Docteurs juniors PDSA : les montants 2026 sont fixés, la contestation demeure
À retenir (lecture rapide)
• Le décret docteurs juniors 2026 s’appliquera le 1er novembre, avec participation volontaire à la PDSA.
• L’indemnisation PDSA des internes atteint 50 euros bruts par heure en régulation médicale.
• Une garde de 12 heures sera rémunérée 422,03 euros bruts, soit 35,17 euros horaires.
• Les représentants d’internes contestent des forfaits jugés trop éloignés de leurs demandes initiales.
• MSU et ARS devront rendre opérationnelle cette quatrième année de médecine générale.
Un décret 2026 qui donne un cadre à la PDSA
Le décret n° 2026-370 du 13 mai 2026 vise un public précisément défini : les docteurs juniors de la spécialité médecine générale. Il modifie l’article D. 6153-1-8 du code de la santé publique en y ajoutant un 12° consacré aux indemnités liées à leur participation à la PDSA. Deux activités sont explicitement couvertes : la régulation médicale et la réalisation de soins dans le cadre de la permanence des soins ambulatoires mentionnée à l’article L. 6314-1 du même code. Cette participation se fera « sur la base du volontariat » et dans le cadre des obligations de service du docteur junior.[1]
L’entrée en vigueur est fixée au 1er novembre 2026, date de démarrage de la quatrième année du diplôme d’études spécialisées (DES) de médecine générale pour la première promotion concernée par l’allongement de la formation.[1] Ce calendrier inscrit le texte dans la suite directe d’une réforme déjà contestée, entre promesse de professionnalisation ambulatoire et crainte d’un recours aux internes pour compenser les fragilités de l’accès aux soins. Dès 2025, la quatrième année d’internat de médecine générale concentrait les tensions sur la rémunération, les terrains de stage, les MSU et l’autonomie supervisée.[7]
Pris isolément, le décret renvoie bien les montants à un arrêté conjoint. Mais l’arrêté du 13 mai 2026, publié au Journal officiel du 14 mai, a levé cette incertitude dans le même mouvement réglementaire.[2] La bataille ne porte donc plus sur l’existence des chiffres. Elle porte sur leur niveau, leur cohérence avec le temps travaillé et leur capacité à rendre la PDSA attractive pour des internes en fin de cursus.
Des montants 2026 connus, mais une attractivité discutée
L’arrêté du 13 mai 2026 introduit un article 3 dans l’arrêté du 27 août 2025 relatif au régime indemnitaire des docteurs juniors de médecine générale. Pour la régulation médicale, il prévoit une indemnité forfaitaire de 50 euros bruts par heure, réservée au docteur junior préalablement formé à cette activité. Pour les gardes de PDSA, deux forfaits sont retenus : 422,03 euros bruts pour une garde de référence de douze heures, tous les jours de 20 heures à 8 heures ainsi que les dimanches et jours fériés de 8 heures à 20 heures ; 211,01 euros bruts pour les débuts de soirée jusqu’à minuit et les samedis de 12 heures à 20 heures.[2]
Rapporté au temps de garde, le premier forfait équivaut à 35,17 euros bruts par heure. Le second recouvre deux situations différentes : pour un samedi de 12 heures à 20 heures, il représente 26,38 euros bruts par heure ; pour les débuts de soirée jusqu’à minuit, le taux horaire dépendra de l’amplitude réellement retenue dans l’organisation territoriale. Cette lecture horaire donne de la chair au débat syndical : la contestation n’est plus seulement statutaire, elle devient économique.
Dans Egora, Arthur Poncin, président de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI), résume le désaccord : « Ce n’est pas à la hauteur de nos attentes ». Le média rapporte que l’ISNI demandait « 100 euros brut par heure pour la régulation » et défendait initialement un paiement à l’activité plutôt qu’un forfait.[5]
Une indemnisation PDSA des internes prise dans une architecture à paliers
Ces indemnités s’ajoutent au régime fixé en août 2025. Celui-ci prévoit une prime forfaitaire d’activité de 500 euros bruts par semestre, conditionnée à la réalisation de 200 actes ou consultations par mois en moyenne sur le semestre, ainsi qu’une indemnité de 1 000 euros bruts par mois de stage pour les docteurs juniors accomplissant un stage ambulatoire en zone d’intervention prioritaire (ZIP).[3]
L’État peut donc mettre en avant un empilement de garanties : une rémunération socle, des primes territoriales, une indemnisation spécifique de la PDSA et un cadre volontaire. Les syndicats, eux, dénoncent un dispositif dépendant de seuils, de lieux d’exercice et de conditions d’activité. Le désaccord n’est pas seulement comptable : il porte sur la philosophie de cette quatrième année de médecine générale, censée professionnaliser les futurs généralistes sans les transformer en renforts à bas coût.
Dans les jours qui ont précédé la publication des textes, l’InterSyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (ISNAR-IMG) dénonçait déjà un modèle « inadapté et déjà en échec ». Elle reprochait aux textes d’application d’être absents, insuffisants ou contraires aux attentes exprimées, et résumait ainsi sa ligne rouge : « Les internes ne sont pas une variable d’ajustement : cette réforme ne peut servir à compenser les défaillances structurelles du système de santé. »[6] La publication des montants ne désamorce pas ce grief ; elle le rend plus concret.
Les MSU face à une rémunération plus morcelée
L’analyse économique ne concerne pas seulement les docteurs juniors. Elle pèse aussi sur les MSU, sans lesquels la quatrième année restera théorique. Depuis la version en vigueur au 15 mai 2026 de l’article 4 bis de l’arrêté du 27 juin 2011, leur rémunération se compose d’honoraires pédagogiques de 600 euros bruts par mois et par étudiant, d’une prime conditionnelle de 800 euros bruts par mois et par étudiant en ZIP, zone d’action complémentaire (ZAC) ou quartier prioritaire de la politique de la ville, et d’une prime de 400 euros bruts par mois et par étudiant en cas de supervision du docteur junior dans le cadre de la PDSA.[4]
À ces montants s’ajoute désormais une compensation forfaitaire liée à la part de patientèle exonérée de participation : 300 euros bruts par mois lorsque cette part est comprise entre 50 % et 63 %, 600 euros bruts lorsqu’elle est égale ou supérieure à 63 %. Un forfait spécifique de 550 euros bruts par mois est également prévu lorsque le cabinet principal du MSU est situé dans le Haut-Rhin, le Bas-Rhin ou la Moselle.[4]
Cette évolution remplace l’ancienne indemnité de compensation des charges liées à l’encadrement spécifique, fixée en août 2025 à 1 200 euros bruts par mois et par étudiant.[4] Le signal envoyé aux MSU est donc ambivalent. D’un côté, le texte maintient plusieurs leviers d’indemnisation, parfois cumulables. De l’autre, il substitue à une ligne lisible un système plus segmenté, dépendant du territoire, de la patientèle et de la participation à la PDSA. Pour des cabinets déjà exposés à la complexité administrative de l’installation libérale, cette architecture peut être perçue comme une incitation ciblée ou comme une source supplémentaire de calculs.
Le sujet est déterminant. La réforme suppose un maillage suffisant de terrains ambulatoires, une supervision disponible et une pédagogie compatible avec l’exercice réel. En 2025, les alertes portaient déjà sur la capacité à mobiliser les MSU nécessaires à l’encadrement de près de 4 000 docteurs juniors, dans un contexte où Bastien Bailleul, pour l’ISNAR-IMG, estimait que « cette mécanique à paliers revient à niveler vers le bas » la rémunération des internes de médecine générale.[7]
Les ARS devront transformer les textes en gardes effectives
Le décret donne à l’exécutif des arguments de clarification. Les montants sont publiés avant l’arrivée de la première promotion, la participation à la PDSA reste volontaire, la régulation suppose une formation préalable et les indemnités sont désormais adossées à des références réglementaires précises.[1][2] Sur le papier, l’incertitude juridique recule.
Mais les textes ne règlent pas la question de l’usage. Pour les docteurs juniors, la comparaison portera sur la réalité du temps travaillé, l’intérêt pédagogique de la garde, l’exposition médico-légale et les possibilités concurrentes de remplacement libéral. Pour les MSU, elle portera sur le coût d’accueil, la charge de supervision, le temps administratif et la capacité à maintenir l’équilibre du cabinet. Pour les agences régionales de santé (ARS), enfin, le dossier devient opérationnel : la PDSA repose sur une régulation médicale, des effecteurs volontaires, des cahiers des charges régionaux et une déclinaison départementale des territoires de permanence des soins.[8]
C’est à ce niveau que le décret docteurs juniors 2026 devra faire ses preuves. La PDSA n’est pas seulement une ligne indemnitaire : c’est une organisation de soins hors horaires d’ouverture des cabinets, au contact direct des patients, souvent dans des conditions moins sécurisées qu’un environnement hospitalier. La supervision devra donc être lisible, anticipée et réellement disponible, faute de quoi le volontariat pourrait rester une garantie formelle.
Le vrai test sera l’attractivité dans les territoires
La publication du décret et de l’arrêté ferme une première séquence. Les docteurs juniors de médecine générale disposent désormais d’un cadre d’indemnisation pour la PDSA et la régulation médicale à partir du 1er novembre 2026. Le titre initial, centré sur l’absence de montants, devait donc être corrigé : les montants sont connus.
Reste l’essentiel. Une garde de douze heures rémunérée 422,03 euros bruts, une régulation à 50 euros bruts de l’heure et une demi-plage forfaitisée à 211,01 euros bruts suffiront-elles à susciter l’engagement attendu ? Les MSU accepteront-ils de superviser dans un dispositif plus finement modulé, mais moins immédiatement lisible ? Les ARS parviendront-elles à intégrer ces jeunes médecins sans transformer une année professionnalisante en variable d’ajustement territorial, dans un climat déjà tendu par la régulation de l’installation médicale et la réponse aux déserts médicaux ?
À ce stade, l’État a publié les règles du jeu. Les internes et leurs représentants en contestent l’équilibre. Entre les deux, le terrain tranchera : l’attractivité ne se décrète pas, elle se vérifie dans les plannings, les cabinets et les gardes effectivement assurées.
Références
[1] Légifrance, « Décret n° 2026-370 du 13 mai 2026 relatif au régime indemnitaire des docteurs juniors de la spécialité de médecine générale lors de leur participation à la permanence des soins ambulatoires mentionnée à l'article L. 6314-1 du code de la santé publique », Journal officiel du 14 mai 2026.
[2] Légifrance, « Arrêté du 13 mai 2026 modifiant l'arrêté du 27 août 2025 relatif au régime indemnitaire des docteurs juniors de la spécialité de médecine générale », Journal officiel du 14 mai 2026.
[3] Légifrance, « Arrêté du 27 août 2025 relatif au régime indemnitaire des docteurs juniors de la spécialité de médecine générale », Journal officiel du 28 août 2025.
[4] Légifrance, « Article 4 bis - Arrêté du 27 juin 2011 relatif aux stages effectués dans le cadre de la formation dispensée au cours du troisième cycle des études de médecine », version en vigueur depuis le 15 mai 2026.
[5] Egora, « PDSA : combien les docteurs juniors vont-ils toucher pour les gardes ? », 15 mai 2026.
[6] Concours pluripro, « Docteur junior : les internes de médecine générale dénoncent un modèle “inadapté et déjà en échec” », 6 mai 2026.
[7] Caducee.net, « Quatrième année d'internat de médecine générale : une réforme contestée par les professionnels », 4 juin 2025.
[8] ARS Île-de-France, « La permanence des soins ambulatoires (PDSA) », 24 mars 2026.
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