Beyer Harper, Directrice des communications, AVSC International
De par
sa nature chirurgicale et la permanence de son effet, la stérilisation
volontaire exige plus d'attention des prestataires de santé
que les autres méthodes contraceptives.
La qualité
des services de stérilisation est souvent un indicateur de
celle des autres services de santé reproductive. Qu'il s'agisse
du libre choix des clients, de la nécessité du counseling,
de la prévention des infections, d'un environnement clinique
sans danger, de la prise en charge de l'inconfort et de la
souffrance des patientes,
de l'adoption de normes et de lignes directrices pour les
soins ou encore de l'existence d'une post-observation, tous
ces aspects sont aussi essentiels à ces autres services.
L'accès
aux services est un élément important, mais il ne faut pas
le confondre avec la qualité des soins. En même temps, l'accès
et la qualité ne s'opposent point ; en fait, ils sont deux
éléments indissociables. Faciliter l'accès à des services
médiocres va contre l'intérêt des clients, et les programmes
ainsi gérés finissent un jour ou l'autre par échouer. Mais
offrir à chacun de ces clients un ensemble d'options en le
laissant choisir librement celle la mieux adaptée à son cas
est un élément fondamental de tous les programmes de planification
familiale de qualité, y compris ceux proposant la stérilisation.
Une
analyse de programmes mis en oeuvre dans plus de 50 pays durant
les 25 dernières années a permis de tirer six leçons importantes
pour la qualité des services de stérilisation volontaire :
priorité accordée aux clients, garantie d'un choix éclairé,
satisfaction des besoins des prestataires notamment en formation,
synergie avec les communautés, emploi de techniques médicales
adaptées au contexte, et l'offre des services au sein d'un
programme intégré de santé reproductive.
Ces
points essentiels reflètent l'esprit des résolutions historiques
adoptées par plus de 180 pays à la Conférence internationale
sur la population et le développement (CIPD) du Caire en 1994,
puis à la Quatrième conférence mondiale sur les femmes tenue
à Pékin en 1995. Les leçons tirées de l'analyse des programmes
de stérilisation peuvent servir de principes directeurs pour
l'amélioration des services de santé reproductive en général.
Point fondamental de toutes ces leçons : décideurs et prestataires
doivent privilégier la qualité s'ils souhaitent répondre réllement
aux besoins des clients tout en atteignant les buts voulus.1
Mais les systèmes capables de délivrer durablement des services
de qualité et de réaliser les objectifs fixés requièrent un
engagement persistant.
Priorité
accordée aux clients
Les
services de santé reproductive doivent considérer les clients
comme des personnes à part entière, dont les besoins évoluent
avec le temps et auxquelles il faut pouvoir proposer différentes
options contraceptives pendant leur vie reproductive. Certains
des premiers programmes de planification familiale n'attachaient
aux clients qu'une importance secondaire et tendaient à les
réduire à de simples statistiques en ne s'intéressant qu'à
l'objectif démographique à atteindre.
Les
prestataires accordent parfois trop d'attention à l'état médical
de leurs clients en ignorant leurs besoins personnels. La
nature chirurgicale de la stérilisation les incite à se préoccuper
uniquement des aspects cliniques, qu'il s'agisse par exemple
de questions d'anesthésie ou de techniques opératoires. Mais
les choix des patients en matière de santé reproductive sont
à la fois très personnels et compliqués, impliquant parfois
le partenaire, la famille et la communauté. Quand les prestataires
en planification familiale élargissent l'éventail des services
offerts, ils doivent tenir compte de ce point essentiel.
La relation
entre clients et prestataires doit être la meilleure possible.
Ces derniers doivent faire preuve d'égard et de respect. Il
est ainsi inapproprié de laisser une femme nue sur une table
d'examen sans aucune considération pour sa pudeur. De même,
lorsqu'un chirurgien discute avec son équipe en présence de
la patiente, il devrait impliquer celle-ci dans la conversation
et établir un contact visuel avec elle. Chaque prestataire
devrait faire preuve de ce souci de respect envers ses clients.
Comprendre
le mode de décision des clients permet de mieux dispenser
les services de santé reproductive. Ce mode varie d'un cas
à l'autre. Par exemple, si la plupart des hommes ou des femmes
ayant opté pour une stérilisation veulent impliquer leur partenaire
dans leur choix, certains préfèrent garder leur décision secrète.
Une femme pourra refuser de dire à son mari qu'elle va subir
une ligature des trompes si ce dernier veut qu'elle continue
à avoir des enfants. Il arrive aussi que des clients n'aient
pas de partenaire stable ou qu'ils fréquentent plusieurs partenaires.
Cette diversité des cas doit inciter les programmes à rejeter
tout impératif trop rigide, comme celui du consentement du
conjoint ou du counseling du couple. Les prestataires devraient
au contraire tenter de comprendre la situation particulière
de chaque client et adapter en conséquence la manière dont
les services sont offerts.
Quand
les services de santé reproductive fonctionnent sans cohésion,
isolés les uns des autres, bien des occasions de prise en
charge complémentaire, pourtant indispensable, sont perdues.2
Un client consultant pour une stérilisation peut avoir besoin
d'autres services en planification familiale ou présenter
divers problèmes de santé. Un test de dépistage du cancer
du sein ou du col utérin, ou encore un examen de la prostate
pourront par exemple être nécessaires. Il est aussi possible
qu'un examen ou un traitement soit à prescrire pour les deux
partenaires d'un couple dans le cas d'une maladie sexuellement
transmissible (MST). A l'inverse, les patients consultant
pour un dépistage de cancer ou un traitement de MST peuvent
avoir besoin de services en planification familiale qui demeurent
inaccessibles. Pourtant, dans bien des pays, la stérilisation
n'est pratiquée que dans des centres spécialisés isolés.
Un
choix éclairé
Quand
la stérilisation est devenue pour la première fois une méthode
contraceptive largement accessible, deux questions se sont
posées aux autorités et aux professionnels de la santé : à
qui revenait le droit de décision ? Sur quel base la décision
doit-elle être prise ? Malheureusement, il convient de noter
que des violations des droits individuels ont été enregistrées
depuis.3 Si aujourd'hui de tels abus sont en voie de régression
dans le monde, le maintien du droit à un choix éclairé exigera
cependant une constante vigilance.4
Face
à l'accroissement rapide de la population mondiale et aux
problèmes de gestion des ressources entraînés par cette croissance,
certains programmes de stérilisation ont dans le passé incité
clients et prestataires à opter pour cette méthode en échange
de primes et de récompenses diverses. Ces programmes privilégiaient
aussi la stérilisation pour son efficacité aux dépens des
autres moyens de contraception. Mais de telles pratiques entravent
le libre choix des clients. Aucun objectif démographique ne
devrait être imposé aux services de planification familiale
sous la forme de quotas. Et aucune forme d'incitation ne devrait
être offerte aux clients, aux prestataires ou à ceux qui orientent
les clients vers des services spécialisés.5
Le rôle
joué par le counseling est primordial. Les hommes comme les
femmes doivent savoir quelles options sont possibles, ainsi
que les risques et les avantages liés à chaque méthode ou
intervention. Ils doivent aussi être traités avec respect
sans avoir à subir de jugement moral. Et s'ils acceptent d'être
aidés à faire le meilleur choix, ce dernier ne doit pas leur
être dicté.
Le processus
par lequel un client prend la décision de se faire stériliser
n'est pas différent de celui utilisé pour décider toutes les
autres questions en matière de santé reproductive. Ainsi,
le rôle du prestataire ne diffère pas non plus. Le client
n'effectue pas ce choix de manière simpliste. De nombreuses
questions très personnelles, parfois de nature sexuelle, se
posent alors. Quelle sera la réaction du partenaire ? Que
penseront les autres membres de la famille ? Approuveront-ils
ou non la décision ? Quels sont les amis auxquels se confier
? Faudra-t-il regretter plus tard cette décision de renoncer
à la fertilité ? En quoi l'opération chirurgicale affectera-t-elle
les rapports sexuels ? Le choix est-il imposé par un manque
d'autres méthodes contraceptives qui seraient pourtant préférables
? Le choix est-il dicté par le médecin ? La responsabilité
du prestataire est d'aider son client à naviguer dans ces
eaux difficiles.
Refuser
l'accès à la stérilisation ou à d'autres services de santé
reproductive sans réelle justification est une violation du
droit à un choix éclairé. Critères d'éligibilité irrationnels,
délais d'attente excessifs ou consentement obligatoire du
conjoint sont trois exemples de situations dans lesquelles
l'accès à cette option contraceptive est entravé.6
Répondre
aux besoins des prestataires
Les
droits et les besoins des clients ne peuvent pas être respectés
et adressés si ceux des prestataires sont eux-mêmes ignorés.7
La plupart des prestataires souhaitent offrir de bons services,
mais, trop souvent, ils ne reçoivent pas le soutien nécessaire.
Institutions et gouvernements doivent servir le prestataire
pour que celui-ci puisse, à son tour, servir ses clients.
Dans
les années 70 et 80, l'AVSC International a évalué la qualité
médicale de centaines de centres dans le monde. Un membre
de l'AVSC ou un consultant était alors envoyé sur place avec
pour mission d'observer les services offerts et de suggérer
une série de recommandations avant de repartir. Mais avec
le temps, l'AVSC s'est rendu compte que sa méthode de contrôle
était inefficace. Le plus souvent, au moment de la visite
de retour plusieurs mois après, peu de choses avaient changé.
De cette expérience, l'AVSC a retenu que les prestataires
doivent être responsables des modifications à apporter et
rétribués pour leurs efforts, mais que, pour réussir, ils
ont besoin d'être formés et évalués. Dans tous les cas possibles,
l'apprentissage de nouvelles compétences doit se dérouler
sur le lieu même du travail et non pas dans des sites dont
les conditions sont nettement différentes de celles rencontrées
quotidiennement.
Les
prestataires ont besoin de normes et de lignes directrices
qui soient à la fois clairs et adaptés au contexte dans lequel
ils travaillent. Ils ont aussi besoin d'une supervision régulière
et permanente pour faciliter leur tâche, aider à résoudre
les problèmes, et développer leurs connaissances et leurs
compétences. Ils doivent pouvoir recevoir une formation spéciale
si la situation le demande. Tout cela requiert des institutions
capables de fournir encadrement, assistance et formation.
Synergie
avec les communautés
Avant
de devenir plus accessible, la stérilisation a été au centre
de plus d'une controverse. Dans bien des pays, cette méthode
nouvelle heurta les croyances et des moeurs pratiquées depuis
de nombreuses générations.
Tout
au début, les équipes de l'AVSC, persuadées que la stérilisation
était un choix contraceptif légitime et sans danger, ont entamé
un travail de pionnier dans différents pays pour s'apercevoir
finalement que leur conviction ne suffisait pas. Tant que
les prestataires et les clients ne partageaient pas les mêmes
valeurs, il était simplement impossible de les aider à implanter
un programme. De tels programmes ne peuvent en fait réussir
qu'à travers une étroite collaboration avec les clients, les
dirigeants locaux et les organisations sur place. Cette synergie
implique une responsabilité partagée pour le développement
des programmes, la formulation dans le pays même de normes
et de lignes directrices à appliquer, ainsi qu'une volonté
de résoudre les problèmes à l'échelle locale.
Les
normes et les lignes directrices de nature médicale sont un
exemple de cette nécessité d'une collaboration au plan local
ou national. La communauté internationale de divers experts,
dont l'AVSC, se sont mis d'accord sur des normes pour une
stérilisation sans danger comme pour d'autres méthodes contraceptives.
Mais il demeure essentiel que l'application de ces lignes
directrices soient soutenue à l'échelle locale. Chaque pays
devrait s'inspirer de standards internationaux pour en tirer
ce qui convient le mieux à ses propres nécessités, qui devraient
refléter les besoins et les souhaits des femmes et des hommes
auxquels sont destinés les services.8
Au cours
des dernières années, la principale impulsion en faveur des
programmes de santé reproductive est venue des pays en développement.
Ces nations ont beaucoup à nous apprendre et leur leadership
est essentiel si les aspirations exprimées aux conférences
du Caire et de Peking doivent devenir réalité.
Network,
Automne 1997, Volume 18, Numéro 1.

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