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OGM et société
: des liens complexes
Dossier de la revue "Notre
Alimentation" n° 23, décembre 1999
Ministère
de l'Agriculture et de la pêche.
DGAL/Communication, Information
251 rue Vaugirard
75732 Paris CEDEX 15
Des travaux de recherche sur les aspects sociologiques
ou économiques de l'aliment ont été financés
par le ministère de l'Agriculture et de la Pêche
en 1998-1999. L'article ci-dessous s'en inspire largement.
Dans une économie de marché, l'offre et la demande des biens
de consommation s'ajustent à un certain niveau qui détermine
les capacités de production de ces biens et leur prix. Le
rôle des pouvoirs publics consiste pour l'essentiel à définir
des règles visant à assurer la sécurité des consommateurs,
la loyauté des pratiques industrielles et commerciales, et
éventuellement des mécanismes de régulation du marché pour
assurer sa stabilité.
Avec le recul dont nous disposons aujourd'hui il semble bien
que les Organismes génétiquement modifiés (OGM) ne peuvent
pas être considérés comme des biens de consommation courants,
car ils ont la particularité d'être pour la plupart utilisés
pour la production d'aliments tout en étant identifiés comme
des biens issus de technologies avancées. Ces deux éléments
combinés influent sur la perception du public, sur les comportements
d'achat, et sur la constitution d'opinions adverses.
Il n'y a pas
d'opposition de principe des organisations de consommateurs
aux OGM
Ce sont la protection des consommateurs et la recherche de
leur intérêt qui inspirent les prises de position des organisations
consuméristes face aux OGM, et non des considérations éthiques
ou idéologiques. Elles n'ont donc pas d'opposition de principe
à cette technologie, contrairement aux organisations écologistes,
et ont même fait plusieurs propositions constructives, non
pour piloter la recherche, mais pour que les travaux expérimentaux
puissent prendre en compte certains besoins exprimés par les
consommateurs, préfigurent peut-être une meilleure acceptation
des OGM dits de deuxième génération (créer des variétés de
riz hypoallergéniques par génie génétique clans des pays où
cette céréale représente un apport nutritif essentiel et bon
marché, modifier des sojas, des tournesols ou des colzas pour
leur composition en différents acides gras et obtenir des
huiles de table meilleures pour la santé, etc.).
Ces positions ne sont pas obligatoirement partagées avec l'industrie,
mais elles permettent le débat et rendent prévisibles les
prises de position. Une absence d'opposition de principe est
toutefois assortie de conditions qui ont valeur d'exigence
envers les pouvoirs publics : "Tout nouveau produit peut,
un jour on l'autre poser des problèmes, et dans le domaine
du vivant, le risque zéro n'existe pas.
En revanche, une nouveauté peut être jugée acceptable si toutes
les conditions d'évaluation scientifique des risques, de suivi
à long terme, de traçabilité, de retrait rapide des produits
en cas d'accidents, d'information des consommateurs pour leur
libre choix, sont prises, et si la modification génétique
présente une valeur d'utilité réellement perceptible par les
consommateurs".
L'évaluation la biovigilance, la traçabilité, la veille
sanitaire, l'étiquetage informatif et les avantages tirés
de la transgénèse sont donc indispensables à une éventuelle
adhésion des organisations consuméristes à un développement
des OGM en France.
Mais
pour l'opinion publique et les relais d'opinion, les OGM forment
un réservoir de "facteurs d'indignation"
Les risques constituent un important facteur de préoccupation
et d'indignation.
Entre leur évaluation probabiliste par les experts scientifiques
et leur perception par le grand public, il existe de fortes
disparités. S'y ajoutent souvent l'intervention d'autres acteurs
ayant des intérêts opposés, le lobbying de concurrents, la
malveillance pour des raisons idéologiques, etc.
Les enquêtes et études sociologiques conduites récemment à
propos des OGM mettent en évidence les "facteurs d'indignation"
suivants : "C'est un risque subi et non choisi par le
consommateur sans bénéfice pour lui, subi pour le bénéfice
financier d'acteurs économiques, difficile à éviter car l'étiquetage
est incomplet, nouveau, lié à l'activité humaine, diffus et
non compréhensible, dont les conséquences sont entachées d'incertitudes.
Enfin, ce sont des technologies développées par des grandes
multinationales".
Des liens
singuliers entre opinions et comportements d'achat : le signe
d'un marché turbulent
En France, le fait que la réglementation soit récente concernant
l'étiquetage des OGM et ingrédients issus d' OGM dans les
aliments, ne permet pas de connaître en vraie grandeur le
comportement d'achat des consommateurs par rapport aux allégations.
Pour autant, une étude sur la pertinence économique d'une
filière " sans OGM ", qui n'est pas achevée, livre quelques
enseignements intéressants (étude conduite par Egizio Valceschini
INRA et Bernard Ruffleux ENSGI de Grenoble, présentée à la
presse le 14 décembre 1999).
Un dispositif d'économie expérimentale a permis d'évaluer
le comportement d'achat d'un échantillon représentatif de
la population française constitué de 105 personnes.
Sur le principe, il s'agit d'organiser des enchères sur un
même produit avec une variante OGM et une non OGM, en révélant
progressivement la nature OGM et en étudiant l'impact de cette
information sur les mises.
Les résultats suivants ont été obtenus : 18 personnes n'ont
pas aimé le produit testé et n'ont donc pas misé sur lui,
87 personnes l'ont valorisé à l'aveugle. Sur ces 87 personnes,
dès que la présence d'OGM dans le produit testé fut signalée,
37 % ont décidé (le se retirer de l'enchère, 34 % de baisser
le prix, 15 % de ne pas le changer, et 14 % de l'augmenter,
ce qui correspond à la typologie comportementale suivante
: 37 % pour le boycott, 34 % pour la dévalorisation, 15 %
pour la neutralité, et 14 % pour la valorisation.
Le fait remarquable de cette expérimentation est qu'une
information relative aux OGM réduit forcément la dimension
globale du marché.
L'existence d'une mention "OGM" suscite des réactions de boycott
sur tous les produits du même type, parce qu'ils sont supposés
pouvoir contenir des OGM, même s'ils n'en font pas mention.
Il est redouté qu'une mention "sans OGM", puisse également
étriquer le marché en laissant à penser que les produits du
type considéré peuvent en contenir. Il y a là une forme de
paradoxe qui s'explique par un lien fort entre opinion et
comportement.
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