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Burnout, Hyperstress, Pénibilité : les chiffres alarmants de la souffrance au travail des soignants libéraux

illustrationLa caisse de retraite complémentaire et prévoyance des infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes et orthoptistes (CARPIMKO) a publié en ce début d’année une enquête édifiante sur la pénibilité à laquelle sont confrontés les praticiens de santé libéraux. Si bon nombre de métiers exposent à des contraintes physiques dont la négligence serait une erreur, cette étude sonne comme un immense cri d’alarme sur l’état de santé psychologique des soignants libéraux après plus d’un an de crise sanitaire.

53 % des soignants libéraux présentent des signes de « BURNOUT »

L’étude a cherché à quantifier et à qualifier l’épuisement professionnel des soignants libéraux à partir des 3 dimensions du test de Maslach (BMI) déclinés en trois degrés (faible/modéré/sévère)

Sur les 12 671 soignants dont les réponses ont pu être analysées, 70 % présentaient des signes d’épuisement émotionnel ou de syndrome anxieux dépressif et 40 % de manière sévère.

44,4 % des répondants constatent des manifestations de dépersonnalisation qui peuvent se traduire par un détachement excessif, un certain cynisme ou des pertes d’empathie vis-à-vis de ses patients.

Plus de la moitié ont un sentiment de non-accomplissement personnel, un sentiment d’inutilité, une démotivation avec perte de l’estime de soi. 20 % sont à un niveau sévère sur ce critère.

En croisant ces données, le cabinet STIMULUS a calculé que 53,5 % des répondants présentaient des signes de Burnout, 15,9 % à un niveau important et 4,9 % à un niveau pathologique.

Avec 56,5 %, les infirmiers libéraux sont les plus touchés par ce syndrome, suivi de prés par les orthophonistes (48,6 %), les pédicures podologues (48,5 %), les orthoptistes (39,8 %) et les masseurs kinésithérapeutes (32 %).

Si plus d’un praticien de santé sur deux est en « Burnout », ce chiffre est d’autant plus alarmant si on le rapporte à la moyenne nationale qui est estimée à 15 %.

37,8 % des praticiens libéraux sont touchés par l’hyperstress

L’hyperstress est un niveau de stress trop élevé susceptible de générer des risques pour la santé de l’individu. Dans cette étude, les niveaux de stress ont été évalués au moyen de l’échelle de Mesure du Stress Psychologique (MSP).

Sur les 12 671 répondants, 4784 personnes soit 37,8 % présentent un niveau d’hyperstress

Les femmes (39,6 %) ainsi que les praticiens effectuant entre deux et quatre heures de trajet professionnel par jour (45,7 %) sont davantage touchés.

29,3 % des infirmiers libéraux déclarent avoir plus de 4h de temps de trajet professionnel par jour.
L’amplitude d’une journée de travail atteint facilement 13h à 14h sur la journée, pour une moyenne de 11h de travail concernant les IDEL interviewés.

Si l’on considère la prévalence de l’hyperstress évaluée à 23,2 % dans le panel du cabinet STIMULUS de plus de 50 000 personnes tous secteurs d’activité confondus, travailler en tant que praticien de santé libéral expose à un risque supplémentaire d’hyperstress de 62 %.

« Nous voyons toute la misère du monde. Nous restons assez longtemps avec les patients et c’est souvent le moment où ils parlent de leurs soucis : il n’est pas toujours facile de supporter leurs souffrances. », explique Marie-Anne François, orthophoniste et présidente de la Carpimko pour le journal Lacroix.

La particularité du métier de soignant est d’être quotidiennement confronté à la maladie et/ou à la souffrance.

« Les résultats démontrent une “polyexposition” à des facteurs des Risques Psycho-Sociaux (travail dans l’urgence, isolement dans le travail, difficulté à concilier vie professionnelle et vie personnelle, conditions de travail jugées épuisantes en termes de charge mentale…).

Le rapport entre le niveau d’engagement et d’exigence dans leur métier (vocation) et les facteurs d’usures psychologiques (charge mentale/émotionnelle, manque de soutien/sentiment d’isolement, etc.) crée la perception d’un déficit de ressources critiques pour leur équilibre, leur bien-être et leur santé psychologique. »

Une pénibilité accentuée par le statut libéral de ces professionnels pour la CARPIMKO

La CARPIMKO souligne dans un communiqué que le mode d’exercice libéral de ces professionnels de santé génère une pénibilité spécifique. L’isolement, la relation directe avec les patients, la gestion des tâches administratives, et pour certains de longs trajets quotidiens sont autant de facteurs de risque supplémentaires qui nécessitent des mesures de prévention adaptées.

76% des infirmiers déclarent que le temps consacré aux tâches administratives est important.

Elle rappelle que la protection de la santé des praticiens libéraux est d’autant plus essentielle qu’elle permet la bonne prise en charge des patients et l’accès au soin sur l’ensemble du territoire. Elle plaide enfin pour la mise en place d’une réflexion sur la prévention de l’usure professionnelle et l’aménagement d’une fin de carrière adaptée pour tous ces professionnels de santé libéraux.

Un sentiment d’injustice est perçu par les IDEL au regard du peu de reconnaissance financière qu’ils ont.
100% des IDEL interviewés affirment aller travailler en étant malade.

 

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Descripteur MESH : Travail , Santé , Infirmiers , Kinésithérapeutes , Retraite , Patients , Syndrome , Risque , Vie , France , Face , Femmes , Temps , Perception , Accomplissement , Stress psychologique , Dépersonnalisation , Facteurs de risque , Prévalence

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