Simplebo 2026

Mélanome malin : une incidence mondiale en hausse, une prévention qui peut infléchir la courbe, des traitements en pleine recomposition

illustration

Le mélanome cutané, souvent désigné dans l’usage courant comme « mélanome malin », reste beaucoup moins fréquent que les carcinomes cutanés, mais il concentre une large part de la gravité des cancers de la peau. En France comme à l’international, sa progression sur longue période continue d’interroger les politiques de prévention, alors même que le rôle des ultraviolets est bien documenté et qu’une majorité de cas pourrait être évitée. Dans le même temps, la prise en charge s’est profondément transformée sous l’effet de l’immunothérapie, des thérapies ciblées et d’une organisation plus fine des séquences thérapeutiques.

À retenir (lecture rapide)

• En 2022, 331 722 mélanomes cutanés et 58 667 décès ont été estimés dans le monde.[1]
• En France métropolitaine, 17 922 nouveaux cas ont été estimés en 2023, avec une hausse marquée sur longue période.[2]
• Les UV solaires et artificiels demeurent le principal levier de prévention, mais certains pays montrent que la courbe peut être infléchie.[3][4]
• Le pronostic reste excellent aux stades précoces, tandis que les formes avancées ont vu leur survie progresser avec les immunothérapies et les thérapies ciblées.[5][6]
• La vigilance clinique doit rester élevée chez les patients à haut risque, notamment en cas d’antécédents personnels, familiaux ou de très nombreux nævus.[7][8]

Une charge mondiale inégalement répartie

Selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), 331 722 nouveaux cas de mélanome cutané et 58 667 décès ont été estimés dans le monde en 2022.[1] Le poids de la maladie est très inégalement réparti. Les taux d’incidence standardisés les plus élevés restent observés en Australie et en Nouvelle-Zélande, puis dans plusieurs régions d’Europe du Nord et d’Amérique du Nord.[1] Cette géographie épidémiologique renvoie à la combinaison de plusieurs facteurs : phototypes clairs, comportements d’exposition solaire, recours historique au bronzage artificiel et, plus largement, intensité cumulée ou intermittente des expositions ultraviolettes.

Aux États-Unis, l’American Cancer Society estime pour 2026 112 000 nouveaux mélanomes invasifs et 8 510 décès.[9] En France métropolitaine, l’Institut national du cancer (INCa) chiffre à 17 922 le nombre de nouveaux cas en 2023, dont 9 109 chez les hommes et 8 813 chez les femmes. L’institution rappelle qu’il s’agit de l’un des cancers dont l’incidence et la mortalité ont significativement augmenté depuis quarante ans.[2]

Cette progression ne doit pourtant pas être lue comme une fatalité uniforme. En Australie, pays souvent cité comme l’épicentre historique du mélanome, des travaux publiés en 2024 dans le Medical Journal of Australia montrent que l’incidence a diminué dans certains groupes d’âge jeunes, y compris parmi des personnes d’ascendance à haut risque. Les auteurs estiment que cette inflexion n’est qu’en partie expliquée par les changements démographiques et qu’elle reflète aussi des modifications de comportements face au soleil.[4] Autrement dit, la prévention ne relève pas seulement du discours : lorsqu’elle est cohérente, massive et maintenue sur plusieurs décennies, elle peut produire des effets mesurables.

Les ultraviolets restent le déterminant évitable majeur

Sur le plan de la prévention, les sources institutionnelles convergent avec une remarquable constance. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que les cancers cutanés sont causés « primarily by exposure to ultraviolet radiation (UVR), either from the sun or from artificial sources such as sunbeds ».[10] En 2025, le CIRC a précisé que plus de 80 % des mélanomes cutanés diagnostiqués dans le monde en 2022 étaient attribuables à l’exposition aux ultraviolets, soit environ 267 000 cas sur 332 000.[3]

Le Code européen contre le cancer formule ce message de façon très directe : « Avoid too much sun exposure, especially for children. Use sun protection. Never use sunbeds. » Il rappelle également qu’une première utilisation des cabines de bronzage avant 35 ans est associée à une augmentation d’environ 59 % du risque de mélanome.[11] En France, Santé publique France indique que les cancers de la peau sont attribuables dans plus de 85 % des cas à une exposition excessive aux ultraviolets naturels ou artificiels.[12]

Le décalage entre le niveau de preuve et la réalité des pratiques demeure frappant. La prévention primaire repose encore sur des mesures simples — réduction des expositions aux heures les plus intenses, protection vestimentaire, recherche d’ombre, usage raisonné des écrans solaires, renoncement aux cabines — mais elles restent inégalement intégrées. Dans cette perspective, réduire l’exposition aux UV solaires et artificiels ne relève pas d’un rappel convenu : c’est le cœur du sujet.

Les enfants et les adolescents doivent faire l’objet d’une vigilance particulière. Le Code européen contre le cancer souligne qu’ils sont « particularly vulnerable » et que la protection par des mesures physiques doit être encouragée à l’école comme dans les activités sportives.[11] Cette insistance n’a rien de théorique : l’exposition intermittente et intense au cours des premières années de vie est solidement associée au risque ultérieur de mélanome.

Un cancer souvent curable tôt, mais toujours redoutable à distance

Le mélanome ne se résume pas à une seule trajectoire pronostique. Détecté tôt et pris en charge chirurgicalement, il reste le plus souvent de bon pronostic. L’INCa rappelle ainsi que le taux de survie nette standardisée à cinq ans, tous stades confondus, atteint 93 % en France.[5] Cette bonne performance globale ne doit cependant pas masquer la fracture majeure entre stades localisés et maladie disséminée.

Les données américaines les plus récentes illustrent ce contraste. L’American Cancer Society rapporte des survies relatives à cinq ans de plus de 99 % au stade localisé, de 76 % au stade régional et de 35 % au stade distant.[6] Il s’agit d’un paysage très différent de celui qui prévalait avant l’essor des immunothérapies modernes. Le National Cancer Institute souligne d’ailleurs l’amélioration de la survie à cinq ans dans les mélanomes régionaux et à distance au cours des dernières décennies.[13]

Cette évolution ne signifie pas que les formes avancées seraient devenues bénignes. Elle montre en revanche que la maladie métastatique n’est plus synonyme d’absence de perspective thérapeutique. Des suivis prolongés d’essais internationaux ont documenté des survies durables chez une fraction substantielle des patients traités par association nivolumab-ipilimumab, tandis que les inhibiteurs de BRAF et de MEK ont également modifié le pronostic des tumeurs porteuses d’une mutation BRAF V600.[14][15] Ne pas perdre de vue l’essentiel, ici, consiste à tenir ensemble deux réalités : la précocité diagnostique reste décisive, mais les progrès du traitement ont bel et bien changé l’histoire naturelle des formes avancées.

Une prise en charge plus stratifiée, du bloc opératoire à la rechute

Les recommandations de l’European Society for Medical Oncology (ESMO) confirment que la prise en charge du mélanome cutané s’organise désormais autour du diagnostic, de la stadification, de l’évaluation du risque, du traitement et du suivi, dans une logique de plus en plus stratifiée.[16] Cette évolution est visible aussi bien dans les stades avancés non résécables que dans les situations opérables à haut risque.

En France, la Haute Autorité de santé (HAS) a rendu en ligne le 25 janvier 2024 un avis favorable au remboursement d’OPDUALAG, l’association nivolumab-rélatlimab, « uniquement en première ligne de traitement du mélanome avancé (non résécable ou métastatique) » chez des adultes dont la tumeur exprime PD-L1 sur moins de 1 % des cellules tumorales. La Commission de la transparence lui reconnaît un « progrès thérapeutique par rapport à nivolumab » dans ce sous-groupe, tout en soulignant l’absence de comparaison directe avec nivolumab-ipilimumab et l’absence de gain démontré en survie globale à la date de l’évaluation.[17]

À l’autre extrémité du parcours, les stratégies néoadjuvantes et péri-opératoires gagnent du terrain. Dans le New England Journal of Medicine, l’essai NADINA a montré qu’une stratégie néoadjuvante à base de nivolumab et d’ipilimumab améliorait la survie sans événement chez des patients atteints de mélanome macroscopoquement de stade III résécable.[18] Un autre essai majeur, publié en 2023, a montré qu’un schéma néoadjuvant puis adjuvant par pembrolizumab était supérieur à une stratégie adjuvante seule dans le mélanome avancé résécable.[19] Ces résultats pèsent de plus en plus sur l’organisation de la décision thérapeutique, qui se déplace en amont de la chirurgie dans les centres experts.

Pour les patients lourdement prétraités, la séquence thérapeutique continue également de s’élargir. La Food and Drug Administration a accordé en février 2024 une autorisation accélérée au lifileucel dans le mélanome non résécable ou métastatique après échec d’un anti-PD-1 et, en cas de mutation BRAF V600, après thérapie ciblée adéquate.[20] Cette avancée ne redessine pas encore les standards européens, mais elle confirme que le champ du mélanome sert aussi de laboratoire à de nouvelles formes d’immunothérapie cellulaire.

Les patients à haut risque imposent une vigilance particulière

L’article gagnerait peu à dresser une liste interminable de facteurs favorisants, mais certains profils doivent être clairement identifiés par les cliniciens. L’Assurance Maladie cite parmi les principaux facteurs de risque un phototype clair, l’existence de nombreux nævus, la présence de nævus atypiques, des coups de soleil, en particulier pendant l’enfance, une exposition solaire importante et des antécédents personnels ou familiaux de mélanome.[8]

Les formes familiales constituent une minorité, mais elles ne relèvent pas de l’anecdote. GeneReviews indique que les variants pathogènes de CDKN2A exposent à un risque à vie de mélanome allant de 28 % à 76 % selon les contextes et les familles étudiées.[7] Les recommandations européennes rappellent, de leur côté, que les proches d’un patient atteint doivent être informés de l’augmentation de leur risque, et que des outils comme la dermoscopie sériée ou la photographie corporelle totale peuvent améliorer la détection précoce chez les sujets à haut risque.[16][21]

Sur le terrain, le dépistage du mélanome à un stade moins avancé reste donc un enjeu très concret. Il ne s’agit pas de promouvoir un dépistage de masse indistinct, mais de mieux repérer les patients cumulant phénotype à risque, histoire personnelle, histoire familiale et lésions nombreuses ou atypiques.

Entre progrès biomédicaux et défi persistant de santé publique

Le paradoxe du mélanome contemporain tient dans cette coexistence de deux réalités. D’un côté, l’innovation thérapeutique a profondément modifié le devenir d’une partie des patients atteints de formes avancées. De l’autre, l’essentiel du levier populationnel reste extérieur au médicament : il réside dans la prévention solaire, l’abandon des UV artificiels, l’identification des sujets à haut risque et la précocité du diagnostic.

C’est sans doute là que se joue la lecture la plus utile pour les professionnels de santé. Le mélanome est un cancer pour lequel les traitements les plus sophistiqués ont produit des résultats incontestables. Mais c’est aussi un cancer dont une large part du fardeau demeure liée à l’exposition. À l’échelle collective, la sophistication thérapeutique ne dispense donc jamais d’une politique simple, obstinée et lisible de prévention.

Références

1. CIRC / Global Cancer Observatory, Melanoma of skin fact sheet, 8 février 2024.
2. Institut national du cancer, Epidémiologie des cancers cutanés, 10 juillet 2025.
3. CIRC, New study on the global burden of cutaneous melanoma incidence attributable to ultraviolet radiation, 28 mai 2025.
4. Medical Journal of Australia, Changes in the incidence of melanoma in Australia, 2006–2021, by age group and ancestry: a modelling study, 2 septembre 2024.
5. Institut national du cancer, L’essentiel à savoir sur le mélanome de la peau, consulté en 2026.
6. American Cancer Society, Survival Rates for Melanoma Skin Cancer, 13 janvier 2026.
7. GeneReviews / NCBI Bookshelf, CDKN2A Cancer Predisposition, 2025.
8. Assurance Maladie, Mélanome de la peau : définition et facteurs favorisants, 10 février 2026.
9. American Cancer Society, Melanoma Skin Cancer Statistics, consulté en 2026.
10. Organisation mondiale de la santé, Ultraviolet radiation, 21 juin 2022.
11. European Code Against Cancer / CIRC, Sun and ultraviolet (UV) radiation exposure, 2025.
12. Santé publique France, Cancers de la peau, 13 juillet 2023.
13. National Cancer Institute / JNCI, Improvements in 5-year Relative Survival for Regional and Distant Stage Melanoma of the Skin, 2025.
14. Institute of Cancer Research, Over half of advanced melanoma patients treated with combination immunotherapy survive the disease for at least 10 years, 2024.
15. Cancer Research UK, Targeted and immunotherapy drugs for advanced melanoma skin cancer, consulté en 2026.
16. ESMO, Clinical Practice Guideline: Cutaneous Melanoma, consulté en 2026.
17. Haute Autorité de santé, OPDUALAG (nivolumab/rélatlimab) - Mélanome, 25 janvier 2024.
18. New England Journal of Medicine, Neoadjuvant Nivolumab plus Ipilimumab in Macroscopic Stage III Melanoma, 6 juin 2024.
19. New England Journal of Medicine, Neoadjuvant–Adjuvant or Adjuvant-Only Pembrolizumab in Advanced Melanoma, 2 mars 2023.
20. U.S. Food and Drug Administration, FDA grants accelerated approval to lifileucel for unresectable or metastatic melanoma, 16 février 2024.
21. European consensus-based interdisciplinary guideline for melanoma, European consensus-based interdisciplinary guideline for melanoma, 2025.

Descripteur MESH : Mélanome , Naevus , Peau

Cancérologie: Les +

PUBLICITE