Une
double protection est souvent nécessaire
Utilisé seul ou en
complément d'une autre méthode, le préservatif protège à la
fois contre IST et grossesses.
De nombreux clients des services de planification familiale
ont besoin d'une protection non seulement contraceptive, mais
aussi anti-infectieuse, contre le VIH et les autres infections
sexuellement transmissibles (IST). On parle de double protection.
La meilleure forme de double protection s'observe chez les couples
non infectés se limitant à une stricte relation monogame et
optant pour une méthode contraceptive efficace.
Pour les autres personnes sexuellement actives, il existe deux
types possibles de double protection :
Emploi simultané de deux méthodes contraceptives (une méthode
très efficace pour la prévention des grossesses en complément
du préservatif masculin ou féminin pour une prévention anti-infectieuse).
Emploi du seul préservatif.
Qu'il s'agisse de la stérilisation, des spécialités injectables,
des implants ou des dispositifs intra-utérins (DIU), les méthodes
contraceptives les plus efficaces en usage typique ne protègent
pourtant pas contre les IST. L'emploi simultané du préservatif
est donc recommandé pour prévenir ces infections. Utilisé seul
et de manière correcte et systématique à chaque rapport sexuel
à risque élevé, le préservatif offre une protection simultanée
contre les maladies et contre la grossesse. Mais, dans la réalité,
son utilisation souvent incorrecte ou irrégulière s'accompagne
de taux de grossesse relativement élevés.
Il reste encore beaucoup à apprendre des couples qui choisissent
l'une ou l'autre forme de double protection. « En connaissant
mieux les caractéristiques de ces couples, on découvre les obstacles
potentiels à l'emploi d'une telle protection, ce qui est important
pour le counseling des clients », fait remarquer le docteur
Thulani Magwali, gynécologue-obstétricien attaché à l'université
de Zimbabwe. Grâce à une bourse de FHI, le docteur Magwali mène
actuellement une étude auprès de 900 clientes de services de
planification familiale du Zimbabwe. Son travail va permettre
de comparer la prévalence et la régularité d'emploi des deux
types possibles de double protection, à la fois contraceptive
et anti-infectieuse, la première faisant appel à deux méthodes,
la seconde au seul préservatif masculin ou féminin. L'étude
tiendra compte de divers facteurs comme le niveau d'instruction,
le statut marital, l'âge et le nombre de partenaires sexuels.
Quelle forme de double protection devraient conseiller les prestataires
? Les données comparant les deux types possibles sont peu nombreuses
et contradictoires. L'opinion des experts varie, mais la plupart
s'entendent sur un point : il n'y a pas de solution universelle.
Pour le docteur Willard Cates, président de FHI et spécialiste
des IST, les prestataires devraient donc « adapter leur counseling
en fonction des besoins et des motivations de chaque client.
Le choix du type de double protection sera certainement influencé
par le souci majeur du couple, qu'il désire se protéger avant
tout contre une grossesse, ou contre une infection, ou contre
les deux à la fois ».
« Un des facteurs essentiels à considérer pour pouvoir conseiller
les clients, c'est leur risque de contracter une infection.
On peut évaluer ce risque à partir des taux de prévalence des
IST dans la communauté et des comportements sexuels du client
en question. S'il existe un risque, notamment d'exposition à
des infections graves comme celles par le VIH, il faudra alors
recommander l'emploi du préservatif ».
« Il faut également envisager les conséquences possibles d'une
grossesse non désirée et celles d'une infection sur la vie des
clients », précise le docteur Cates. « Par exemple, à une femme
souhaitant fortement avoir un enfant, mais désirant seulement
différer sa grossesse, on pourra recommander l'usage du préservatif
seul. Son risque de tomber enceinte sera alors sans doute plus
élevé que si elle employait le préservatif plus une autre méthode
très efficace. Mais la protection supplémentaire offerte par
ce second contraceptif peut inciter les partenaires sexuels
de ces femmes à négliger de temps à autre l'usage du préservatif
et, par suite, les exposer au risque d'une contamination par
une IST. Pour ces femmes, une éventuelle grossesse résultant
de l'emploi du seul préservatif serait probablement préférable
à une infection, qui pourrait, elle, conduire à une stérilité
».
A l'inverse, poursuit le docteur Cates, quand le souci majeur
est d'éviter une grossesse non désirée, il peut être préférable
de conseiller d'abord une double méthode, surtout si la cliente
n'a pas accès à la contraception d'urgence ou à un service d'IVG,
ou si ces options sont trop coûteuses pour elle.
« Aux femmes utilisant une méthode contraceptive très efficace,
il faut indiquer quand et avec qui l'emploi parallèle du préservatif
est particulièrement important : avec de nouveaux partenaires,
avec les partenaires ayant eux-mêmes d'autres partenaires sexuels,
et avec les partenaires non testés pour les IST », explique
le docteur Cates. « Il est possible qu'en incitant ces femmes
à se protéger avec le préservatif, surtout dans les situations
à haut risque, on obtienne une meilleure adhésion et donc moins
d'infections qu'en recommandant son emploi à chaque rapport
sexuel. L'obligation de devoir toujours utiliser un préservatif
paraîtra en effet irréalisable ou inacceptable à certains couples.
Ils préféreront alors ne pas y recourir du tout ou ils négligeront
de l'employer aux moments où il est le plus indispensable ».
Emploi d'une double méthode
L'emploi simultané de deux méthodes (double méthode) peut sembler
idéal pour prévenir à la fois grossesse et IST. Mais plusieurs
points théoriques et pratiques sont à considérer.
Ainsi, si le risque de grossesse varie au cours du cycle menstruel,
celui d'une contamination par une IST peut demeurer relativement
constant, ce qui justifie l'utilisation prioritaire d'un préservatif
pour prévenir une infection. Pour la gonorrhée ou la syphilis,
le risque de contamination d'un partenaire sain par une personne
infectée est de l'ordre de 50 % à chaque rapport sexuel.1 (La
probabilité de transmission semble être moindre pour les chlamydioses
ou les IST virales, notamment pour le VIH.2) Chez la femme,
le risque de contracter une gonorrhée lors d'un seul acte sexuel
non protégé est deux fois supérieur à celui de tomber enceinte,
même au moment de la phase la plus fertile de son cycle menstruel.
Par ailleurs, si bien des couples n'aiment pas employer une
seule méthode contraceptive, ils refuseront d'en utiliser deux.
Il arrivera qu'ils n'en conservent qu'une et qu'ils abandonnent
la seconde, ou, au mieux, qu'ils n'y recourent qu'épisodiquement.
Chez les couples utilisant le préservatif en complément d'une
autre méthode contraceptive, plusieurs études ont montré que
plus cette dernière est efficace, plus l'usage du préservatif
est irrégulier.3 Plusieurs travaux consacrés à l'emploi d'une
double méthode ont révélé qu'environ un cinquième seulement
des sujets utilisaient effectivement le préservatif, même si,
dans certains cas, son usage avait été prescrit.4 En collaboration
avec la Family Planning Association du Kenya, FHI a conduit
une enquête auprès de quelque 900 clientes de services de planification
familiale. Chez ces femmes qui utilisaient aussi une méthode
contraceptive autre que celles de barrière, seulement 13 % s'étaient
protégées avec un préservatif dans un but anti-infectieux dans
le mois avant l'entretien ; 16 % de ces femmes avaient pourtant
été diagnostiquées avec au moins une IST au cours de l'année
précédente, et plus d'un tiers se considéraient elles-mêmes
à risque pour une telle infection. Parmi les raisons couramment
invoquées pour expliquer leur attitude, les participantes citaient
l'emploi d'une première méthode contraceptive, le refus du partenaire
d'employer le préservatif et le désir d'avoir un rapport sexuel
naturel. Mais chez les femmes ayant eu l'occasion de discuter
avec leurs partenaires du risque de contamination par les IST
et des moyens de s'en prévenir, la fréquence d'emploi simultané
de deux méthodes était 13 fois supérieure.5
Un travail similaire réalisé en Jamaïque a montré que le fait
de discuter entre partenaires de la prévention des IST était
un facteur prédicteur de l'emploi d'une double méthode.6 Et
aux Etats-Unis, une étude portant sur 1.729 hommes sexuellement
actifs, dont 17 % utilisaient une double méthode, a mis en évidence
le lien entre, d'une part, usage du préservatif et, d'autre
part, communication entre partenaires au sujet de la contraception
et du préservatif.7
Les critiques de la double méthode avancent aussi qu'en promouvant
le préservatif comme simple complément d'une autre méthode,
on nuit à son image de contraceptif efficace, et qu'en le présentant
seulement comme une barrière anti-infectieuse, on favorise les
soupçons de promiscuité. De ce fait, les femmes peuvent avoir
des difficultés à obtenir son utilisation par leurs partenaires.
Au cours d'entretiens de groupe menés avec une trentaine de
Noirs américains des deux sexes, les participants ont reconnu
la nécessité d'une double protection tout en admettant n'employer
que rarement le préservatif. Dans l'ensemble, les partenaires
n'avaient pas confiance l'un dans l'autre et toute demande d'emploi
du préservatif aurait pu faire soupçonner encore plus une infidélité.8
Il est possible que, par crainte de violences ou d'un abandon,
de nombreuses femmes refusent de demander à leur partenaire
habituel d'utiliser un préservatif.
Enfin, pour les prestataires comme pour les clients, une double
méthode n'est pas toujours indiquée pour des raisons financières
ou pratiques.
Emploi du préservatif seul
L'Organisation mondiale de la Santé, le Programme commun des
Nations Unies sur le VIH/sida et le Fonds des Nations Unies
pour la population ont récemment publié ensemble un document
soulignant qu'un emploi correct et systématique du préservatif
peut servir de double protection. Ce document précise que le
counseling en planification familiale « doit faire comprendre
que si la plupart des méthodes (moyens hormonaux, DIU et stérilisation)
sont d'une grande efficacité contraceptive, elles n'offrent
aucune protection » contre les IST. « Pour permettre un choix
informé, il faut aussi dire que le préservatif, sous condition
d'un emploi correct et systématique, aide non seulement à prévenir
les IST, mais qu'il est aussi un contraceptif très efficace
et tout à fait acceptable. »9 Au Japon, cette efficacité des
préservatifs a été largement prouvée : ils y sont depuis longtemps
la méthode contraceptive privilégiée et les taux de grossesse
non désirée demeurent faibles.
Mais l'emploi du seul préservatif pour une double protection
a aussi ses inconvénients. Parce qu'ils sont souvent employés
de manière irrégulière, leur efficacité contraceptive est moindre
que celle de la stérilisation, des méthodes hormonales ou des
DIU. En usage typique, respectivement 14 % et 21 % des utilisatrices
du préservatif masculin ou du préservatif féminin tombent enceintes
sans le vouloir au cours de la première année.10
Une enquête sur les croyances et les attitudes des prestataires
quant à la double protection a été effectuée à New York auprès
de conseillers de centres de planification familiale. Elle a
révélé que la majorité des 34 personnes interrogées craignaient
qu'en proposant le préservatif masculin ou féminin au lieu de
méthodes hormonales, on augmenterait les taux de grossesse non
désirée chez les clientes. Pour la moitié de ces prestataires,
le préservatif féminin n'était jamais recommandable en tant
que moyen contraceptif primaire, et pour 63 % d'entre eux, il
en serait de même du préservatif masculin.11
Pourtant, selon le docteur Cates, « les programmes de planification
familiale doivent surmonter leurs hésitations et se mettre à
informer leurs clients sur la nécessité d'un usage plus correct
et plus systématique des préservatifs pour prévenir simultanément
grossesses et infections ». En cas d'emploi parfait, le préservatif
masculin et le préservatif féminin n'ont des taux respectifs
de grossesse non désirée que de 3 % et 5 % dans la première
année d'utilisation.12 « De plus, tous les programmes cherchant
à promouvoir une double protection devraient rendre les préservatifs
facilement accessibles dans leurs centres ». Publicité de services
publics népalais promouvant l'emploi du préservatif.
Pour les personnes sexuellement actives et exposées à un risque
infectieux, l'emploi correct et systématique du préservatif
masculin en latex constitue la forme de prévention la plus efficace.
On ne connaît pas assez la protection offerte par le préservatif
féminin contre la transmission du VIH et des autres IST, mais
les experts l'estiment prometteur.
Un meilleur accès au préservatif féminin peut s'accompagner
d'une augmentation de l'usage du préservatif masculin comme
du préservatif féminin chez les couples souhaitant se protéger
contre les IST. Ainsi, en Thaïlande, une expérience menée avec
deux groupes de 250 prostituées a montré que celles disposant
à la fois de préservatifs masculins et féminins employaient
plus souvent un préservatif d'un type ou l'autre que celles
n'ayant sous la main que des préservatifs masculins. Et l'incidence
des IST était légèrement inférieure dans le premier groupe que
dans le second.13 De même, selon une étude conduite auprès de
quelque 900 femmes américaines sexuellement actives, auxquelles
on avait distribué des préservatifs des deux types, on a constaté
que les couples n'utilisant le préservatif masculin que de manière
irrégulière pouvaient tout de même bien se protéger contre les
infections en recourant de temps à autre au préservatif féminin.14
Et un travail réalisé en Zambie a également montré que, chez
les couples à haut risque infectieux disposant de préservatifs
des deux types, le nombre de rapports protégés était plus élevé
que chez les couples n'ayant que des préservatifs masculins.15
Le fait que les préservatifs peuvent protéger à la fois contre
les IST et les grossesses pourrait être exploité avantageusement
par les femmes dont les partenaires n'associent habituellement
ces moyens contraceptifs qu'avec l'idée d'infections, et par
suite d'infidélités. Ces femmes pourraient insister sur l'effet
anticonceptionnel et obtenir de leur partenaire qu'ils utilisent
un préservatif pour éviter une grossesse, tout en profitant
d'une barrière essentielle contre la transmission des IST.
Mais en conseillant à une cliente un tel subterfuge, on peut
créer une situation risquée, surtout si elle n'utilise pas d'autre
méthode contraceptive. Si la femme tombe enceinte à la suite
d'une défaillance du préservatif, elle n'aura plus de prétexte
pour exiger une protection par un préservatif. Et il pourra
devenir impossible d'exiger cette protection pendant ses règles
ou après sa ménopause.
-- Kim Best
Notes
1 Anderson RM. Transmission dynamics of sexually transmitted
infections. In Holmes KK, Mårdh P-A, Sparling PF, et al., eds.
Sexually Transmitted Diseases, Third Edition. (New York: McGraw
Hill, 1999)25-37.
2 Anderson; Brunham RC, Plummer FA. A general model of sexually
transmitted disease epidemiology and its implications for control.
Med Clin North America 1990;74(6):1339-52; Royce RA, Sena A,
3 Cates W Jr, et al. Sexual transmission of HIV. N Engl J Med
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pregnancies, and sexually transmitted diseases. Why isn't a
simple solution possible? Am J Epidemiol 1996;143(4):311-18.
4 Humphries HO, Bauman KE. Condom use by Norplant users at risk
of sexually transmitted diseases. Sex Transm Dis 1994;21(4):217-19;
Rademakers J, Coenders AQ, Dersjant-Roorda M, et al. A survey
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November 17-21, 1996.
5 Kuyoh M, Spruyt A, Johnson L, et al. Dual method use among
family planning clients in Kenya. Final report. Family Health
International and Family Planning Association of Kenya, 1999.
6 Spruyt.
7 Lindberg LD, Ku L, Sonenstein FL. Adolescent males' combined
use of condoms with partners' use of female contraceptive methods.
Matern Child Health J 1998;2(4):201-9.
8 Woodsong C, Koo HP. Two good reasons: women's and men's perspectives
on dual contraceptive use. Soc Sci Med 1999;49(5):567-80.
9 Dual Protection against Sexually Transmitted Infections including
HIV, and Unwanted Pregnancy (Joint Policy Statement), March
5, 2000. Geneva: World Health Organization, United Nations Programme
on HIV/AIDS, United Nations Population Fund, 2000.
10 Hatcher RA, Trussell J, Stewart F, et al., eds. Contraceptive
Technology, Seventeenth Revised Edition. (New York: Ardent Media,
Inc., 1998)800.
11 Mantell JE, Hoffman S, Exner T, et al. Introducing dual protection
into family planning services in NYC: health care providers'
perspectives. The XIII International AIDS Conference, Durban,
South Africa, July 9-14, 2000.
12 Hatcher.
13 Fontanet AL, Saba J, Verapol C, et al. Protection against
sexually transmitted diseases by granting sex workers in Thailand
the choice of using the male or female condom: results from
a randomized controlled trial. AIDS 1998;12(14): 1851-59.
14 Macaluso M, Demand M, Artz L, et al. Female condom use among
women at high risk of sexually transmitted disease. Fam Plann
Perspect 2000;32(3):138-44.
15 Musaba E, Morrison CS, Sunkutu MR, et al. Long-term use of
the female condom among couples at high risk of human immunodeficiency
virus infection in Zambia. Sex Transm Dis 1998;25(5):260-64.

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