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La
peste (1/3)
Rédacteur : Christiane
Perbet
Relecture et validation : Docteur Luc Jeannin
octobre 2001
Epidémiologie
Transmission
Bactériologie
Diagnostic
Aspects
cliniques
Traitement
Vaccination
Prévention
La peste
(2) : pour en savoir plus
La peste
(3) : les informations épidémiologiques sur
la peste
La peste a donné lieu à de grandes épidémies
historiques et est considérée aujourd'hui comme
une maladie réémergente dans le Monde, c'est
une maladie à déclaration obligatoire soumise
au règlement Sanitaire International. L'Organisation
Mondiale de la Santé rapporte chaque année 1
000 à 3 000 cas de peste dans le Monde. Elle est encore
présente sous forme de foyers sauvages dans certaines
régions d'Iran (Kurdistan), en Inde, Afghanistan, Azerbaïdjan,
Russie centrale, Chine, Viet Nam, Afrique de l'Est (Kenya),
Madagascar, Amérique du Sud (Brésil), Ouest
des Etats-Unis qui pourraient exposer à de nouvelles
flambées épidémiques.
La peste est une infection bactérienne provoquée
par une entérobactérie Yersinia pestis (bacille
de Yersin) extrêmement virulente.
C'est une zoonose transmissible à l'homme par une
piq ûre de puce venant d'un rongeur malade. En Europe
au Moyen âge, des millions de personnes sont mortes
de la peste transmises par les rats. Actuellement les antibiotiques
sont efficaces, mais le traitement doit intervenir très
tôt pour sauver les malades.
Epidémiologie
De 1984 à 1992, 11 030 cas
de peste humaine ayant causé 1201 décès ont été notifiés à
travers le monde (soit de 1000 à 2000 cas et de 100 à 200
décès par an); il s'agissait généralement de peste bubonique.
D'après l'OMS, l'Afrique est le continent le plus touché,
suivi de l'Asie qui comptaient près de 99% des cas
rapportés dans le Monde en 1997 (les hauts plateaux
du centre de l'île de Madagascar, le Mozambique, la
Tanzanie, le Congo, l'Inde).
L'Amérique du Sud et l'Ouest des Etats-Unis ont répertorié
quelques cas en 1997. La peste est actuellement inexistante
en Europe.
Voir La
peste (3) : les informations épidémiologiques
sur la peste
Transmission
L'homme est contaminé
par des piq ûres de puces de rongeurs infectés,
en particulier Xenopsylla cheopsis.Les puces transmettent
la peste à l'homme lors d'un repas sanguin. Lors de
l'épidémie, la transmission peut se faire par
voie respiratoire interhumaine si l'un des malades est atteint
d'une lésion respiratoire ouverte.
En Europe, les rats sont la source principale de dissémination
de la peste, aux Etats-Unis ce sont les écureuils "Rock
squirrels ou California ground squirrel". Les animaux
domestiques, chiens et chats, peuvent être des sources
d'infection quand ils sont contaminés par les puces
de rongeurs.
En dehors des épidémies, les rongeurs peuvent
servir de réservoir de l'infection et les puces demeurent
infectieuses pendant des mois.
Bactériologie
Yersinia pestis est
une bactérie Gram négative appartenant à
la famille des Entérobactériaceae qui présente
une coloration bi-polaire en présence des colorants
Wright, Giemsa et Wayson. Elle possède plusieurs facteurs
de virulence qui lui permettent de survivre chez l'homme en
utilisant les nutriments des cellules hôtes et en empêchant
la phagocytose et d'autres mécanismes de défense.
Diagnostic
Un diagnostic d'urgence est nécessaire de manière
à mettre en place les mesures préventives. Dans
la peste bubonique, la ponction ganglionnaire avec examen
direct et culture est essentielle. Dans la peste pulmonaire,
le diagnostic est confirmé par la culture. Il
n'y a pas de test rapide de détermination du bacille
de la peste.
La détection de Yersinia pestis se fait :
- par mise en évidence de bactéries gram-négatives
de forme ovoïde, à coloration bipolaire
à partir des expectorations, du sang ou de prélèvements
de ganglions.
- par des tests aux anticorps fluorescents et ELISA
La sérologie est trop
tardive et incertaine (réactions croisées).
En post mortem, des prélèvements (ganglions,
poumon, rate, moelle osseuse) peuvent être justifiés.
Mesures de protection de santé
publique
D'après le plan BIOTOX de la Direction Générale
de la Santé.
Voir la fiche récapitulative des maladies à déclaration
obligatoire.
Institut de Veille Sanitaire, 11 octobre 2001.
http://www.agmed.sante.gouv.fr/htm/10/indbio.htm
- porter un diagnostic précoce
- déclarer très rapidement aux autorités
sanitaires la suspicion d'un cas de peste
- lancer une enquête épidémiologique pour
identifier la source et les personnes exposées
- tout malade symptomatique doit être hospitalisé
ou placé dans une structure médicalisé.
Aspects
cliniques
Chez
l'homme, la peste prend trois formes principales :
- La peste bubonique : c'est la forme
la plus fréquente en milieu naturel
Elle fait suite à l'infection
par la piq ûre de la puce d'un rat ou d'un rongeur infecté.
La peste se déclare d'abord chez les rongeurs qui meurent
à grande échelle. Les puces perdant leur hôte
recherchent d'autres sources de sang, et contaminent l'homme
et les animaux domestiques.
- Le premier symptôme est l'apparition d'un bubon, adénite
cerclée d'une zone oedémateuse due à
l'inflammation d'un ganglion lymphatique dans le périmètre
de la piq ûre de la puce. Ce bubon est très
algique, c'est une caractéristique de la maladie. Il
se développe dans les zones inguinale, parfois crurale,
axillaire ou cervicale. La période d'incubation est
de 2 à 7 jours.
- Le syndrome infectieux est brutal net, marqué
par une forte fièvre, myalgies, arthralgies, céphalées
et une grande fatigue, un tableau toxique (pâleur, traits
tirés, polypnée)
- Le taux de létalité est de 50 à 70%
en absence de traitement.
- Dans environ 30% des cas, l'infection se limite au ganglion
touché qui forme un abscès guérissant
spontanément en huit à dix jours.
- Dans 50 à 70% des cas, le bacille se multiplie dans
les voies lymphatique et sanguine à partir du ganglion
et provoque une septicémie mortelle dans les 36 heures
avec coagulation intravasculaire, nécrose des vaisseaux
de petite taille, et lésions de la peau.
La gangrène des extrémités, doigts et
nez, se manifeste lorsque la maladie est installée,
et ne peut en aucun cas être un moyen de diagnostic
précoce. Ce symptôme a donné le nom de
"peste noire" à la seconde pandémie
de peste.
- La
peste septicémique
La septicémie
est la plupart du temps une complication de la peste bubonique,
mais une faible
proportion des patients, suite à l'infection par Yersinia
pestis, développe directement la forme septicémique
(dissémination hématogène) sans apparition
de bubon : c'est la peste septicémique primaire réalisant
un tableau gravissime, déterminant une atteinte multiviscérale,
susceptible d'infecter notamment les poumons.
- La peste pulmonaire : la forme la
plus grave en cas d'attaque bactériologique.
Elle est très contagieuse et se transmet d'une
personne à l'autre par voie aérienne. La
contamination par voie respiratoire conduit après une
incubation très courte (de quelques heures à
2-3 jours), à une pneumopathie invasive dyspnéisante
avec oedème lésionnel responsable d'une détresse
respiratoire aiguë.
La peste pulmonaire secondaire
Dans 12% des cas de peste,
la peste pulmonaire est secondaire à la peste bubonique
ou septicémique. Le bacille envahit les poumons et
infecte directement le parenchyme pulmonaire. Les patients
sont atteints d'un syndrome pseudo-grippal, toux sèche,
céphalées, fièvre, puis une pneumopathie
sévère se développe : toux avec crachats
hémoptoïques dits "sirop de framboise",
douleurs thoraciques, fièvre élevée,
puis coma. Sans traitement précoce, la peste pulmonaire
est mortelle en moins de trois jours.
La peste pulmonaire
primaire
Contrairement à l'atteinte pulmonaire secondaire, il
n'y a pas apparition de bubons et les premiers symptômes
sont fièvre, toux, dyspnée avec éventuellement
production d'expectorations hémoptoïques et purulentes.
Elle peut être transmise par voie aérienne
par un malade atteint de peste bubonique ou en cas d'attaque
bactériologique par les bactéries vaporisées
de façon intentionnelle. Dans ce cas, le temps
d'incubation serait de 2 à 3 jours. La dissémination
de la peste dépendrait de la quantité d'agent
biologique dispersé, des caractéristiques de
la souche, des conditions environnementales et de la méthode
d'aérosol. L'apparition de la maladie dans un endroit
où il n'existe pas de cas de rongeurs infectés
doit faire penser à une attaque bactériologique.
Traitement
Yersinia pestis est naturellement
résistant aux bêtalactamines mais reste sensible
aux aminosides
(streptomycine et à la kanamycine (pour les nouveaux
nés)), aux cyclines (tétracycline), au chloramphénicol
(dans les cas de méningite), aux quinolones, au
triméthoprime-sulfaméthoxale (TMP-SMX), à
la rifampicine.
Les principes actifs conseillés par l'AFSSAPS
sont : cipofloxacine, ofloxacine, lévofloxacine, doxycycline,
triméthoprime-sulfaméthoxale.
La voie d'administration peut-être orale ou parentérale
et l'antibiothérapie doit être prescrite au stade
précoce (8 à 24h après le début
de la peste pulmonaire).
Il peut être nécessaire d'inciser le bubon et
de faire un drainage.
Le groupe d'experts du JAMA
recommande la prescription de la doxycycline comme premier
choix pour les malades.
Des recommandations sont publiées par la FDA et l'Agence
du Médicament (Afssaps).
Consulter :
JAMA, vol. 283, n°17, may 3, 2000
Voir le document
et la fiche thérapeutique de l'Afssaps
Voir le document
Vaccination
L'ancien vaccin n'est plus fabriqué
et n'était efficace que contre la peste bubonique.
Pour l'historique du vaccin contre la peste voir :
Prevention of Plague : Recommendations of the Advisory Committee
on Immunization Practices (ACIP).
Voir le document
Prévention
La peste est une maladie à
potentiel épidémique qui justifie un diagnostic
précoce et exige une déclaration aux autorités
sanitaires nationales et internationales.
Des mesures de prévention sont à prendre :
- isolement des patients, particulièrement ceux qui
sont atteints de formes respiratoires
- limitation des déplacements pour éviter l'extension
de l'épidémie
- antibioprévention par les cyclines, rifampicine ou
streptomycine des sujets contacts.
Une enquête pour connaître
l'origine de la contamination est pratiquée
La dératisation et l'utilisation d'insecticides sont
déterminants dans la prévention d'une épidémie.
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