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Syndrome de Diogène : une origine émotionnelle

illustrationLe syndrome de Diogène est un trouble du comportement qui pousse souvent les personnes qui en souffrent à accumuler les objets, négliger leur corps et leur logement ainsi qu’à s’isoler socialement. Il est cependant important de noter qu’il n’y a pas encore de réel consensus sur le sujet et qu’il reste un trouble très complexe et rare.

Définition

Bien que ce syndrome existe depuis toujours, il a été défini et nommé par la gériatre anglaise Alisson Clark et ses collaborateurs en 1975. Le Docteur Monfort, psychogériatre qui a mené plusieurs études sur le sujet, explique que le critère principal est le fait que ce sont des personnes qui, de l’extérieur, « semblent avoir besoin de tout, mais ne demandent rien ».

S’ajoute souvent à cela, des critères secondaires, qui varient d’une personne à une autre :

  • Relation inhabituelle aux objets et à l’habitat : dans la majorité des cas, ces personnes souffrent de syllogomanie : entassement d’objets de toute sorte (boite, journaux, aliments, déchets voir excréments…) sans ordre, ni méthode et d’une difficulté, voir une impossibilité, pour eux de jeter quoi que ce soit. Cela entraîne alors souvent un état d’insalubrité du logement. Parfois à l’inverse, le logement est complètement vide.
  • Relation inhabituelle au corps : négligence corporelle, appelée incurie, comme si une déconnexion au corps s’était créée. La littérature précise qu’ils ne ressentent ni de honte ni de gêne de leur état corporel ou condition du logement.
  • Relation à l’autre inhabituelle : les personnes atteintes de ce syndrome sont souvent dans un repli social extrême, refusent l’aide, vécue comme très intrusive, ainsi que toute entrée dans leur domicile.
  • Pour tous, un réel déni des troubles est présent.

Si tous les critères sont présents, on parle de syndrome de Diogène complet, autrement il est considéré comme partiel.

Hanon décrit deux types de syndromes de Diogène avec Syllogomanie :

  • Le syndrome passif : les personnes accumulent passivement, en se faisant dépasser par ce qui s’entasse chez eux
  • Le syndrome actif : ils choisissent activement de remplir leur logement, leur existence.

Qui est touché ?

Ce syndrome semble toucher toutes les classes sociales et majoritairement les personnes âgées, mais pas uniquement. Au vu de la datation des objets accumulés trouvés, cela laisse à penser que le syndrome est parfois là depuis plusieurs années. Celui-ci est d’ailleurs souvent découvert de façon fortuite, par des professionnels de santé ou lors d’une intervention sociale suite à une demande des proches, des voisins, etc. Il est à noter que, selon les études, entre 50 % à 80 % des personnes souffrant du syndrome de Diogène souffrent également d’une pathologie psychiatrique.

Les causes :

Il semblerait qu’un choc émotionnel important (deuil du conjoint ou d’un proche, séparation…) chez des personnes avec un terrain émotionnel fragile soit souvent à l’origine de l’apparition du syndrome. Le Dr Monfort (2010) émet l’hypothèse qu’ils auraient vécu, entre l’âge de zéro et 3 ans, un traumatisme, un moment de grande carence affective, où personne n’était là pour assurer leurs besoins. Le choix non conscient de ne jamais compter sur autrui aurait alors été pris à ce moment-là. À l’âge adulte, le choc viendrait raviver la blessure et déclencher ce syndrome déjà sous-jacent, le deuil serait « figé dans la matière de l’habitat » comme élabore magnifiquement Pichon (2015). Il semblerait qu’il n’y ait plus de séparation entre l’enveloppe corporelle et les objets, leur logement. Se débarrasser, jeter, se nettoyer reviendrait à se débarrasser d’une partie d’eux-mêmes, ce qui leur semble inconcevable.

Comment soutenir un proche souffrant du syndrome de Diogène ?

C’est une situation très délicate qui demande patience et empathie. En effet, les personnes souffrant de ce syndrome construisent comme une forteresse, une protection, autour d’eux. Pichon dit bien que « Le monde de Diogène est une sorte de bulle narcissique et l’autre n’y pénètre jamais sans risquer de la faire éclater »

Étant dans le déni de la situation et ne demandant aucune aide, une vigilance particulière est à prendre et des questions éthiques se posent quant à une éventuelle intervention.

Forcer l’entrée du logement, de leur intime, de faire le grand nettoyage peut donc être dangereux pour leur santé mentale et physique, provoquant un stress majeur qui mène parfois à de fortes dépressions voire à des suicides. Souvent, tenter d’enlever les objets de la personne atteinte de ce syndrome va l’amener à accumuler encore plus, par mécanisme de défense. Si besoin de soins il y a, mais que le pronostic vital n’est pas en jeu, il est vivement conseillé d’éviter l’hospitalisation.

Il est suggéré de faire appel à l’intervention de professionnels afin de créer avec eux une relation de confiance « Il est important de la valoriser, de ne pas l’agresser par rapport à son mode de vie ni la stigmatiser », complète le Dr Monfort.

L’idée est d’évaluer la situation et de voir ce qui est possible à mettre en place (limiter les risques, mises en place de soins, désencombrer…). D’autre part, en tant que proche, ces situations délicates peuvent déclencher toutes sortes d’émotions. Il peut alors être intéressant de solliciter l’accompagnement d’un(e) thérapeute.

Par Noémie Parsis, psychologue clinicienne, membre du comité Psychologue.net

Bibliographie :

Clark A, Mankikar G, Gray I. (1975) The Diogenes syndrome: a clinical study of gross self neglect in old age.

Hanon C. (2004) Le syndrome de Diogène, une approche transnosographique, L’encéphale.

Monfort, J-C., Hugonot-Diener, L., Devouche, E., Wong, C., & Péan, I. (2010). Le syndrome de Diogène et les situations apparentées d’auto-exclusion sociale. Enquête descriptive. Psychologie et Neuropsychiatrie Du Vieillissement.

Pichon, Adrien (2015) « Approche psycho dynamique du syndrome de Diogène », Pratiques en santé mentale.

Crédit photo : DepositPhotos

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