Les
jeunes sont confrontés à de graves risques de MST
Les adolescents ont besoin
de compétences et de confiance en soi pour réduire ces risques.
La prévention des infections
à VIH chez l'adolescent constitue une excellente stratégie
pour ralentir la pandémie de sida. Environ le tiers des 34
millions de personnes infectées par le VIH à travers le monde
sont âgées de 10 à 24 ans. Dans la plupart des régions du
monde, ce sont principalement les adolescents, et en particulier
les jeunes filles, qui sont les victimes des nouveaux cas
de ce type d'infection. En Afrique subsaharienne, par exemple,
un nombre substantiel d'adolescentes enceintes sont séropositives.
Selon le docteur Willard Cates, président de FHI et spécialiste
des maladies sexuellement transmissibles (MST), à peu près
le tiers des 333 millions de cas de MST qui se déclarent chaque
année à l'exclusion du VIH sont observés chez les jeunes de
moins de 25 ans. Par ailleurs, des données recueillies récemment
suggèrent que l'épidémie de MST est en progression dans cette
catégorie de la population.1
«Les jeunes, estime le docteur
Cates, sont plus susceptibles d'adopter et de continuer des
comportements sexuels à moindre risque que ne le sont leurs
aînés, chez lesquels les comportements sexuels sont déjà bien
ancrés. La diminution des infections parmi les adolescents
entraînera, à terme, la baisse du nombre des infections dans
toutes les tranches d'âge. Tout ce qui veut dire qu'il vaut
bien la peine de cibler les adolescents par les efforts de
prévention. »
Toutefois, on ne pourra pas
changer rapidement ni facilement de nombreux facteurs complexes
et interdépendants qui prédisposent les adolescents aux MST.
Dans bien des endroits, le manque d'instruction, le chômage
et la pauvreté sont en cause. En outre, l'urbanisation a tendance
à perturber les relations familiales, les réseaux relationnels
et les murs et, parallèlement, à multiplier les occasions
d'avoir des rapports sexuels.
Si dans certains endroits les
adolescents ont tendance à différer leur premier rapport sexuel,
dans d'autres au contraire ils franchissent très tôt le pas.
Il est important de le savoir, parce que les adolescents qui
ont leur premier rapport à un jeune âge sont beaucoup plus
susceptibles d'avoir des relations avec des partenaires à
haut risque ou avec de multiples partenaires. Ils sont aussi
moins enclins à utiliser des méthodes contraceptives de barrière,
tel le préservatif en latex, qui offrent une certaine protection
contre les MST.2
Une analyse d'études sur la
prise de risques par les adolescents de plusieurs pays en
développement révèle que des enfants au Zimbabwe avaient eu
leur premier rapport sexuel dès l'âge de neuf ans. Au Chili,
le tiers des jeunes disaient avoir eu des relations sexuelles
avant leur quinzième anniversaire. Cette analyse a également
révélé que les jeunes Cambodgiens commençaient leur vie sexuelle
plus tôt qu'autrefois. Au Costa-Rica et en Colombie, elle
a fait ressortir la tendance des jeunes à élargir le répertoire
de leurs pratiques sexuelles (relations anales et bucco-génitales).3
Ce qui accroît le risque de
MST chez les adolescents des deux sexes, c'est leur manque
d'information sur la sexualité aussi bien que sur la prévention,
les symptômes et le traitement de ces maladies.
Sur le millier d'élèves interrogés
dans le cadre d'une enquête faite à Karnataka, en Inde, environ
le quart croyaient, à tort, qu'il existait un vaccin et un
traitement contre l'infection à VIH,4 et la moitié
des 970 lycéens nigérians ayant fait l'objet d'un sondage
ne savaient pas que le VIH causait le sida.5 Selon
une enquête effectuée auprès de plus de 300 étudiants aux
Etats-Unis, la majorité des personnes interrogées ne savaient
pas grand-chose sur le virus du papillome humain (VPH) ni
sur sa transmission ou sa prévalence, alors que cette infection
est la MST la plus courante dans cette tranche d'âge et la
cause principale du cancer du col utérin.6
La perception des risques
Même lorsqu'ils sont bien informés
sur les MST, les adolescents font souvent la sourde oreille
quand on leur conseille de réduire leurs comportements à risque.
Par exemple, certains jeunes appartiennent à une catégorie
à haut risque mais n'adoptent pas de comportements à moindre
risque parce qu'ils croient, à tort, ne pas être particulièrement
exposés à un danger quelconque sur ce front.
Le fait de bien connaître son
partenaire sexuel amène souvent les jeunes à penser que les
risques sont moindres. D'après une étude effectuée au Malawi,
les jeunes filles étaient convaincues qu'elles couraient peu
de risques à avoir des relations sexuelles avec un garçon
dont la mère connaissait leur famille.7 Selon des
études réalisées aux Etats-Unis, les adolescents partaient
du principe que la prévalence des MST était moindre parmi
leurs amis intimes que parmi les autres jeunes et ils étaient
surpris lorsqu'ils étaient infectés par quelqu'un de leur
entourage.8 De même, une étude faite aux Etats-Unis
auprès d'environ 200 étudiants a révélé que l'utilisation
irrégulière du préservatif était étroitement associée à la
conviction que leurs partenaires sexuels n'étaient pas infectés
par le VIH ou par une autre MST. Ces personnes fondaient leur
conviction sur une simple perception: elles disaient qu'elles
«connaissaient» les antécédents sexuels de leur partenaire
ou qu'elles «savaient simplement» que leur partenaire était
sans risque.9
«Les étudiants représentent
une catégorie très instruite de la population», fait observer
Diane Civic, l'auteur du rapport sur cette étude et maître
de recherches au Center for Health Studies, situé à Seattle
dans l'état de Washington. «Manifestement, pourtant, le fait
d'estimer simplement qu'un partenaire est sans risque ne renseigne
pas l'intéressé sur sa situation en matière de MST, VIH y
compris. De même, le fait de connaître les antécédents sexuels
d'un partenaire ne garantit pas l'absence de maladies.»
Par ailleurs, la perception
des risques peut s'émousser à mesure que la relation mûrit.
Ainsi la moitié des 200 étudiants américains interrogés dans
le cadre de cette étude déclaraient-ils utiliser régulièrement
un préservatif pendant le premier mois où ils avaient des
rapports sexuels avec la même personne, mais cette utilisation
devenait moins fréquente au fil du temps.
Le docteur Cates, de FHI, cite
un autre facteur qui affecte la perception des risques, à
savoir «la tendance qu'ont les adolescents qui sortent régulièrement
avec la même personne à se soucier de se protéger davantage
contre la grossesse que contre le risque de MST. Plus ils
comptent sur la contraception orale, moins ils utilisent le
préservatif. Or la meilleure façon de se prémunir à la fois
contre la grossesse et les MST, c'est de recourir à une double
protection sous la forme du préservatif masculin et d'une
méthode féminine de contraception efficace.»
Il arrive aussi que des adolescents
exposés à un risque élevé s'abstiennent d'adopter des comportements
à moindre risque, tout bonnement parce qu'ils sont à un stade
de leur vie où il est particulièrement tentant de prendre
des risques. Beaucoup d'entre eux pensent qu'ils n'ont rien
à perdre, ou alors ils se sentent invulnérables et sont persuadés
qu'ils ne peuvent pas perdre. D'autres encore sont très influençables.
Un jeune interrogé dans le cadre d'une étude sur le terrain
au Kenya résume ainsi la situation: «Pour les jeunes de la
nouvelle génération, la vogue, c'est le sexe. C'est macho
de coucher avec une femme. Même si on sort rien que pour boire
un pot, ça se termine au lit. On finit par coucher ensemble,
et c'est comme ça.»10
L'accès aux préservatifs
et les compétences qu'il faut posséder
Pour éviter de contracter une
MST, les adolescents doivent posséder les compétences et la
confiance en eux nécessaires pour s'abstenir d'avoir des rapports
sexuels, ou alors pour utiliser des préservatifs systématiquement
et correctement.
«Même les garçons doivent apprendre
à dire «non» aux relations risquées», écrit Fred Otimgu, étudiant
au St. Joseph's College à Layibi en Ouganda, dans un numéro
récent du journal estudiantin Straight Talk, qui encourage
les jeunes à ne pas se presser d'avoir des relations sexuelles,
ou alors à utiliser un préservatif. «Quand j'ai proposé à
mon amie qu'on mette un préservatif et qu'elle a refusé, j'ai
rompu avec elle parce que je crains trop le VIH et les MST.»
L'utilisation correcte et systématique
du préservatif en latex est le moyen le plus efficace de prévenir
les MST chez les personnes sexuellement actives et à risque
élevé. Dans beaucoup d'endroits, le port du préservatif parmi
les adolescents est en progression. Cela dit, les jeunes peuvent
avoir du mal à s'en procurer et à les utiliser correctement.
La plupart des jeunes âgés
de 16 à 22 ans qui participaient à des discussions dirigées
de groupe ayant été organisées en Afrique du Sud dans le cadre
d'une initiative de commercialisation ont déclaré ne pas utiliser
de préservatifs parce qu'ils n'en avaient pas. La majorité
des 78 participants n'avaient tout simplement pas le courage
d'en demander dans une pharmacie ou dans un dispensaire. «Beaucoup
d'entre eux ont dit qu'ils en avaient assez d'entendre qu'ils
n'étaient pas censés avoir des rapports sexuels ou de se voir
refuser des préservatifs parce que la personne chargée de
les distribuer leur faisait la morale à la place», relate
un jeune homme séropositif, l'un des animateurs des discussions
dirigées de groupe.
Pour cette raison, expliqua-t-il
ultérieurement au cours d'une interview, «il faut mettre des
préservatifs à la disposition des jeunes là où ils aiment
se retrouver, rien que pour passer le temps. Aussi, la plupart
des participants ont dit qu'ils préféreraient acheter des
préservatifs à des gens de leur âge ou plus jeunes, plutôt
qu'à quelqu'un de l'âge de leurs parents. Ils aimeraient mieux
aussi se procurer des préservatifs à des distributeurs automatiques,
qui pourraient être installés dans les salles de jeux, les
toilettes publiques, les boîtes de nuit, les cafés Internet
ou chez les marchands de disques.»
Par ailleurs, le manque d'expérience
en matière d'utilisation des préservatifs pose un autre problème.
Parce qu'ils connaissent souvent mal cette méthode et qu'ils
sont aptes à avoir des rapports sexuels spontanés, les adolescents
peuvent avoir du mal à prévoir cette éventualité et à mettre
un préservatif à temps. Il ne faut pas minimaliser le rôle
que peut jouer la pression des pairs sur un jeune dans le
sens où elle peut encourager ou décourager le port du préservatif.
«Le désir de soigner son image de marque semblait l'emporter
sur les risques», a conclu le jeune homme séropositif qui
avait participé à l'animation des discussions dirigées de
groupe. «Si c'était trop gênant, trop barbant ou trop bête
de se procurer un préservatif ou de l'utiliser, les jeunes
préféraient s'en passer.»
Les jeunes filles sont plus
vulnérables
Dans les pays en développement,
c'est parmi les jeunes de 15 à 24 ans que se déclarent jusqu'à
60% des nouveaux cas d'infection à VIH, les jeunes femmes
étant généralement deux fois plus nombreuses que les jeunes
hommes à contracter une infection.11 Des études
effectuées récemment auprès de plusieurs populations africaines
indiquent que les jeunes filles âgées de 15 à 19 ans étaient
cinq ou six fois plus susceptibles d'être séropositives que
les garçons de leur âge. Dans une région du Kenya, 22% des
jeunes filles de cette tranche d'âge dans l'ensemble de la
population étaient infectées par le VIH, contre 4% seulement
des jeunes gens du même âge.12
Pareillement, l'incidence de
cas déclarés de syphilis, de blennorragie et particulièrement
de chlamydiose est généralement plus élevée parmi les adolescentes
que chez les adolescents, toutes considérations d'âge étant
égales, dans 16 pays développés (à savoir les Etats-Unis,
le Canada et 14 pays européens).13 En ce qui concerne
les pays en développement, on dispose de très peu de données
par tranches d'âge et par sexe pour les MST autres que le
VIH.14
Pourquoi les jeunes filles
sont-elles plus sujettes que les jeunes gens ou que les femmes
plus âgées aux infections par MST? Chez l'adolescente, un
type particulier de cellules qui tapissent l'intérieur du
canal endocervical se trouve aussi à la surface extérieure
du col, où l'exposition aux agents pathogènes est plus grande.
Ces cellules sont particulièrement susceptibles aux infections,
telles la chlamydiose et la blennorragie. A mesure que la
jeune fille vieillit, ces tissus vulnérables se rétractent
et on ne les trouve généralement plus à la surface extérieure
du col.
En outre, si les jeunes filles
sont souvent plus nombreuses que les jeunes gens à être infectées
par le VIH, c'est parce que beaucoup d'entre elles ont des
rapports sexuels avec des hommes plus âgés qu'elles, et donc
plus susceptibles d'être séropositifs que les adolescents.15
Les hommes d'un certain âge sont normalement mieux placés
que les jeunes gens pour offrir des cadeaux et de l'argent
ou pour accorder des faveurs. «Les amies de la fille peuvent
lui faire remarquer que Jean lui a acheté des chaussures,
Pierre des tubes de rouge à lèvres, et Laurent des boucles
d'oreilles», disait une adolescente qui participait à une
discussion dirigée de groupe qui avait lieu à Benin City,
au Nigéria. «Après, elles lui demandent qui lui aurait acheté
les chaussures et le rouge à lèvres si elle sortait uniquement
avec Laurent?»16 En outre, des enquêtes révèlent
que les jeunes femmes sont moins susceptibles que les jeunes
hommes de leur âge d'admettre l'utilisation du préservatif.17
Mais les jeunes hommes courent
eux aussi des risques. Dans les pays en développement, il
arrive fréquemment que leurs aînés, les membres de leur famille
ou même leurs amis les incitent à avoir leur premier rapport
sexuel, souvent avec des partenaires appartenant à une catégorie
potentiellement à haut risque, en l'occurrence des prostituées,
d'autres hommes ou des femmes plus âgées qu'eux.18
En Ouganda, les femmes d'un certain âge semblent attirées
par les jeunes garçons19, et au Malawi ce sont
eux qui ont une prédilection pour elles.20 Au Mexique,
au Guatemala et en Jamaïque, c'est avec une femme plus âgée
qu'eux que la plupart des jeunes gens disent avoir eu leur
premier rapport sexuel. Des recherches effectuées à Mumbai,
en Inde, ont révélé que certaines femmes mariées se constituaient
comme partenaires sexuelles pour des adolescents de leur quartier.21
En outre, certains jeunes garçons avaient des rapports sexuels
avec des hommes. Souvent, ces relations donnent lieu à la
pratique du coït anal sans protection, source d'abrasions
et de déchirures, lesquelles favorisent la transmission du
VIH dans le sang du partenaire passif.
Des entretiens approfondis
qui ont été conduits à Karachi, au Pakistan, par le groupe
Aahung (du mot ourdou signifiant «harmonie»), portent à croire
que les adolescents d'un milieu à faible revenu sont au moins
aussi sujets aux MST que les adolescentes. «Les garçons sont
beaucoup plus libres de se livrer à toutes sortes d'expériences»,
constate Shazia Premjee, du groupe Aahung, au cours d'une
interview.
«Qui plus est, ajoute-t-elle,
les garçons ont davantage accès à une information sur la sexualité,
mais il s'agit essentiellement d'un tissu de mythes et d'idées
fausses qui les portent à pratiquer des comportements malsains.
Contrairement aux filles qui n'ont généralement pas le droit
de quitter leur foyer après la puberté sans être accompagnées
et qui bénéficient souvent des conseils de leurs aînées au
sein de la famille , les garçons ne parlent pas de la santé
sexuelle avec les adultes qui vivent sous le même toit qu'eux.
Dès lors, ils restent dans l'erreur. Il faut dire aussi que
de nombreux garçons avec lesquels nous nous sommes entretenus
s'étaient livrés à diverses pratiques sexuelles avec des personnes
de leur sexe.»
Les jeunes des deux sexes vendent
leurs faveurs. Mais contrairement aux adolescents de sexe
masculin qui se tournent vers la prostitution souvent de leur
plein gré, les jeunes filles y sont généralement poussées
contre leur volonté. En Thaïlande, la raison la plus courante
pour laquelle les jeunes filles font commerce de leur corps,
c'est que leurs parents ont un besoin pressant d'argent.22
Les jeunes qui travaillent dans l'industrie du sexe courent
un risque accru de MST, par comparaison avec les prostitués
plus âgés, parce qu'ils ont moins d'autorité pour négocier
le port d'un préservatif avec leurs partenaires. C'est une
situation qui peut être très lourde de conséquences. Au Cambodge,
par exemple, près du tiers des jeunes de 13 à 19 ans qui travaillent
dans l'industrie du sexe sont infectés par le VIH.23
Par ailleurs, un nombre substantiel
de jeunes filles ont des relations sexuelles parce qu'elles
y sont physiquement contraintes: dans diverses populations,
entre le quart et le tiers des jeunes femmes disent avoir
subi des relations sexuelles imposées (voir le tableau ci-dessus).
Un sort pire encore est réservé aux 100 millions d'enfants
du monde entier qui vivent à la rue, et dont la plupart, âgés
de 11 à 14 ans, errent dans les grandes villes des pays en
développement. Au Guatemala, 95% des jeunes filles sans domicile
fixe ont été victimes d'abus sexuels. Au Brésil, on considère
que les jeunes des rues courent un risque élevé de VIH ou
de MST, en partie parce qu'ils ont leur premier rapport à
un très jeune âge, et qu'ils y sont souvent contraints.24
C'est le coït anal qui pose
le plus grand risque de transmission sexuelle du VIH.25
Pourtant, de nombreuses études démontrent que les hétérosexuels
ont moins souvent recours au préservatif quand ils pratiquent
le coït anal que lorsqu'ils ont des relations vaginales.
26 En outre, une étude effectuée auprès de 800 adolescents
des deux sexes de New-York, âgés de 13 à 21 ans et sexuellement
actifs, a révélé que les jeunes filles qui pratiquaient le
coït anal (environ 14% des 483 participantes) étaient moins
susceptibles d'utiliser des préservatifs avec des partenaires
occasionnels, lesquels présentent potentiellement un plus
grand risque. Sur les jeunes filles qui pratiquaient le coït
anal, 84% n'utilisaient jamais de préservatif avec leur partenaire
habituel; mais elles étaient encore plus nombreuses 96% à
bouder le préservatif avec des partenaires occasionels.27
|
Etat des relations
sexuelles imposées à des jeunes femmes
|
| Pays |
Pourcentage |
Population
étudiée |
| Inde |
26
% |
133
étudiantes de 3ème cycle, des classes moyenne
et supérieure |
| Mali |
22
% |
500
jeunes femmes de 15 à 25 ans |
| Tanzanie |
30
% |
549
lycéenes |
| Zimbabwe |
20
% |
410
élèves du primaire et du secondaire |
| Sources:
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Les complications des MST
Le traitement des MST chez
l'adolescent laisse souvent à désirer pour diverses raisons,
y compris parce que beaucoup de jeunes ne sont pas au courant
des services qui existent. En outre, ils peuvent ne pas y
avoir accès parce que les dispensaires sont éloignés ou leurs
heures d'ouverture limitées. Il arrive aussi que les tests
et les médicaments coûtent trop cher, et que certaines adolescentes
redoutent les examens gynécologiques (encore que ceux-ci ne
soient pas forcément nécessaires dans tous les cas). Parfois
encore, la gêne ou la culpabilité que ressentent les adolescents
les retient de se faire soigner, et les prestataires, quant
à eux, ne sont pas toujours enclins à faire bénéficier les
jeunes de leurs services. Dans des endroits aussi divers qu'Antigue,
le Sénégal et la Thaïlande, on a constaté que des centres
de soins refusaient d'accorder aux adolescents l'intimité
et la confidentialité qu'ils étaient en droit d'attendre et
le personnel manquait parfois de politesse à leur égard.28
Dès lors, on ne s'étonnera
pas que beaucoup d'adolescents présentant des symptômes de
MST se gardent de fréquenter les dispensaires bien établis.
Des adolescents nigérians qui participaient aux discussions
dirigées de groupe à Benin City ont avoué qu'ils se tournaient
d'abord vers les guérisseurs ou vers les revendeurs de spécialités
pharmaceutiques. Quand ils parlaient du traitement des MST,
les jeunes, en particulier ceux de sexe masculin, mentionnaient
moins souvent les antibiotiques que les plantes indigènes,
les racines, la soude et les mélanges de sel, de potasse,
de gin, de citron vert et de piment.
| Adolescentes
enceintes et infectées par le VIH (%) |
| (15
à 19 ans) |
| Afrique
du Sud |
13
% |
| Botswana |
28
% |
| Kenya |
21
% |
| Ouganda |
11% |
| Zimbabwe |
30% |
| Sources
: Organisation mondiale de la Santé ; Programme commun
des Nations Unies pour le VIH/sida ; Kenya Girl Guides
Association. |
Le diagnostic et le traitement
des MST s'avèrent particulièrement difficiles chez les jeunes
femmes, parce qu'un certain nombre de ces maladies restent
souvent asymptomatiques, ce qui est le cas de la blennorragie
et la chlamydiase. De plus, les adolescentes qui présentent
des symptômes attendent souvent plus longtemps que leurs aînées
pour se faire soigner.29
Le fait de différer le traitement
d'une MST, voire de ne pas la faire soigner du tout, peut
avoir des conséquences graves, et même mortelles. Non traitées,
les MST en particulier la blennorragie et la chlamydiase peuvent
provoquer une maladie inflammatoire pelvienne (MIP) dans toutes
les voies génitales supérieures. Les lésions inflammatoires
ou les cicatrices consécutives à ces infections risquent d'entraîner
l'obstruction des trompes de Fallope ou d'en endommager la
muqueuse. Les algies chroniques, la stérilité tubaire et le
risque de grossesse extra-utérine, susceptible d'évolution
mortelle, figurent au nombre des séquelles à long terme qui
sont à craindre.
Non seulement les adolescentes
sexuellement actives sont plus sujettes que leurs aînées à
la MIP, mais elles sont aussi plus susceptibles d'être réinfectées
et de faire une rechute de maladie inflammatoire pelvienne.
Comme elles commencent leur vie sexuelle à un jeune âge, elles
ont davantage de temps pour se faire infecter. Les infections
à répétition accroissent le risque d'infécondité.30
Au vu des séquelles très graves
qui sont à craindre de la MIP (qui peuvent aller jusqu'à la
stérilité ou la mort), si d'autres causes ne sont pas identifiées,
les médecins devraient d'emblée pre-scrire un traitement présomptif
à toute adolescente sexuellement active qui présente les symptômes
suivantes : douleurs dans le bas-ventre accompagnées d'une
sensibilité au toucher au niveau du col utérin et des annexes.
D'autres symptômes à l'appui du diagnostic de la MIP regroupent
un état fébrile (température par voie buccale supérieure à
38°C), des pertes blanches (visualisation de plus de 10 leucocytes
au microscope à champ puissant et la confirmation par analyses
de laboratoire de la présence d'une infection du col due à
C. trachomatis ou à N. gonorrhae.)31
Lorsqu'une adolescente porteuse
d'une MST tombe enceinte, elle risque de transmettre son infection
au ftus ou à son nouveau-né. La vaginose bactérienne et la
trichomonase sont associées à l'accouchement prématuré et
à la naissance de nouveau-nés de faible poids.
Les MST peuvent provoquer toutes
sortes de maladies chez le nourrisson. La blennorragie peut
ainsi entraîner la conjonctivite, la scepticémie ou la méningite;
la chlamydiose, la conjonctivite, la pneumonie, la bronchiolite
et des otites moyennes; la syphilis, une syphilis congénitale
et un décès néonatal; l'hépatite B, l'hépatite et la cirrhose;
l'herpès simplex, des lésions disséminées, localisées et du
système nerveux central; le virus du papillome humain, la
papillomatose laryngée; et le VIH, le sida de l'enfant. Dans
certains endroits, jusqu'à une adolescente enceinte sur trois
est infectée par le VIH.
-- Kim Best
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Caractéristiques
typiques des bons programmes de prévention des MST
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Les interventions visant
à prévenir les maladies sexuellement transmissibles
(MST) chez l'adolescent sont relativement peu nombreuses
à avoir fait l'objet d'une minutieuse évaluation.1
En revanche, on a évalué certains éléments que l'on
retrouve communément dans les divers programmes et
constaté que les suivants donnent des résultats probants,
c'est-à-dire qu'ils semblent produire les changements
de comportement de nature à protéger les adolescents:
L'éducation par les
pairs En règle générale, les adolescents préfèrent
se faire instruire par les jeunes de leur âge sur
la santé de la reproduction. Au Nigéria et au Ghana,
par exemple, l'éducation par les pairs était à l'origine
de l'adoption d'un certain nombre de comportements,
dont l'abstinence, l'utilisation du préservatif et
la limitation du nombre de partenaires sexuels.2
De même au Kenya, les jeunes instruits par leurs pairs
limitaient le nombre de leurs partenaires sexuels,
par comparaison avec un groupe témoin qui ne bénéficiait
pas d'une éducation par les pairs.3
Les mass-média Les
messages diffusés par les grands organes d'information
sont à même d'influencer les attitudes et le comportement
des adolescents en matière de sexualité. Un projet
mené au Zaïre pour informer les jeunes sur le sida
et qui avait recours à des feuilletons télévisés,
à des messages publicitaires radiophoniques, à des
chansons et à la distribution de cahiers et de calendriers
spécialement conçus à cet effet a permis d'accroître
l'abstinence sexuelle, la fidélité mutuelle et l'utilisation
du préservatif.4 Une campagne destinée
à sensibiliser les jeunes Ghanéens de 15 à 30 ans
au sida et à sa prévention, et qui misait sur la diffusion
d'annonces à la télévision et à la radio, la tenue
de réunions à l'échelle communautaire, la dissémination
de documentation et la mise en place de programmes
d'extension en milieu scolaire, a débouché sur la
baisse du nombre des partenaires sexuels et sur l'accroissement
de l'utilisation du préservatif.5
L'accès aux préservatifs
Les adolescents devraient pouvoir se procurer facilement
des préservatifs. Une expérience tentée à Bali, en
Indonésie, dans le cadre de laquelle des jeunes de
15 à 25 ans considérés très susceptibles de contracter
l'infection à VIH et d'autres MST ont bénéficié d'une
triple intervention reposant sur l'éducation par les
pairs, la mise en place d'un système de réorientation
en cas de MST et la distribution gratuite de préservatifs.
Plusieurs résultats encourageants ont été obtenus,
dont le doublement du nombre des utilisateurs du préservatif
dans deux des trois villes concernées. Dans la troisième
ville, leur nombre a augmenté de 50%.6
L'éventail des choix
Les initiatives axées sur la prévention des MST semblent
davantage fructueuses lorsqu'elles proposent aux jeunes
toute une panoplie de stratégies, parmi lesquelles
figurent l'abstinence, la fidélité, la monogamie et
le port du préservatif. Les prestataires gagneraient
à se rappeler que les adolescents ne forment pas une
population homogène. Cela signifie qu'aucune campagne
de prévention des MST visant les jeunes ne sera à
la hauteur à moins de reposer sur l'acceptation respectueuse
des différences qui existent entre eux.
Une démarche adaptée
en fonction du genre et de l'âge Les programmes de
prévention du sida se révèlent plus efficaces lorsqu'ils
sont adaptés au sexe et à l'âge des adolescents. Par
exemple, c'est le désir de se prémunir contre la grossesse
qui pousse les jeunes filles à utiliser le préservatif,
alors que la protection contre les MST est l'élément
moteur de la motivation des jeunes gens. «Dans un
pays après l'autre, nous constatons que les jeunes
filles célibataires se soucient moins des MST, dont
certaines sont asymptomatiques chez elles, que de
la grossesse», souligne Mme Josselyn Neukom, de l'association
Population Services International située à Washington
et qui vise à encourager la diffusion du préservatif
dans le monde entier. «Ce que cela signifie sur le
plan programmatique, c'est qu'il faut tenir compte
des différences liées au genre quant à la perception
des risques et les facteurs susceptibles de motiver
un changement de comportement, lorsqu'on conçoit des
messages de prévention du VIH et du sida.»
-- Kim
Best
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