Dossier médical partagé : dubitatifs, les médecins veulent être rémunérés

illustrationFace à la généralisation du dossier médical partagé et à la dynamique d’ouverture qui semblent se confirmer, les médecins et leur représentant syndicaux ne sont pas béats d’optimisme, loin de là. Si pour certains on est encore au stade du bricolage, d’autres militent pour que soit rémunéré le temps passé par les médecins à rendre le DMP exploitable par tous les professionnels de santé.

Le Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France, était l’invité de l’émission « le téléphone sonne » sur France Inter en compagnie de Nicolas Revel, directeur général de la CNAM.

En témoin expérimenté des échecs successifs du dossier médical partagé depuis 15 ans, il a commenté sa propre expérience de la nouvelle version du DMP. Pour lui, rien n’a fondamentalement changé en 15 ans.

« On en est toujours au stade du bricolage ! ».

S’il fustige l’absence d’un moteur de recherche qui pourrait rendre la consultation du dossier plus rapide et plus simple, il déplore également de n’avoir pas pu verser au dossier de ses patients le volet de synthèse médical pour des raisons techniques d’incompatibilité de son logiciel.

« Pour le moment, avec mon logiciel, je ne peux pas placer au bon endroit le volet de synthèse, essentiel à la prise en charge des patients. [...] Nicolas Revel doit entendre que les logiciels ne sont pas prêts et que ce boulot-là doit être fait. »

« Il ne faut pas que le DMP soit un sac dans lequel on empile des trucs et qu’on ne peut pas retrouver. Il faut une vraie indexation, et que ce soit simple. »

Même son de cloche du côté du syndicat ReAGJIR. Le Dr Yannick Schmitt, qui se confie au Quotidien du Médecin, déplore l’absence de hiérarchie et d’organisation du DMP.
« Dès que le DMP contient 20 ou 30 documents différents, on est obligé de les ouvrir un par un. Et il n’y a pas de moteur de recherche ».

Pour lui, c’est d’abord aux médecins hospitaliers de montrer l’exemple en alimentant le DMP dès la sortie de l’hôpital. Le seul intérêt qu’il voit dans le DMP pour les généralistes c’est accéder plus rapidement aux comptes rendus d’hospitalisation. S’il propose que les futurs assistants médicaux prennent en charge la tenue des DMP, il milite également pour que les médecins soient rémunérés pour le temps qu’ils passent sur le DMP de leur patient.

« On ne peut pas affirmer aux généralistes qu’ils ont intérêt à utiliser le DMP sans leur donner le temps pour le faire et la rémunération qui va avec ».

C’est aussi sur la rémunération des médecins que porte la principale revendication de la CSMF.

Dans un communiqué publié la semaine dernière, la CSMF redoute que le DMP se résume à une boîte où les données de santé seraient stockées en vrac et explique que sans le volet de synthèse médicale, le DMP ne sera pas exploitable par les professionnels de santé.


« Le volet de synthèse médicale nécessite des données structurées qui ne peuvent être élaborées que par le médecin traitant. L’élaboration de ce volet de synthèse médicale nécessite un temps de travail médical qui doit être reconnu et être financé lors de sa publication, en particulier pour les patients polypathologiques, en affection de longue durée ou atteints d’un handicap. »

Pour la CSMF, la réussite du DMP passe par :
- le financement de l’élaboration d’un volet de synthèse médicale pour le médecin traitant, pour les patients polypathologiques ou atteints d’un handicap, ainsi que pour les nouveaux patients ;
- l’évolution urgente de tous les logiciels professionnels utilisés par les médecins pour permettre l’élaboration de données structurées facilement utilisables.

 

Sur le sujet : Dossier médical partagé : en dépit des premiers succès, les obstacles demeurent

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