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Equation
Nutrition N° 23 / avril 2002
Spécial Ostéoporose
Edito
Prévention de l’ostéoporose : y a
un os…
Tout le monde est d’accord : l’ostéoporose est un VRAI problème
de santé publique. Au point qu’il y a quelques mois, à Bruxelles,
le groupe d’intérêt du Parlement Européen a lancé, main dans
la main avec la Fondation Internationale pour l’Ostéoporose
(IOF), un appel à l’action de tous les états membres. Autorités
sanitaires nationales, compagnies d’assurance maladie… toutes
doivent se mobiliser pour prévenir, non seulement les dépenses,
mais aussi les souffrances humaines, liées aux fractures.
Première nécessité : favoriser l’accès au dépistage, en particulier
à la densitométrie osseuse, qui n’est, pour l’heure, toujours
pas remboursée. Obtenir que cet examen essentiel le soit enfin,
ne serait qu’un premier pas. Dépister c’est très bien, encore
faut il pouvoir traiter les patientes avant qu’elles ne se
cassent ! Les traitements médicaux, pourtant éprouvés, ne
sont, eux non plus, pas remboursés avant que… ne se produise
la première fracture.
Il y a donc matière à favoriser les rencontres entre décideurs
politiques et experts scientifiques pour améliorer le sort
du squelette de nos populations vieillissantes… Mais… Si la
nécessité d’une prévention fait l’unanimité, les moyens à
mettre en œuvre sont plus discutés… Car l’ostéoporose est
une maladie systémique et ses déterminants sont multifactoriels.
La génétique, bien sûr, le sexe, le mode de vie, c’est-à-dire
l’exercice physique, le tabagisme, et les facteurs nutritionnels,
en sont les grands déterminants. Les rôles du calcium ou du
magnésium, de la vitamine D et des protéines, sont largement
reconnus et diffusés par les médecins et les médias. Les effets
protecteurs osseux d’autres facteurs nutritionnels, comme
les fruits et les légumes, le sont moins. ça tombe bien !
Ce nouveau numéro d’Equation Nutrition va vous ouvrir les
portes de nouvelles notions, qui, soyons en sûr, feront reparler
d’elles dans les années qui viennent.
Dr Thierry Gibault
Santé
news
Il faut de tout, pour faire un os
Pr Jean-Michel RISTORI
Service Rhumatologie - SHE Hôpital Gabriel Montpied - Clermont-Ferrand
Dès que l'on parle de nutrition et de squelette, il n'est
pas besoin de beaucoup d'explications pour envisager le rôle
principal du calcium. Cette évidence a longtemps occulté le
fait que l'os est un tissu au même titre que les autres et
que son métabolisme nécessite, en dehors des apports calciques,
d'autres éléments.
Des candidats potentiels
La pérennisation de l'espèce humaine s'est faite dans le cadre
d'une alimentation fournie par la chasse et la cueillette
(1). Ces conditions nutritionnelles sont nettement éloignées
de celles des populations occidentales actuelles qui sont
sans doute responsables de l'apparition de maladies de civilisation.
Rechercher les éléments qui assurent le bon fonctionnement
du tissu osseux repose a priori sur deux questions : l'une
théorique pour reconnaître les éléments nécessaires au tissu
osseux et l'autre pratique, pour rechercher les aliments qui
les contiennent.
En dehors de l’apport calcique, dont le rôle majeur est bien
connu, les autres candidats potentiels de la “bonne santé”
de l’os sont : le potassium (+/- le magnésium), les protéines
et l'équilibre acido-basique.
Potassium : un effet positif sur la balance calcique
L'apport de potassium réduit l'excrétion urinaire de calcium
et positive la balance calcique. Or une réduction de l'excrétion
urinaire du calcium peut avoir un effet d'épargne du calcium
squelettique par le biais de la régulation calcique. Une étude
transversale (2), portant sur 994 femmes de 45 à 49 ans, valide
cette hypothèse, en montrant que l'augmentation de la densité
minérale est corrélée à l’apport potassique. Cette augmentation
de la densité osseuse est liée aussi à la réduction des marqueurs
de la résorption osseuse. L’effet positif du potassium sur
la balance calcique semble se faire indépendamment de l'apport
sodé et de la régulation acido-basique (3). En terme de masse
osseuse, les apports de potassium et de magnésium sont significativement
corrélés à une augmentation de la masse osseuse, qu'ils soient
pris ensemble ou de façon isolée. Cependant cette corrélation
entre masse osseuse et apport potassique et magnésien n'a
trouvé de signification que chez les hommes. L’importance
du gain osseux apporté par le magnésium est sans doute limitée.
Un élément déterminant : la nature des protéines
L’apport alimentaire en protéines pose problème, car en fonction
des conditions expérimentales, il existe des preuves contradictoires
de son action sur le métabolisme de l’os.
Si nous savons depuis longtemps que l'augmentation de la ration
protéique entraîne une augmentation de l'excrétion urinaire
du calcium, certaines études transversales récentes montrent
un effet favorable de l'apport en protéines, dans les suites
ou la prévention d'une fracture du col du fémur. Les conditions
expérimentales de ces essais (enquête longitudinale, essai
contrôlé interventionnel) rendent difficiles les comparaisons.
L'étude de D. Sellmeyer (4), s’appuyant sur une cohorte de
femmes de plus de 65 ans, montre qu’un apport protéique d’origine
animale important est corrélé à une perte osseuse plus rapide
et à un risque fracturaire plus élevé, par rapport aux femmes
ayant un ratio protéines animales/protéines végétales plus
bas. Hannan (5), dans les mêmes conditions expérimentales,
trouve une relation inverse : les plus faibles apports protéiques
sont corrélés aux pertes osseuses les plus importantes. Dans
cette étude cependant, l’apport protéique évalué était essentiellement
d’origine animale et la nature de l’apport protéique apparaît
donc comme un élément déterminant pour les études ultérieures.
Equilibre acido basique et calciurie
L’action différente des protéines animales et végétales sur
l’os pourrait s’expliquer par leur action sur l'équilibre
acido-basique. Les protéines animales apportent une charge
acide alors que les protéines végétales fournissent une charge
alcaline. Les modifications de la balance acido-basique modulant,
en retour, la calciurie. Les différentes études, épidémiologiques
ou prospectives, doivent tenir compte aussi de la teneur en
calcium car il a souvent été montré que l'apport calcique
était élevé chez les sujets ayant un apport protéïque important,
gênant la relation de causalité que l'on pourrait en déduire.
Que mangent les vaches ?
Potassium, magnésium et protéines influencent donc chacun
la qualité de l'os. Si tout n’est pas prouvé, il existe des
arguments convaincants de leur activité. Potassium, magnésium,
apport protéique et diminution de la charge acide relèvent
d’un apport abondant en fruits et en légumes. Les essais nutritionnels
d’intervention semblent répondre de façon positive à ces hypothèses
en prouvant un lien entre la masse osseuse et un régime riche
en fruits et légumes (6,7). Si ces études mettent en évidence
l'efficacité de cet apport nutritionnel pour augmenter la
masse osseuse, elles ne permettent pas d'évaluer l'importance
de la modification. Cependant, ces essais ont la vertu de
remettre le tissu osseux au même niveau que les autres tissus.
Ils pointent du doigt la nécessité de promouvoir une alimentation
variée, que la spécificité calcique de l'os aurait tendance
à faire oublier. Favorisée à l’excès, la consommation de laitages
et dérivés, s'ils saturent les besoins en calcium, sont la
source d'autres déséquilibres. Mais cela est une évidence
: les vaches ne boivent pas de lait.
D’après
1) Cordain L,Brand-Miller J,Boyd Eaton S, Mann N, Holt SH,
Speth JD Plant-animal subsistence ratios and macronutrient
energy estimations in worldwide hunter-gatherer diets. Am
J Clin Nutr 2000 ;71 :682-92
2) New SA, Bolton-Smith C, Grubb DA, Reid DM. Nutritional
influences on bone mineral density: a cross-sectional study
in premauposal women. Am J Clin Nutr 1997; 65 :183-9 3) Sebastian
A, Harris ST, Ottaway JH, Todd KM, Morris Rc. Improved balance
and skeletal metabolism in post menopausal women treated with
potassium bicarbonate. N Engl J Med 1994; 330 :1776-81
4) Sellmeyer DE, Stone KL, Sebastian A, Cummings SR. A high
ratio of dietary animal to vegetable protein increases the
rate of bone loss and the risk of fracture in postmenopausal
women. Am J Clin Nutr 2001; 73 :118-22
5) Hannan MT, Tucker KL, Dawson-Hugues B, Cupples LA, Felson
DT, Kiel DP. Effect of dietary protein on bone loss in elderly
men and women. The Framingham Study. J Bone Miner Res 2000;15:2504-12
6) Tucker KL, Hannan MT, Chen H, Cupples A, Wilson P, Kiel
DP. Potassium, magnesium, and fruit and vegetable intakes
are associated with greater bone mineral density in elderly
men and women. Am J Clin Nutr 1999; 69 :727-36
7) New SA, Robins SP, Campbell MK, Martin JC, Garton MJ, Bolton-Smith
C, Grubb DA, Lee SJ, Reid DM. Dietary influences on bone metabolism
further evidence of a positive link between fruit and vegetable
consumption and bone health? Am J Clin Nutr 2000; 71 :142-51
Zoom
Os et cœur : même combat !
Que les fractures du col du fémur posent un vaste problème
de santé publique dans nos sociétés vieillissantes, personne
n’en doute…Jusqu’à présent, les efforts de prévention se sont
tellement focalisés sur l’augmentation des apports alimentaires
en calcium, qu’il est devenu difficile,
en pratique, d’atteindre les quantités recommandées. Et si
d’autres facteurs intervenaient ?
Quand l’offre en calcium crée le besoin
On peut définir les besoins en calcium d’un individu par la
quantité de calcium permettant d’atteindre un équilibre entre
les entrées (apports) et les sorties (excrétions). A ce stade
il n’y a ni perte ni gain. L’organisme peut cependant s’adapter
à des variations d’apports. Pour le calcium, cela peut prendre
du temps, des semaines, voire des mois… En tenant compte de
cette capacité d’adaptation, la quantité de calcium nécessaire
pour équilibrer le bilan calcique d’un individu est tout simplement
représentée par… la quantité de calcium qu’il consomme !
Dans le monde, de nombreuses populations ont des apports calciques
largement en dessous des standards occidentaux. Et elles ne
s’en portent pas plus mal : leur bilan calcique est simplement
équilibré à des niveaux d’apports plus faibles. A l’inverse,
dans les pays où l’on consomme de grandes quantités de calcium,
il faut de plus grands apports de calcium pour équilibrer
son bilan. Question d’adaptation. Autrement dit, à force d’encourager
les populations à consommer toujours plus de calcium, on ne
fait qu’augmenter "à perte de vue " leurs besoins, déterminés
par la balance calcique.
Des résultats peu probants
Les études de populations, réalisées un peu partout dans le
monde, n’ont pas pu prouver qu’une consommation élevée de
calcium protégeait contre les fractures… On peut s’interroger,
bien sûr, sur la fiabilité de l’estimation des quantités consommées…
Il faut aussi tenir compte de nombreux autres facteurs de
prédisposition à l’ostéoporose, comme la génétique, qui peuvent
fausser les résultats de telles enquêtes. Dans une population
peu sensible à l’ostéoporose, vouloir établir une relation
entre consommation de calcium et fractures peut être hasardeux.
Les apports calciques rapportés par des individus peu sensibles
ne permettent pas de déterminer si des apports élevés sont
bénéfiques pour ceux qui pourrait présenter une ostéoporose…Enfin,
les recommandations de longue date, visant à augmenter les
apports en calcium n’ont eu, pour l’heure, que peu ou pas
d’effet, sur la prévalence des fractures ostéoporotiques aux
Etats Unis…
Les études de supplémentation calcique semblent plus prometteuses.
Un bon nombre d’entre elles – mais pas toutes - ont montré
que les suppléments calciques augmentaient, modestement, la
minéralisation de l’os et pouvaient avoir des effets bénéfiques.
Savoir si cela diminue les risques de fractures, reste une
question non résolue. En effet, dans la plupart des ces études,
la vitamine D a été administrée conjointement au calcium.
Et l’on sait qu’à elle seule, elle est capable d’inhiber la
perte osseuse chez des femmes ménopausées…
Un scepticisme partagé
On comprend mieux finalement pourquoi, depuis quelques années,
certains expriment leurs doutes sur l’utilité d’apports calciques
élevés pour la prévention ou le traitement de l’ostéoporose.
Des auteurs comme Kanis en sont arrivés à la conclusion que,
par manque d’étude contrôlée, il n’y avait aucune preuve suffisante
pour justifier l’augmentation des apports calciques dans les
populations ménopausées ou âgées, et que, si les suppléments
calciques diminuent la perte osseuse dans les études à court
terme, rien ne prouve que cet effet se prolonge à long terme…
De par le monde, beaucoup d’éléments remettent en cause la
relation entre apports en calcium et risques de fracture.
Une bonne partie de la population mondiale consomme une alimentation
pauvre en calcium. Même s’il peut être difficile de l’estimer
avec précision, il est évident que ces populations n’ont pas
une prévalence de fractures aussi importante qu’on pourrait
attendre en comparaison des besoins calciques tels qu’on les
définit. Les Japonaises par exemple, sont à la fois moins
déminéralisées et se cassent moins les os que les femmes américaines.
Preuve, qu’en dehors de l’apport en calcium et de la densité
minérale osseuse, bien d’autres facteurs interviennent dans
la sensibilité aux fractures.
Contre le cholestérol et l’ostéoporose ?
Saviez vous que les statines, qui sont des inhibiteurs de
l’HMG CoA réductase, favorisent également la formation osseuse
et réduisent le risque fracturaire, même au bout de quelques
semaines de traitement. Que les mêmes médicaments puissent
prévenir à la fois la maladie coronaire et l’ostéoporose,
n’est peut être pas sans rapport avec l’étroite corrélation
existant entre ces deux pathologies. Des pays comme les USA,
le Canada et l’Europe du Nord, nourris à la " Western diet
", ont une prévalence élevée de maladie coronarienne et de
fractures…
Et si des facteurs alimentaires cachés étaient en cause ?
On s’est beaucoup intéressé, jusqu’à présent, aux relations
entre alimentation et maladies coronariennes… Pas assez sans
doute à celles avec l’ostéoporose !
Pourtant, des régimes athérogènes, riches en graisses, réduisent
la minéralisation osseuse chez la souris…(même si une alimentation
riche en lipides est obligatoirement pauvre en certains autres
composés).
Autre caractéristique de l’alimentation occidentale : sa richesse
en protéines animales. On retrouve une corrélation entre la
consommation des protéines et le taux de fractures. L’acidurie,
causée par de tels régimes, provoque une fuite urinaire de
calcium. Or, un nombre considérable de résultats indique aujourd’hui
qu’une forte consommation de fruits et de légumes protège
contre les fractures osseuses. Le potassium, dont les suppléments
favorisent la formation osseuse, pourrait être une explication
de cet effet protecteur des fruits et des légumes…
Ainsi, les mêmes pratiques alimentaires semblent aussi utiles
pour protéger le cœur que les os, de même que certains médicaments
comme les statines. Ces données permettront peut-être un jour
de répondre à une vieille question, toujours d’actualité :
"Pourquoi les populations qui consomment peu de calcium ont
moins de fractures que celles qui en consomment beaucoup"…
Dr Thierry Gibault
D’après
Fractures, calcium and the modern diet, Hegsted D.M., Am J
Clin Nutr 2001 ; 75 : 571-3
Actualité
scientifique
Pourquoi et comment les fruits et les légumes préservent la
qualité de notre squelette ?
Dr Véronique Coxam
Groupe Ostéoporose - INRA - CLERMONT FERRAND/THEIX
Jusqu’à présent, fruits et légumes étaient exclus des recommandations
nutritionnelles pour la prévention de l’ostéoporose. Principales
raisons : leur teneur modeste en calcium et une littérature
centrée sur l’effet peu favorable des phytates et oxalates
sur la biodisponibilité minérale. Néanmoins, si la contribution
des végétaux à la fourniture des apports conseillés en calcium
reste secondaire par rapport aux produits laitiers, leur impact
sur la régulation des pertes calciques leur confère un rôle
non négligeable dans la prise en charge nutritionnelle de
l’ostéoporose.
Des preuves épidémiologiques
A la base, cette hypothèse est étayée par les enquêtes écologiques.
Elles recensent, au niveau européen, une distribution géographique
marquée des fractures de la hanche, avec une moindre incidence
dans les pays du pourtour méditerranéen (1) dont les végétaux
constituent la base de l’alimentation. En parallèle, les études
épidémiologiques (2,3) et les données de l’expérimentation
animale (4) ont permis de corroborer le bénéfice d’une alimentation
riche en fruits et légumes sur les paramètres osseux et de
comprendre les différents mécanismes à l’origine de cette
protection.
Des sources de phytoestrogènes
La carence oestrogénique, consécutive à la ménopause, est
particulièrement impliquée dans la genèse de la perte osseuse.
Or, les produits végétaux sont riches en polyphénols, dont
certains sont dotés de propriétés oestrogéno-mimétiques, appelés
phyto-œstrogènes. On distingue parmi ceux-ci, les isoflavones
(apportés par le soja) et les lignanes (qui sont ubiquitaires
dans le règne végétal). Il a été démontré que ces molécules
évitent l’ostéopénie induite par le déficit hormonal chez
la rate ovariectomisée, modèle de l’ostéoporose postménopausique
(5), probablement en raison de leur affinité pour les récepteurs
oestrogèniques.
La rôle des antioxydants
Les polyphénols sont également caractérisés par leur pouvoir
anti-inflammatoire et anti-radicalaire. Ainsi, chez la rate
castrée, la préservation de l’intégrité du squelette par la
quercétine (qui est le principal flavonol de l’oignon) résulte
probablement de la mise en jeu de telles propriétés (6). De
plus, l’étude épidémiologique PEPI met en évidence une corrélation
entre la masse osseuse et la prise de vitamine C (laquelle
est impliquée dans la synthèse du collagène et la neutralisation
des radicaux libres). Chaque addition de 100 mg de vitamine
C correspond à une augmentation de 0,017 g/cm2 de la densité
minérale (7).
Et la vitamine K ?
Autre mécanisme : l’apport en vitamine K. Les légumes comme
le chou, le persil, les épinards ou la salade… sont de bonnes
sources de cette vitamine, indispensable à la fonctionnalité
de l’ostéocalcine, une protéine majeure du tissu osseux, impliquée
dans la régulation de la minéralisation. Ainsi, les taux circulants
d’ostéocalcine décarboxylée sont très élevés chez les personnes
âgées ou les patients ostéoporotiques. Inversement, les concentrations
en vitamine K sont réduites chez les sujets souffrant d’une
fracture de la hanche et une supplémentation en vitamine K
permet de restaurer partiellement le statut minéral (8).
Les bénéfices de l’effet alcalinisant
Reste enfin un facteur important à considérer. Notre alimentation,
riche en protéines animales et sel, expose le tissu osseux
à une déminéralisation potentielle. En effet, l’acidité plasmatique
engendrée par ces aliments, entraîne la mobilisation du calcium
du squelette, principale réserve alcaline de l’organisme,
de façon à préserver l’équilibre acido-basique. Du fait de
leur forte teneur en sels organiques de potassium, qui peuvent
être métabolisés en bicarbonates, les fruits et légumes sont
dotés d’un pouvoir alcalinisant intrinsèque, évitant ainsi
la fuite calcique. Une corrélation entre l’incidence des fractures
de la hanche chez la femme de plus de 50 ans et le niveau
de consommation annuelle de protéines animales par pays a
d’ailleurs été démontrée (9).
Compte tenu de toutes ces nouvelles données, il est donc important
de ne plus restreindre les recommandations aux seuls produits
laitiers, dans le cadre d’une prise en charge nutritionnelle
de l’ostéoporose, mais d’y associer aussi et largement, les
fruits, les légumes et les céréales.
D’après
1) Johnell O., Gullberg B., Allander E., Kanis J.A. & the
MEDOS study group. (1998). The apparent incidence of hip fracture
in Europe : a study of national register sources. Osteoporosis
Int., 2, 298-302.
2) New S.A., Robins S., Campbell M.K., Martin J.C., Garton
M.J., Bolton-Smith C., Grubb D.A., Lee S.J. & Reid D.M. (2000).
Dietary influences on bone mass and bone metabolism : further
evidence of a positive link between fruit and vegetable consumption
and bone health. Am. J. Clin. Nutr., 17, 142-151.
3) Tucker K.L., Hannan M.T., Chen H., Cupples L.A., Wilson
P.W.F. & Kiel D.P. (1999). Potassium, magnesium, and fruit
and vegetable intakes are associated with greater bone mineral
density in elderly men and women. Am. J. Clin. Nutr., 69,
727-736.
4) Mühlbauer R. & Li F. (1999). Effect of vegetables on bone
metabolism. Nature, 401, 343-344.
5) Horcajada-Molteni M.N., Davicco M.J., Lebecque P., Coxam
V., Miller S.C., Remesy C. & Barlet J.P. (2000). Effect of
lignans on ovariectomy-induced bone loss in rats. J. Bone
Min. Res., 15 (suppl), S553.
6) Horcajada-Molteni M.N & Coxam V. (2001). Flavonols and
idoflavones prevent bone loss in the ovariectomized rat, a
model for postmenopausal osteoporosis. In : Nutritional aspects
of osteoporosis. F. Burkhardt ed, Academic Press, pp 325-340.
7) Hall S.L. & Greendale G.A. (1998). The relation of dietary
vitamin C intake to bone mineral density : results from the
PEPI study. Calcif. Tissue Int., 63, 183-189.
8) Vermeer C., Knapen M.H.J. & Jie K.S.G. (1995). Increased
vitamin K intake may retard post-menopausal loss of bone mass.
In : Nutritional aspects of osteoporosis 94. Burckhardt P.
& Heaney R.P. eds. Rome : Ares-Serono Symposia Publications,
367-379.
9) Frassetto L.A., Todd K.M., Morris R.C. & Sebastian A. (2000).
Worldwide incidence of hip fracture in elderly women : relation
to consumption of animal and vegetal foods. J. Gerontol.,
55A, M585-M592.
Exposition
L’os vivant
Marie-Christine REBOURCEY
Responsable de l’Information Scientifique - FRM (Fondation
pour la Recherche Médicale)
La Fondation pour la Recherche Médicale, le Palais de la découverte
et l’Espace des sciences de Rennes ont coproduit "L’os vivant",
première exposition itinérante d’une série intitulée "La recherche
en direct".
Dans un souci d’éducation et de prévention, ce programme est
conçu pour s’adresser à tout public désireux d’en savoir plus
sur les mystères du corps humain et soucieux de bien gérer
sa santé.
Il fait le point sur les connaissances les plus récentes apportées
par la recherche. Cette exposition, disponible en deux versions
de 200 et 60 m2, peut être accueillie par de nombreuses structures.
L’os vivant dans sa version légère de 60 m2 est actuellement
présentée au Musée de radiologie de Bruxelles et une visite
est proposée aux participants du colloque européen organisé
par l’APRIFEL "osteoporosis prevention".
Témoins de la vie passée, les os ont été longtemps considérés
comme les éléments d’une charpente inanimée et symbolisent
très souvent la mort. Pourtant, alliance du minéral et de
l’organique, l’os est un tissu vivant. C’est ce que l’exposition
s’attache à démontrer.
L’os, un matériau plastique
Le visiteur découvrira que l’os, bien que d’aspect rigide,
est un matériau plastique capable de répondre à des contraintes
physiques parfois intenses grâce à une micro-architecture
adaptée. Tissu vivant, il se renouvelle en permanence par
un processus de destruction et de construction qui maintient
un équilibre. Ce remodelage osseux est entretenu par deux
types de cellules : les ostéoclastes résorbant l’os ancien
et les ostéoblastes reconstruisant l’os, sous le contrôle
de nombreux facteurs (vitamine D, hormones sexuelles et thyroïdiennes…).
Ainsi nous reconstruisons l’intégralité de notre squelette
4 à 5 fois au cours de notre vie !
La vie de l’os
Depuis la formation de l’embryon jusqu’à la fin de la vie,
développement et morphologie de l’os sont déterminés par des
gènes et soumis à l’influence de nombreux facteurs environnementaux
(alimentation, exercices physiques…). Ainsi le visiteur apprendra
que la maturation et l’acquisition du capital osseux prennent
place pendant l’enfance et l’adolescence. C’est à ce stade
que la solidité et l’avenir du squelette se préparent.
L’os vieillissant
L’os n’échappe pas au processus normal du vieillissement.
Quand l’équilibre entre l’activité des ostéoclastes et celle
des ostéoblastes est rompu, l’os présente une perte osseuse
et devient fragile. L’ostéoporose se traduit par des pertes
osseuses importantes affaiblissant la structure des os. Elle
représente aujourd’hui un réel problème de santé publique.
Pourtant, elle pourrait être prévenue par des apports en calcium
et en vitamine D suffisants dès l’enfance et l’adolescence,
une activité physique régulière, une alimentation appropriée.
Longtemps oubliés, on découvre aujourd’hui que les fruits
et légumes jouent un rôle que les travaux de recherche actuels
permettent de mieux connaître.
L’os réparé
Les maladies de l’os sont de nature très variées : ostéomalacie
(défaut de minéralisation), ostéopétrose (durcissement), maladie
de Paget (hypertrophie et déformation)… sans oublier les fractures,
de fatigue, de choc ou conséquences de l’ostéoporose.
Dans des conditions favorables d’immobilisation, la fracture
peut se réparer elle-même en induisant la formation d’un cal.
Pour combler les pertes osseuses importantes, consécutives
à des traumatismes ou des maladies graves, la médecine a recours
aux greffes. Les recherches actuelles visent à développer
des matériaux compatibles avec l’os. Ces biomatériaux associant
le vivant et l’artificiel sont une voie d’avenir de la réparation
osseuse.
Renseignements et réservations de l’exposition
L’espace des sciences
Service diffusion
Tél. : 02 99 31 79 10
Fax : 02 99 31 80 10
APRIFEL - Agence pour la Recherche et l'Information en
Fruits et Légumes frais
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