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Saison respiratoire 2025-2026 : une saison moins massive en ville, mais toujours lourde pour l’hôpital

Saison respiratoire 2025-2026 : une saison moins massive en ville, mais toujours lourde pour l’hôpital Le bilan national de la saison respiratoire 2025-2026 dessine un hiver plus contrasté qu’il n’y paraît. Vu depuis la médecine de ville, la séquence a été moins massive que celle de 2024-2025. Vu depuis l’hôpital, en revanche, la pression est restée élevée, portée avant tout par la grippe. Santé publique France résume cette dissymétrie en une formule qui concentre l’essentiel : une activité « modérée en ville mais élevée à l’hôpital », tandis que la bronchiolite est restée brève et peu intense et que le COVID-19 a continué de circuler sans structurer les recours aux soins. Pour la médecine de ville, l’hôpital et les établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS), la leçon est claire : avant l’hiver prochain, la préparation doit retrouver un centre de gravité plus net, sans retomber dans le récit indifférencié des « trois virus de l’hiver ».[1]

À retenir (lecture rapide)

• La grippe a concentré la pression hospitalière, avec 28 222 hospitalisations après urgences et un pic à 5,5 %.

• La bronchiolite a duré 8 semaines, avec une intensité faible et des niveaux inférieurs aux saisons pré-COVID.

• Le COVID-19 est resté discret dans les soins, malgré une circulation continue documentée dans les eaux usées.

• Pour l’hiver prochain, la préparation doit d’abord renforcer la réponse grippale, sans relâcher les circuits VRS ni la veille COVID.

Grippe : moins de déferlante en ville, presque le même coût hospitalier

Le cadrage national est désormais bien posé. Entre novembre 2025 et février 2026, les infections respiratoires aiguës ont surtout pesé par leur retentissement hospitalier. Sur l’ensemble de la saison, Santé publique France recense 1 169 375 consultations de médecine de ville attribuables à la grippe, 28 222 hospitalisations après passage aux urgences pour grippe ou syndrome grippal, 1 382 cas graves signalés en réanimation et 1 155 cas groupés d’infections respiratoires aiguës attribués à la grippe en ESMS. Le bulletin national souligne en outre un « impact important sur la mortalité observé début 2026 », avec 4 389 décès mentionnant la grippe sur certificat électronique.[1]

Le point le plus instructif, pour les soignants comme pour les directions d’établissement, tient au décalage entre une ville plutôt contenue et un hôpital beaucoup plus exposé. Pour bien mesurer ce signal, il faut le replacer un an en arrière. Dans son bilan 2024-2025, Santé publique France décrivait un pic très élevé en ville et à l’hôpital, avec une estimation de 2,7 millions de consultations pour syndrome grippal et 28 697 hospitalisations après passage aux urgences pour grippe ou syndrome grippal.[2] La saison 2025-2026 n’a donc pas reproduit les volumes record observés en soins primaires, mais elle a presque rejoint ce niveau d’hospitalisations liées à la grippe, avec 28 222 admissions après urgences.[1] C’est ce qui donne à cet hiver son profil si particulier : un hiver moins débordant qu’en 2024-2025 dans les cabinets, mais toujours très coûteux pour l’aval hospitalier. Le bilan national n’épuise pas pour autant la lecture des tensions locales, qui ont pu varier selon les territoires et les capacités d’absorption.

Cette lecture est renforcée par les indicateurs de gravité. Au pic, la part de la grippe parmi les hospitalisations après passage aux urgences a atteint 5,5 %, soit un niveau légèrement supérieur à celui du pic 2024-2025 tous âges confondus. Au cours de l’épidémie, 21 % des passages aux urgences pour grippe ou syndrome grippal ont conduit à une hospitalisation ; chez les 65 ans et plus, cette proportion montait à 57 %. Surtout, les 65 ans et plus ont concentré 66 % des hospitalisations après passage aux urgences pour grippe ou syndrome grippal pendant l’épidémie.[1] Cette séquence confirme moins un « hiver exceptionnel » qu’un déplacement du fardeau vers les patients les plus âgés, ceux chez qui la grippe continue de décompenser les pathologies chroniques et de saturer rapidement les filières d’aval.

Pour la préparation de l’hiver 2026-2027, le message est net : la grippe revient au premier plan dans les plans de charge hospitaliers, l’organisation de la permanence en ville et les dispositifs de protection en EHPAD. Cela ne signifie pas qu’il faille opposer grippe et COVID-19. Au contraire, la campagne conjointe grippe/COVID et la co-administration possible en ville, en officine et en ESMS restent des leviers de simplification utiles pour les équipes de terrain. Mais lorsque les ressources sont comptées, la hiérarchie des risques redevient limpide : c’est d’abord le risque grippal sévère chez les plus âgés qui doit organiser la montée en charge. À cet égard, la mémoire de la sévérité inédite de la saison 2024-2025 aux urgences mérite de rester présente dans les arbitrages de l’automne.

Vaccination : mieux cibler les seniors, mieux protéger les soignants

La campagne 2025-2026 a légèrement redressé des indicateurs orientés à la baisse depuis la pandémie, sans produire le saut de couverture qui aurait changé la physionomie de l’hiver. Au 31 décembre 2025, l’Assurance Maladie estimait la couverture antigrippale à 46,3 % parmi l’ensemble des personnes ciblées, 53,3 % chez les 65 ans et plus et 27,1 % chez les moins de 65 ans à risque, des niveaux jugés « insuffisants face à l’intensité de l’épidémie ».[3] À l’issue de la campagne, Santé publique France estimait ces taux à 49,6 %, 56,7 % et 28,9 % respectivement.[1]

La progression existe donc, mais elle reste trop modeste pour les groupes qui ont précisément porté la charge hospitalière. L’autre donnée utile est l’efficacité vaccinale en vie réelle contre une grippe symptomatique confirmée, estimée à 30 % tous âges confondus et à 23 % chez les 65 ans et plus. Ces chiffres n’invalident pas la stratégie vaccinale ; ils rappellent plutôt que la vaccination, à elle seule, ne suffit pas à amortir une saison dominée par le sous-type A(H3N2), surtout chez les plus âgés.[1]

C’est précisément sur ce point que le débat gagne à sortir du seul constat de couverture. Depuis mai 2025, la Haute Autorité de santé (HAS) recommande d’utiliser préférentiellement les vaccins EFLUELDA et FLUAD chez les 65 ans et plus, par rapport aux vaccins injectables à dose standard. La HAS estime que ce choix pourrait, selon les saisons, réduire entre 750 et 8 410 hospitalisations et entre 4 500 et 24 290 consultations liées à la grippe dans cette tranche d’âge.[4] Autrement dit, la préparation de l’hiver prochain ne se résume pas à vacciner davantage : elle suppose aussi d’orienter plus systématiquement le bon vaccin vers les patients qui concentrent la gravité.

Pour la médecine de ville, cela plaide en faveur d’un calendrier plus offensif dès l’automne, d’un repérage plus précoce des patients à risque, d’un recours plus lisible aux vaccins renforcés chez les seniors et d’un travail plus soutenu sur l’adhésion vaccinale des résidents, des aidants et des professionnels dans les structures accueillant des personnes fragiles. La HAS rappelle d’ailleurs que la couverture vaccinale antigrippale des professionnels de santé n’était que de 19 % dans les dernières mesures d’indicateurs de qualité et de sécurité des soins.[4] À ce niveau, il ne s’agit plus d’un simple angle mort statistique, mais d’un levier organisationnel insuffisamment actionné. Dans ce contexte, la vaccination antigrippale en EHPAD et son encadrement devraient revenir rapidement dans le débat organisationnel.

Bronchiolite : un répit à consolider, pas un dossier refermé

La saison bronchiolite 2025-2026 n’a pas disparu ; elle a simplement changé d’échelle. Santé publique France situe son démarrage en semaine 47, son pic en semaine 50 et sa fin en semaine 02, soit 8 semaines d’épidémie. Les niveaux observés sont restés faibles en ville comme à l’hôpital, et le bilan recense 302 736 consultations attribuables au VRS en médecine de ville ainsi que 16 138 hospitalisations après passage aux urgences pour bronchiolite chez les moins de 1 an.[1]

Le point saillant, ici, tient moins aux volumes bruts qu’à la comparaison temporelle. L’agence écrit que l’épidémie est restée « à des niveaux faibles et comparables, voire légèrement inférieurs, à ceux de la saison dernière », et inférieurs à ceux observés avant l’émergence du COVID-19.[1] En réanimation et dans les signalements de cas graves, le reflux est également visible : 507 cas graves de bronchiolite ont été rapportés chez les moins de 2 ans et 250 cas graves d’infection à VRS chez les adultes, contre 572 et 321 respectivement en 2024-2025.[1]

La tentation serait grande d’y voir la preuve immédiate d’un effet de la stratégie de prévention du VRS. Santé publique France reste plus prudente et indique que cette moindre intensité pourrait être liée, au moins en partie, aux campagnes d’immunisation passive des nouveau-nés. Cette réserve doit être conservée dans toute lecture clinique ou politique du signal. D’autant que l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) rappelle qu’il existe deux stratégies distinctes pour protéger les nourrissons des formes graves de bronchiolite, et que « ces deux stratégies ne doivent pas être combinées, sauf exception à évaluer au cas par cas ».[1][5]

Pour la ville, la maternité, la pédiatrie et la protection maternelle et infantile, la leçon est moins celle d’une victoire que celle d’une organisation devenue plus lisible, à condition de ne pas relâcher l’effort. La prochaine saison devra consolider l’information parentale, la fluidité des parcours et le choix entre les différentes options de prévention du VRS chez le nouveau-né, sans transformer une accalmie en certitude épidémiologique.

COVID-19 : discret dans les recours, toujours présent dans la surveillance

Le troisième enseignement de la saison est presque symétrique. Santé publique France résume la séquence en une formule qui mérite d’être gardée telle quelle : « faible recours aux soins durant la saison 2025-2026 malgré une circulation continue du SARS-CoV-2 en population générale ».[1] Sur la période S40/2025-S15/2026, l’agence recense 180 879 consultations attribuables au SARS-CoV-2 en médecine de ville, 7 104 hospitalisations après passage aux urgences, 954 cas groupés en ESMS, 194 cas graves en réanimation et 1 906 décès mentionnant le COVID-19 sur certificat électronique.[1]

Là encore, la chronologie éclaire le signal. Fin décembre 2025, les indicateurs syndromiques étaient déjà décrits comme « stables et à des niveaux faibles » ; le 21 janvier 2026, ils étaient « stables et à des niveaux très faibles » tandis que les eaux usées restaient suivies.[6][7] Le pic du SARS-CoV-2 a d’ailleurs précédé la saison hivernale proprement dite, avant une décroissance puis une circulation basse, fluctuante, sans impact notable sur le système de soins.[1]

Le risque, ici, serait de confondre recul dans les recours aux soins et disparition de l’enjeu. Or les patients hospitalisés pour COVID-19 restaient principalement âgés de 65 ans et plus, la vaccination cible désormais surtout les plus fragiles, et le COVID long continue de peser dans la pratique. La bonne traduction organisationnelle n’est donc pas l’effacement du SARS-CoV-2, mais son repositionnement dans une surveillance intégrée, proportionnée et ciblée sur les personnes vulnérables, les EHPAD et les unités à forte densité de comorbidités. Autrement dit, le COVID n’organise plus l’hiver comme auparavant, mais le COVID long continue d’alimenter les préoccupations cliniques, scientifiques et organisationnelles.

Avant l’hiver 2026-2027, quatre priorités concrètes

Au terme de cette saison, quatre priorités concrètes se dégagent pour les soignants. D’abord, considérer la grippe comme l’hypothèse centrale de tension hospitalière, en particulier chez les 65 ans et plus, et calibrer les capacités d’aval en conséquence. Ensuite, améliorer le rendement de la vaccination, non seulement en couvrant davantage les publics cibles, mais aussi en orientant plus systématiquement les vaccins renforcés vers les patients âgés. Troisièmement, consolider les circuits VRS autour de messages simples, homogènes et compréhensibles pour les parents comme pour les équipes. Enfin, maintenir une surveillance COVID-19 ciblée sur les personnes fragiles, les EHPAD et les services où les comorbidités rendent les décompensations plus probables.[1][4][5][6][7]

Le principal enseignement de l’hiver 2025-2026 n’est donc pas que la grippe aurait éclipsé tous les autres virus, mais qu’elle a de nouveau fixé le niveau de contrainte du système de soins. C’est sur ce point précis, et non sur un récit global indistinct, que se jouera la préparation de l’hiver prochain.

Références

[1] Santé publique France — Infections respiratoires aiguës (grippe, bronchiolite, COVID-19). Bilan de la saison 2025-2026 — 15 avril 2026, mis à jour le 17 avril 2026.

[2] Santé publique France — Infections respiratoires aiguës (grippe, bronchiolite, COVID-19). Bilan de la saison 2024-2025 — 16 avril 2025.

[3] ameli — La campagne de vaccination contre la grippe est prolongée jusqu’au 28 février — 28 janvier 2026.

[4] HAS — Grippe saisonnière : la HAS précise la place des vaccins EFLUELDA et FLUAD dans la stratégie vaccinale — 9 mai 2025.

[5] ANSM — Protéger les nourrissons contre le VRS — publié le 19 octobre 2023, mis à jour le 13 janvier 2026.

[6] Santé publique France — Infections respiratoires aiguës (grippe, bronchiolite, COVID-19). Bulletin du 31 décembre 2025 — 31 décembre 2025.

[7] Santé publique France — Infections respiratoires aiguës (grippe, bronchiolite, COVID-19). Bulletin du 21 janvier 2026 — 21 janvier 2026.

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