Pandémie de COVID-19 et espérance de vie : le poids des vaccins

illustrationL’année 2021 a permis de tester « in vivo » les politiques vaccinales mises en place par les différents pays, montrant de fortes disparités en termes de gain ou de perte d’espérance de vie parmi les populations.

Une étude démographique d’ampleur, parue dans Nature Human behavior, montre une corrélation nette entre la vaccination et une perte d’espérance de vie moins importante : les pays dont la population est la moins vaccinée sont aussi ceux où les déficits d’espérance de vie sont les plus élevés.

Cette étude allemande prouve clairement que l’espérance de vie, en 2021, se rapproche des niveaux prépandémiques en Europe occidentale et se détériore en Europe de l’Est, aux États-Unis et au Chili.

En Europe de l’Est, ces nouvelles baisses s’expliquent probablement par un double phénomène : certaines vagues COVID évitées (ce qui a empêché une première immunisation naturelle de la population) et plus faible utilisation des vaccins lors des grandes vagues de 2021.

La situation aux États-Unis est différente : les chiffres épidémiologiques montrent un taux d’utilisation des vaccins et des rappels inférieurs à celui des autres pays occidentaux (politiques de santé particulières).

En 2021, la Suède, la Suisse, la Belgique et la France ont vu leurs niveaux d’espérance de vie revenir aux niveaux d’avant la pandémie après avoir subi des pertes record l’année précédente.

Ces différences s’expliquent majoritairement par les décès prématurés dus au COVID-19. En effet, les pays ayant une proportion plus élevée d’individus vaccinés ont vu leur espérance de vie moins diminuer (cf. figure ci-dessous).

Life expectancy changes since 2019 across Europe, USA and Chile.

Classement des pays par pertes cumulées décroissantes d’espérance de vie (en mois) depuis 2019. Les deux niveaux de flèches indiquent l’évolution en 2020 (haut) et 2021 (bas). En rouge les hausses, en gris les baisses. On constate que la France a quasiment retrouvé son niveau de 2019, à 1,2 mois près.

En 2021 par exemple, la Suède, la Suisse, la Belgique et la France ont vu leurs niveaux d’espérance de vie revenir aux niveaux d’avant la pandémie après avoir subi des pertes record l’année précédente. Ces pays y sont parvenus en réduisant la mortalité des personnes âgées de plus de 80 ans au niveau de 2019, tout en évitant un déplacement de la charge de mortalité vers les jeunes générations.

« La France fait partie des huit pays qui ont connu un rebond significatif : l’Hexagone a regagné 5 mois d’espérance de vie en 2021 après une perte de 6,2 mois en 2020, retrouvant ainsi un niveau proche de celui de 2019 » (La Tribune)

Les auteurs de l’étude, dans leurs conclusions, pensent que « bien qu’il ne soit pas surprenant que les populations les moins vaccinées aient souffert des déficits d’espérance de vie les plus importants, ce résultat devra être élargi en tenant compte de facteurs supplémentaires, tels que les différences régionales dans la capacité du système de santé, la morbidité préexistante de la population et les interventions non pharmaceutiques »

Le professeur Alain Fisher quant à lui, interrogé par l’Express, pense que « l’espérance de vie en 2021 permet d’apprécier l’impact des mesures prises pour limiter les conséquences de la pandémie, notamment l’effet de la vaccination qui a débuté à la fin de 2020. Quelques pays dont la France ont complètement ou presque complètement rattrapé le déficit d’espérance de vie observé en 2020. Ainsi, le déficit fin 2021 n’est plus dans l’Hexagone que de 1,2 mois, avec un rattrapage plus marqué au second semestre 2021. »

« Le monde a connu une augmentation de la mortalité à la suite de l’avènement de la pandémie de COVID-19. Cet article nous montre comment, pendant deux ans de pandémie, différents pays du monde ont vu leur espérance de vie changer de manière significative. Il met en évidence les disparités entre les pays et examine les impacts des déploiements de vaccins. Il nous montre également les impacts sur l’espérance de vie de COVID-19 dans un contexte historique austère, permettant une comparaison avec les chocs de mortalité passés ». (Charlotte Payne, rédactrice en chef, Nature Human Behavior).

Life expectancy losses and bounce-backs during the COVID-19 pandemic. Jonas Schöley and Maxi S. Kniffka (Max Planck Institute for Demographic Research, Rostock, Germany) Nat Hum Behav. 2022 Oct 17. doi : 10.1038/s41562-022-01451-2. Online ahead of print.

Descripteur MESH : Vie , Espérance de vie , France , Mortalité , Europe , Population , Suisse , Vaccination , Suède , Belgique , Vaccins , Santé , Personnes , Chili , Nature , Déplacement , Morbidité , Immunisation

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