Source: Robey B, Ross J, Bhushan I. Meeting unmet
need: new strategies.
Popul Rep 1996;J(43):7, basé sur les Enquêtes démographiques
et de santé.
Des
raisons multiples
Souvent,
les raisons qui font que les besoins restent en partie non
satisfaits empiètent les unes sur les autres en raison des
facteurs sociaux et culturels qui ont tendance à influencer
les pratiques sexuelles et les besoins en matière de santé
de la reproduction. Deux études approfondies qui ont été publiées
en 1995 ont découvert que les principales raisons tenaient
au manque de connaissances, aux craintes pour la santé et
à l'ambivalence des individus quant à leur désir d'avoir ou
non un enfant. D'autres considérations importantes, selon
les pays étudiés, regroupaient l'opposition des membres de
la famille et les effets secondaires.4 Seules des
femmes avaient été interrogées.
"Beaucoup
de gens pensent que si seulement les couples avaient accès
à une méthode, ils l'utiliseraient, mais ils se trompent",
dit Mme Nancy Yinger, qui a coordonné plusieurs études récentes
sur les causes des besoins non satisfaits en matière de contraception
dans le cadre de l'International Center for Research on Women
(ICRW), basé aux Etats-Unis. "Les causes et les solutions
sont beaucoup plus compliquées que ne l'implique le manque
d'accès. Même lorsqu'ils ont accès à la contraception, beaucoup
d'utilisateurs potentiels n'ont pas les connaissances et le
soutien voulus, ils ressentent beaucoup de craintes et ils
se heurtent à des obstacles sociaux et culturels considérables
en matière de pratique de la contraception."
"Le manque
de connaissances" invoqué dans les réponses aux enquêtes peut
recouvrir diverses notions, dont l'absence de services de
planification familiale ou d'informations sur ce sujet, souligne
M. John Ross, qui coordonne les études sur les besoins non
satisfaits pour le Futures Group International, organisme
basé aux Etats-Unis qui étudie les questions de santé de la
reproduction. Or, ajoute-t-il, ceci peut revêtir une importance
particulière pour certaines catégories de la population, et
spécialement les femmes pendant le post-partum, les adolescents
et les femmes vivant en milieu rural dans de nombreux pays
du monde.
"Environ
40 pour cent des besoins non satisfaits sont concentrés dans
la première année du post-partum", précise-t-il. "On peut
tenter de combler les lacunes institutionnelles en prodiguant
les services sur une base plurielle." De l'avis de M. Ross,
le fait de lier les services de planification familiale à
ceux de vaccination infantile, de traitements par réhydratation
orale et d'autres soins de santé du jeune enfant peut faciliter
l'accès à la contraception dans des endroits où les besoins
non satisfaits sont généralisés.
Par ailleurs,
le manque de connaissances est étroitement lié au statut social
de la femme au sein de la famille et de la communauté. Une
étude faite au Guatemala a examiné les schémas en vigueur
en matière de communication et de prise de décisions qui influaient
sur le besoin non satisfait. Les femmes dont le besoin de
contraception restait non satisfait étaient plus susceptibles
de vivre dans des familles où la maîtrise de la fécondité
et la planification familiale n'étaient ni discutées ni encouragées
et dans lesquelles les femmes ne participaient pas aux décisions
concernant les questions sexuelles et de reproduction. Cette
étude, coordonnée par l'ICRW, s'appuyait sur les données d'enquêtes
faites auprès de 275 personnes et sur des entretiens approfondis
avec 80 personnes, dont des hommes et des femmes célibataires.5
"Bien
qu'ils aient accès à une information sur les méthodes contraceptives,
que ce soit à la télévision, à la radio, dans des brochures
ou par d'autres moyens encore, beaucoup d'hommes et de femmes
n'ont pas l'occasion de discuter ces sujets entre eux, en
face à face", explique Mme Linda Asturias de Barrios, qui
dirigeait l'étude à partir d'un centre guatémaltèque de recherche,
ESTUDIO 1360. "En outre, les services de santé qui permettent
effectivement les interactions en face à face, tels les centres
sanitaires et les réseaux de distribution à base communautaire,
n'ont généralement pas une atmosphère propice à la discussion
de sujets aussi délicats que la sexualité, la santé de la
reproduction et la planification familiale, qu'il s'agisse
des hommes ou des femmes." En s'appuyant sur les conclusions
de cette étude, le projet s'emploie à former des agents de
santé locaux pour en faire des conseillers, à identifier 50
jeunes femmes susceptibles de prendre part à un projet d'éducation
et à concevoir un cursus consacré à la santé sexuelle.
A l'image
du projet entrepris au Guatemala, plusieurs études récentes
ont démontré que les obstacles à la pratique de la contraception
relevaient d'un contexte social et culturel qui dépasse l'individu.
En se fondant sur des entretiens approfondis, des discussions
dirigées de groupe et des données recueillies par enquête,
les auteurs d'études faites au Ghana, en Inde, au Pakistan,
aux Philippines et en Zambie, aussi bien qu'au Guatemala,
ont systématiquement constaté que le manque de connaissances,
la peur des effets secondaires et l'absence de solidarité
de la part du mari constituaient les principaux facteurs à
l'origine des besoins non satisfaits.
Les
effets secondaires
Dans de
nombreuses études, les répercussions -- réelles ou perçues
-- des contraceptifs sur la santé de la femme représentent
souvent un obstacle à leur utilisation. Les femmes s'inquiètent
des effets secondaires, elles ont des peurs dénuées de fondement
sur ces effets ou sur les conséquences pour la santé, soit
par manque de connaissances ou parce qu'elles écoutent des
informations erronées. Dans l'étude menée au Pakistan, une
grande part des femmes qui avaient entendu parler des méthodes
modernes craignaient que leur utilisation ne soit associée
à des effets nocifs ; elles étaient 40 pour cent à nourrir
des idées fausses sur la stérilisation féminine, et 70 pour
cent sur le dispositif intra-utérin (DIU). "Le corps reste
impur... en cas d'insertion d'un DIU", dit une femme, faisant
apparemment allusion à la modification des saignements menstruels.
"Le DIU est cause de saignements et de spotting. On ne peut
pas rester pure. C'est pour ça que je me suis fait enlever
ce dispositif." Cette étude portait sur 1.310 femmes mariées
et 554 de leurs maris, dans des communautés tant urbaines
que rurales.6
Une façon
d'affronter les obstacles liés aux effets secondaires, aux
craintes pour la santé et à la méconnaissance des contraceptifs
consiste à assurer un counseling de meilleure qualité. Le
fait d'aborder la question des effets secondaires dans ce
contexte peut améliorer les taux de continuation, ce qui réduit
la part des femmes susceptibles de tomber dans la catégorie
des utilisatrices dont les besoins ne sont pas satisfaits.
Dans une étude réalisée en Chine auprès d'utilisatrices du
contraceptif injectable DMPA (acétate de médroxyprogestérone-dépôt),
par exemple, environ 200 femmes ont bénéficié d'un counseling
approfondi sur les effets secondaires de cette méthode et
environ 200 autres ont reçu un counseling sur la planification
familiale en général. Un an plus tard, les taux d'abandon
étaient près de quatre fois plus élevés parmi les femmes du
second groupe, soit 42 pour cent par rapport à 11 pour cent.
La principale raison invoquée à l'appui de l'arrêt de la méthode
concernait les changements menstruels, l'effet secondaire
le plus courant du DMPA.7
Beaucoup
de prestataires ne prodiguent pas de counseling sur les effets
secondaires. Dans 12 pays d'Afrique subsaharienne, près de
la moitié des femmes seulement qui avaient choisi une nouvelle
méthode avaient reçu une information sur ses effets secondaires,
selon une étude consacrée à la qualité des services de planification
familiale. La part des femmes qui avaient été informées sur
les effets secondaires de leur méthode oscillait entre 24
pour cent au Burkina Faso et 68 pour cent au Botswana.8
Le
rôle de la famille
Une autre
conclusion qui revient systématiquement dans les études récentes,
c'est l'importance des hommes et des autres membres de la
famille. Dans deux études faites en Afrique subsaharienne,
l'une au Ghana et l'autre en Zambie, les besoins non satisfaits
étaient plus élevés parmi les couples qui ne parlaient pas
entre eux de la planification familiale.
Au Ghana,
environ le tiers des femmes seulement dont le besoin de contraception
n'était pas satisfait se sentaient suffisamment à l'aise pour
soulever le sujet de la contraception avec leur mari, contre
les deux tiers de celles qui prenaient des contraceptifs.
Les femmes des deux groupes considéraient que leur mari jouait
un rôle important dans les décisions prises en matière de
contraception. Les auteurs de l'étude en ont conclu qu'il
fallait "atteindre les hommes, tout au moins au départ, par
le biais de canaux de communication qui tiennent compte des
normes culturelles."9 Par exemple, le Navrongo
Community Health and Family Planning Project, au Ghana, passe
par les chefs de la communauté et les chefs de famille.
Dans l'étude
faite en Zambie, dans des villes ou à leur proximité, près
de neuf utilisatrices sur 10 avaient parlé de la contraception
avec leur mari à un moment ou un autre. En revanche, environ
deux femmes seulement sur trois qui n'avaient jamais utilisé
de contraceptifs mais qui ne voulaient pas devenir enceintes
avaient abordé le sujet avec leur mari.
Quand
les équipes de chercheurs ont présenté leurs conclusions lors
de réunions communautaires, beaucoup de participants ont demandé
avec insistance que les informations sur la planification
familiale soient portées à la connaissance des hommes par
le biais de comités sanitaires de quartiers. Les hommes ont
tendance à se réunir dans certains endroits à des heures précises,
ce qui fournit l'occasion de leur présenter des services.10
Dans l'étude
effectuée aux Philippines, les chercheurs ont conclu que l'inégalité
de la femme vis-à-vis de l'homme constituait un facteur essentiel
des besoins non satisfaits. "Chez les femmes dont les besoins
sont insatisfaits, on remarque des difficultés au niveau de
l'initiative et du refus des relations sexuelles. En fait,
ce déséquilibre entre époux sur le plan des questions sexuelles
semble souvent compliquer et exacerber les autres facteurs
identifiés", concluent M. John Casterline et ses collègues
du Population Council. Pour citer une participante à l'étude,
"comme c'est mon mari, c'est lui qui décide." Cette étude
portait sur près de 2.000 femmes et hommes de Manille et d'une
région rurale.11
Ces dernières
années, des programmes en Colombie, au Ghana, en Inde, au
Kenya, au Mexique et dans d'autres pays ont mis en route des
efforts visant à faire intervenir les hommes dans les programmes
de santé de la reproduction. Aux Philippines, par exemple,
le docteur Cesar Maglaya, anciennement chargé de recherches
à FHI, a mis sur pied un dispensaire pour hommes à l'hôpital
José Fabella Memorial de Manille qui offre des services de
vasectomie sans scalpel aux hommes dont la femme est en période
de post-partum. "En ce qui concerne les hommes, il faut trouver
les moyens de leur faire parvenir une information exacte sur
la planification familiale et la santé reproductive, de les
éduquer sur ces sujets, y compris sur les maladies sexuellement
transmissibles, afin de leur faire comprendre le rôle important
qu'ils jouent en matière de santé de la reproduction", dit
le docteur Maglaya. "Les hommes commencent à se porter volontaires
pour convaincre d'autres hommes d'avoir une vasectomie. Les
programmes de santé reproductive doivent découvrir des façons
de les faire participer."
Selon
l'étude faite au Pakistan, près de neuf femmes sur 10 voyaient
dans l'opposition des hommes à la pratique de la contraception
un obstacle à la satisfaction de leurs besoins en matière
de reproduction. Des programmes pilotes ont tenté de faire
participer des hommes au Pakistan, mais c'est une démarche
qui n'est pas facile à maintenir. Dans la ville de Mardan,
par exemple, on a fait appel à des éducateurs communautaires
qui étaient chargés de contacter les hommes et les couples
mariés pour leur parler de la contraception, et ce par le
biais d'un conseil de développement communautaire dominé par
des hommes. En l'espace de quatre ans, le taux de prévalence
contraceptive dans la région est passé de 9 à 21 pour cent.
Mais faute de fonds, cette intervention a pris fin.
Une
question de choix
D'autre
part, la question de besoin non satisfait peut s'expliquer
par l'insuffisance des choix proposés. La recherche faite
au Vietnam a révélé que l'élargissement de la gamme des méthodes
disponibles devrait réduire considérablement les besoins insatisfaits.
Ce pays mise presque exclusivement sur le DIU, qui est actuellement
utilisé par le tiers de tous les couples vietnamiens en âge
de procréer. "Mais ce pourcentage n'a pas changé depuis des
années et il ne va probablement pas augmenter", expliquaient
récemment M. Ross et ses collègues du Futures Group International
dans une communication. "De plus, un sixième des couples l'ont
utilisé à un moment ou un autre avant d'abandonner cette méthode,
et les choix qui leur sont proposés maintenant sont très limités.
Si l'on se concentrait sur ce besoin non satisfait en offrant
tout un éventail de méthodes, on contribuerait grandement
à remédier à cette situation."12
Dans les
années 1970 et 1980, on réussissait souvent à relever considérablement
le taux de prévalence contraceptive en ajoutant une méthode
moderne à un programme national de création récente et en
évolution. Selon des recherches menées en 1989, l'adjonction
d'un nouveau procédé de contraception faisait augmenter ce
taux de 12 points de pourcentage.13
-- William R. Finger
Notes
- Center for Population, Health and Nutrition,
U.S. Agency for International Development. Unmet need for
family planning. Pop Briefs 1998.
- Robey B, Ross J, Bhushan I. Meeting unmet
need: new strategies. Popul Rep 1996;J(43):6-7.
- Dixon-Mueller R, Germain A. Stalking the
elusive "unmet need" for family planning. Stud Fam Plann
1992;23(5):330-35.
- Westoff CF, Bankole A. Unmet Need: 1990-1994,
Demographic and Health Surveys Comparative Studies No. 16.
Calverton, MD: Macro International, 1995; Bongaarts J, Bruce
J. The causes of unmet need for contraception and the social
content of services. Stud Fam Plann 1995;26(2):57-75.
- Asturias de Barrios L, Mejía de Rodas I,
Nieves I, et al. Unmet Need for Family Planning in a
Peri-urban Community of Guatemala City. Washington:
International Center for Research on Women, 1997.
- The Gap between Reproductive Intentions
and Behaviour: A Study of Punjabi Men and Women.
Islamabad: Population Council, 1998.
- Lei ZW, Wu SC, Garceau RJ, et al. Effect
of pretreatment counseling on discontinuation rates in Chinese
women given depo-medroxyprogesterone acetate for contraception.Contraception
1996;53(6): 357-61.
- Miller K, Miller R, Askew I, et al. Clinic-based
Family Planning and Reproductive Health Services in Africa:
Findings from Situation Analysis Studies. (New York:
Population Council, 1998)80.
- Unmet Need for Contraception: Unmet Need
in a Traditional West African Setting.
New York: Population Council, 1998.
- Biddlecom AE, Kaona FAD. The nature of unmet
need for contraception in an urban African setting. Presentation
at the Seminar on Reproductive Change in Sub-Saharan Africa,
sponsored by the International Union for the Scientific
Study of Population, in collaboration with the African Population
Policy Research Centre, Nairobi, Kenya, November 2-4, 1998.
- Casterline JB, Pérez AE, Biddlecom AE. Factors
underlying the unmet need for family planning in the Philippines.
Stud Fam Plann 1997;28(3): 173-91.
- Ross JA, Barkat A, Pham SB, et al. Unmet
need: prototype action programs for Bangladesh, India and
Vietnam. Presentation at the Population Association of America
meeting, New Orleans, May 9-11, 1996.
- Jain AK. Fertility reduction and the quality
of family planning services. Stud Fam Plann 1989;20(1):
1-16.
Network, été 1999, Volume 19,
Numéro 4.

© Copyright 1999, Family Health International (FHI)