Autisme : la HAS écarte la psychanalyse et renforce le cap des interventions précoces
À retenir (lecture rapide)
• La HAS fixe en 2026 un cap fondé sur des interventions développementales et comportementales engagées le plus précocement possible.[2]
• La psychanalyse figure parmi les interventions « non recommandées » ; l’AFP évoque un « niveau de preuve insuffisant ».[3]
• Les effets et l’acceptabilité des interventions doivent être réévalués au moins une fois par an avec les parents.[1]
• Les prescriptions, notamment de psychotropes, sont encadrées en l’absence de traitement spécifique de l’autisme.[2]
Un cadre actualisé treize ans après le référentiel fondateur de 2012
La recommandation validée le 8 janvier 2026 et mise en ligne le 12 février s’inscrit explicitement comme une actualisation du texte HAS–ANESM de 2012 consacré aux « interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent ».[2] Treize ans plus tard, la HAS conserve la même colonne vertébrale — un parcours coordonné, pluriprofessionnel, évalué dans le temps — mais choisit une rédaction plus explicite sur la hiérarchisation des pratiques : d’un côté, les interventions appuyées par des éléments de preuve ; de l’autre, celles pour lesquelles les données sont absentes, insuffisantes ou défavorables.
Sur sa page de recommandation, l’institution fixe un horizon très opérationnel : améliorer la qualité des interventions proposées dans les secteurs sanitaire et médico-social, afin de permettre « un parcours de vie cohérent et de qualité » et de soutenir l’accès à des environnements « apprenant et inclusifs ».[2] Cette orientation se traduit par une exigence de suivi : l’évaluation du fonctionnement doit être « multidimensionnelle, pluriprofessionnelle, régulière » et se fonder sur des observations partagées entre parents et professionnels.[2]
Psychanalyse : une ligne plus lisible au nom du niveau de preuve
La mention la plus commentée concerne la qualification, désormais explicite, de la psychanalyse parmi les interventions « non recommandées » pour les enfants et adolescents autistes. La dépêche de l’Agence France-Presse, reprise par Mediapart le 12 février 2026, rapporte que la HAS la range dans cette catégorie en raison d’un « niveau de preuve insuffisant » et qu’elle « n’est clairement pas recommandée » face à l’autisme.[3]
« niveau de preuve insuffisant » ; « n’est clairement pas recommandée »[3]
Vidal, dans son analyse du 16 février 2026, insiste sur le choix de rendre visibles des pratiques non étayées, « ce qui n’est pas habituel », et cite, parmi les méthodes non recommandées, « la psychanalyse, le packing, le neurofeedback ».[4]
Dans la pratique, l’enjeu n’est pas de nier la souffrance psychique, ni l’utilité de certains accompagnements psychologiques au long cours, mais de resserrer la décision clinique autour d’objectifs définis, d’une méthode explicite et d’une évaluation documentée des bénéfices. Autrement dit, la clarification de la HAS s’apparente moins à une querelle d’écoles qu’à un rappel de doctrine : dans l’autisme, la légitimité d’une intervention se mesure à ce qu’elle produit, et à ce qu’elle permet d’ajuster.
Intervenir tôt, coordonner mieux, évaluer dans la durée
Le cœur du référentiel demeure l’intervention précoce et structurée. La HAS l’énonce de manière directe : « Les interventions globales recommandées sont développementales et comportementales. Elles débutent le plus précocement possible, dès les premières interrogations diagnostiques ».[2] Elles concernent plusieurs domaines fonctionnels — autonomie, communication, habiletés sociales, sensorialité, motricité — et supposent un projet individualisé, ajusté en continu selon l’évolution de l’enfant et les retours du terrain.[2]
« Les interventions globales recommandées sont développementales et comportementales. Elles débutent le plus précocement possible, dès les premières interrogations diagnostiques »[2]
La communication constitue un fil rouge. Le texte précise que tout projet inclut « systématiquement un volet personnalisé portant sur l’amélioration de la communication », sans prérequis, et rappelle le rôle de la communication alternative et améliorée (CAA) lorsqu’elle est indiquée.[2]
Les parents deviennent un pivot du suivi, au-delà d’une simple « collaboration » de principe. Dans son communiqué du 12 février 2026, la HAS recommande d’« évaluer au moins une fois par an, en collaboration avec les parents, les effets des interventions » sur le développement de l’enfant et leur acceptabilité.[1] Le Monde souligne également cette « place centrale » donnée aux parents, tout en rappelant que la HAS écarte la psychanalyse et d’autres approches et appelle à une meilleure structuration des parcours.[5]
Parcours de vie : école, comorbidités, prescriptions sous surveillance
Au-delà des interventions spécifiques, la recommandation insiste sur l’écosystème de vie. La scolarisation requiert une coordination « étroite et soutenue » entre les professionnels, les parents et l’institution scolaire, et suppose une formation des équipes éducatives pour adapter l’accompagnement au profil de l’enfant.[2] Les activités physiques, sportives, les loisirs et l’accès à la culture sont intégrés au projet, dans une perspective de participation sociale, en tenant compte des intérêts et préférences de l’enfant.[2]
Sur le versant médical, la HAS rappelle qu’il n’existe pas de traitement médicamenteux ou biomédical spécifique de l’autisme. Elle encadre donc les prescriptions : toute décision — « en particulier de psychotropes » — doit être précédée d’un bilan, assortie d’une information des familles, puis suivie d’une surveillance régulière conduite avec l’enfant, sa famille et les professionnels impliqués.[2]
L’adolescence impose une vigilance spécifique, en raison de comorbidités psychiatriques plus fréquentes à cet âge. La continuité des interventions est recherchée jusqu’à l’entrée dans la vie adulte, avec une transmission coordonnée des informations et l’organisation des relais.[2]
Le défi n’est plus doctrinal, il est organisationnel
Sur le papier, la doctrine devient plus lisible : priorité aux interventions précoces, développementales et comportementales, co-construites avec les familles, et évaluées régulièrement ; mise à distance des approches non étayées, dont la psychanalyse, présentée comme non recommandée faute de preuves suffisantes.[2][3]
Pour les équipes, la question se déplace vers l’exécution. La clarification d’un référentiel ne crée pas, à elle seule, les postes, la formation, ni l’offre de proximité nécessaires, alors même que les disparités territoriales restent un point de tension historique.[6] Elle reconfigure toutefois un cadre de responsabilité : ce qui est proposé aux enfants et aux familles doit désormais se justifier par des objectifs explicites, une méthode décrite et une évaluation documentée des résultats.
Dans cette perspective, l’actualisation 2026 referme partiellement une séquence polémique qui a marqué les années 2000–2010, lorsque des associations dénonçaient déjà des prises en charge jugées inadaptées et la persistance de pratiques controversées comme le packing.[7] La controverse ne disparaît pas ; elle change de terrain. Elle ne porte plus seulement sur les mots, mais sur la capacité du système à aligner, partout, les ressources sur les recommandations.
Pour contextualiser : les inégalités de prise en charge déjà dénoncées en 2012.[6]
Sur les controverses passées : les alertes associatives sur les droits des enfants et les pratiques contestées.[7]
Références
1. HAS — « Autisme : les nouvelles recommandations pour le nourrisson, l’enfant et l’adolescent » — 12/02/2026
2. HAS — « Trouble du spectre de l’autisme : interventions et parcours de vie du nourrisson, de l’enfant et de l’adolescent » (page de recommandation / messages clés) — Mise en ligne 12/02/2026 (validation 08/01/2026)
3. Mediapart (reprenant AFP) — « La psychanalyse n’est clairement pas recommandée face à l’autisme, dit la Haute autorité de santé » — 12/02/2026
4. Vidal — « Autisme : la HAS recommande des interventions développementales et comportementales précoces » — 16/02/2026
5. Le Monde — « Autisme : la Haute Autorité de santé recommande une place centrale pour les parents dans le suivi des enfants » — 12/02/2026
6. Caducee.net — « Colloque Autisme : triste bilan d’une grande cause nationale » — 07/12/2012
7. Caducee.net — « Léa pour Samy saisit la Conférence Nationale de Santé pour faire respecter les droits des enfants atteints d’autisme » — (date indiquée sur la page)
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