Cardiologie : 17 autorisations d’exercice, une réponse partielle aux tensions de recrutement
À retenir (lecture rapide)
• L’arrêté du 13 avril 2026, publié le 17 avril, autorise 17 médecins à exercer en France en médecine cardiovasculaire.[1]
• Cette autorisation ne vaut pas installation immédiate : l’Ordre, le RPPS et les procédures locales demeurent déterminants.[5][6]
• La spécialité disposait déjà, en amont, d’un flux de lauréats aux EVC ; le JO n’en représente qu’une étape terminale.[8]
• L’apport est réel pour les recrutements, mais il ne corrige ni les tensions territoriales ni la dépendance croissante aux PADHUE.[7][9][10]
Un feu vert juridique, pas une arrivée immédiate de cardiologues
Le texte publié par Légifrance le 17 avril 2026 est sans ambiguïté. L’article 1er dispose que « sont autorisées à exercer en France la profession de médecin dans la spécialité “médecine cardiovasculaire” les personnes dont les noms suivent ».[1] Il s’agit donc bien d’un acte individuel d’autorisation d’exercice, pris sur le fondement de l’article L. 4111-2 du code de la santé publique et du IV de l’article 83 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2007, après « avis de la commission d’autorisation d’exercice en date du 10 avril 2026 ».[1]
Pour les directions des ressources humaines et les directions des affaires médicales, ce texte change une chose très précise : il fait basculer ces candidatures du registre de l’attente vers celui des profils juridiquement autorisés dans la spécialité. À ce titre, il élargit bien le champ des candidatures recevables pour les recrutements en cardiologie. En revanche, il ne faut pas le lire comme l’équivalent de 17 postes immédiatement pourvus.
Le Conseil national de l’Ordre des médecins rappelle en effet, pour les médecins à diplôme hors Union européenne, qu’une « autorisation ministérielle d’exercice préalable à l’inscription » est requise.[5] L’Agence du Numérique en Santé présente, de son côté, le RPPS comme le « répertoire unique de référence » et précise que l’Annuaire Santé diffuse des données « vérifiées et actualisées par les autorités d’enregistrement ».[6] Autrement dit, le Journal officiel sécurise le fondement juridique, mais il ne dispense ni du contrôle ordinal, ni de la vérification du RPPS, ni des étapes contractuelles locales.
Les 17 médecins autorisés, un profil encore peu documenté mais déjà plus lisible
L’une des limites récurrentes de ces arrêtés tient au peu d’informations qu’ils donnent sur les praticiens concernés. Le JO n’indique ni leur parcours antérieur détaillé, ni leur mode d’exercice futur, ni leur territoire d’installation. Il livre néanmoins quelques éléments utiles. La liste publiée couvre 17 médecins nés entre 1988 et 1994, avec des lieux de naissance situés notamment en Algérie, en Tunisie, au Liban, au Bénin et au Cambodge.[1]
Cette simple observation suffit à rappeler que, derrière l’arrêté, il n’y a pas un ensemble abstrait de candidatures, mais des praticiens ayant traversé un parcours de reconnaissance long, sélectif et souvent administrativement instable. Pour eux, la publication au Journal officiel ne constitue pas seulement une formalité finale. Elle marque l’issue, au moins partielle, d’une procédure qui engage des années d’exercice, d’épreuves et d’attente.
C’est aussi pourquoi l’arrêté doit être lu avec une certaine retenue. Il autorise des personnes nommément désignées ; il ne renseigne pas, à lui seul, sur leur calendrier réel de mobilité, sur leur disponibilité immédiate, ni sur le type de poste qu’elles accepteront. Il éclaire un cadre d’exercice. Il ne décrit pas encore une installation aboutie.
Une procédure allégée en 2025, mais encore longue dans ses effets
La procédure d’autorisation demeure exigeante. L’article L. 4111-2 du code de la santé publique prévoit que les candidats doivent avoir satisfait à des « épreuves anonymes de vérification des connaissances » et justifier d’« un niveau suffisant de maîtrise de la langue française ».[2] Le Centre national de gestion (CNG) précise que, pour les médecins relevant de la voie externe, ces EVC comportent deux épreuves écrites anonymes de deux heures, l’une sur les connaissances fondamentales, l’autre sur les connaissances pratiques dans la spécialité concernée.[3] Le CNG rappelle aussi que, pour les médecins, la phase suivante correspond à « 2 années de fonctions hospitalières rémunérées » dans le cadre du parcours de consolidation des compétences.[4]
Le cadre a toutefois évolué en 2025. Les décrets du 28 mai 2025 ont créé une voie interne aux EVC et permis une modulation des parcours de consolidation, précisément pour tenir compte de l’expérience déjà acquise par une partie des praticiens à diplôme hors Union européenne.[3][11][12] Ce point compte, car il montre que l’administration elle-même a reconnu la nécessité d’assouplir une procédure devenue trop uniforme pour des situations professionnelles très diverses.
Cette réforme ne supprime pas la longueur du parcours. Elle en corrige certaines rigidités, sans effacer le décalage entre réussite aux épreuves, consolidation des compétences, autorisation individuelle puis installation effective. C’est dans cet intervalle que se logent encore les principales frictions administratives relevées, depuis plusieurs années, dans les autorisations d’exercice des médecins formés hors Union européenne.
Le JO n’est que la dernière marche d’un flux plus large
Pour mesurer la portée réelle de l’arrêté du 17 avril 2026, il faut le replacer dans la chaîne complète des EVC. Pour la session 2025, la spécialité « médecine cardiovasculaire » comptait 88 lauréats au total, toutes voies confondues, avant la phase de consolidation des compétences puis l’autorisation individuelle d’exercice.[8] Le Journal officiel ne représente donc pas l’ensemble du flux ; il en publie l’une des dernières étapes visibles.
Cette distinction est décisive pour les recruteurs. Elle évite de confondre trois réalités différentes : les lauréats aux EVC, les praticiens autorisés à exercer par arrêté nominatif, et les médecins effectivement installés dans un établissement ou sur un territoire. La confusion entre ces niveaux d’avancement nourrit souvent des attentes excessives. Or le texte du 17 avril 2026 n’annonce pas un afflux immédiat de spécialistes ; il rend juridiquement possible l’exercice de 17 médecins identifiés, après un parcours déjà largement engagé.
Un appoint réel, sans réponse automatique aux fragilités territoriales
L’apport de ces autorisations n’est pas négligeable. Il s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation de la démographie médicale française. La DREES relevait ainsi qu’au 1er janvier 2025, « 11 % des médecins en activité avaient un diplôme étranger, contre 7 % au 1er janvier 2012 ».[7] Dans le même temps, un rapport parlementaire rappelait qu’au 1er janvier 2025, 19 154 médecins à diplôme hors Union européenne étaient inscrits au tableau de l’Ordre, contre 7 963 en 2010.[9]
Ces chiffres donnent la bonne échelle du phénomène. Les PADHUE ne relèvent plus d’un appoint marginal ; ils participent désormais, de manière structurelle, au maintien de l’offre de soins. Pour autant, cette réalité quantitative ne suffit pas à résoudre la question territoriale. Les données ordinales montrent que la cardiologie demeure très concentrée dans les zones déjà bien dotées, notamment dans les centres-villes, ce qui limite mécaniquement l’effet correcteur de nouvelles autorisations sur les territoires les plus fragiles.[10]
Autrement dit, l’arrêté du 17 avril 2026 ouvre une possibilité réglementaire supplémentaire. Il ne règle ni l’attractivité inégale des postes, ni la concurrence entre établissements, ni la difficulté à installer durablement des spécialistes dans les zones les moins favorisées. C’est ce qui distingue sa portée administrative, réelle, de son effet sanitaire final, beaucoup plus incertain.
Trois vérifications avant d’y voir une solution de recrutement
Croiser le JO, l’Ordre et le RPPS
La première vérification consiste à ne jamais isoler la publication au Journal officiel du reste de la chaîne administrative. L’autorisation d’exercice dans la spécialité doit être croisée avec l’inscription ordinale et les données RPPS avant toute finalisation contractuelle.[5][6]
Distinguer l’autorisation de la disponibilité réelle
La deuxième vérification est plus concrète : un médecin autorisé n’est pas nécessairement un médecin immédiatement disponible. Le texte ne dit rien de son calendrier, de ses préférences géographiques ou de sa situation contractuelle au moment où il paraît.[1]
Sécuriser les libellés dans les outils internes
La troisième vérification concerne les référentiels locaux. Contrats, annuaires internes et imports RPPS doivent reprendre des libellés cohérents, d’autant que l’environnement réglementaire continue de faire coexister, selon les textes, « médecine cardiovasculaire » et « cardiologie et maladies vasculaires ».[1][10]
Au total, l’arrêté du 17 avril 2026 constitue un repère juridique utile pour les établissements en recherche de spécialistes. Il ne saurait pourtant être lu comme une réponse autonome aux tensions de recrutement en cardiologie. Il dit davantage autre chose : la place devenue structurelle des praticiens à diplôme hors Union européenne dans l’équilibre ordinaire de l’offre de soins, et les limites persistantes d’un système qui continue à transformer tardivement, au terme de parcours lourds, des besoins bien plus anciens.
Références
1. Légifrance, Arrêté du 13 avril 2026 fixant la liste des personnes autorisées à exercer en France la profession de médecin dans la spécialité « médecine cardiovasculaire » en application des dispositions de l'article L. 4111-2 (I) du code de la santé publique et du IV de l'article 83 de la loi n° 2006-1640 du 21 décembre 2006 de financement de la sécurité sociale pour 2007, 17 avril 2026.
2. Légifrance, Article L4111-2 du code de la santé publique, version en vigueur au 1er janvier 2025, consultation du 21 avril 2026.
3. Centre national de gestion, Epreuves de vérification des connaissances (EVC), 16 septembre 2025.
4. Centre national de gestion, Commission d'autorisation d'exercice (CAE), consultation du 21 avril 2026.
5. Conseil national de l’Ordre des médecins, S'inscrire au Tableau de l'Ordre, 20 avril 2022.
6. Agence du Numérique en Santé, Répertoire RPPS, consultation du 21 avril 2026.
7. DREES, 237 200 médecins sont en activité en France au 1er janvier 2025, 28 juillet 2025.
8. Centre national de gestion, Liste des praticiens ayant satisfait aux épreuves de vérification des connaissances organisées au titre de la session 2025, 25 mars 2026.
9. Assemblée nationale, Rapport n° 2347 sur la proposition de loi facilitant l'exercice en France des médecins diplômés au Royaume-Uni avant le Brexit, 14 janvier 2026.
10. Conseil national de l’Ordre des médecins, Atlas de la démographie médicale en France 2025, tome 1, 1er janvier 2025.
11. Légifrance, Décret n° 2025-467 du 28 mai 2025 portant diverses dispositions relatives aux praticiens diplômés hors Union européenne, 28 mai 2025.
12. Légifrance, Décret n° 2025-468 du 28 mai 2025 relatif à l'aménagement de la procédure des épreuves de vérification des connaissances, 28 mai 2025.
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