PDSA 2025 : une mobilisation en hausse, des gardes plus jeunes, une nuit profonde toujours fragile
À retenir (lecture rapide)
– La participation des généralistes à la PDSA atteint 40,2 % en 2025, contre 39,6 % en 2024[1].
– La couverture territoriale grimpe à 98 % les week-ends et jours fériés, mais tombe à 24 % en nuit profonde[1].
– Les médecins participant aux gardes sont plus jeunes qu’en 2024, chez les effecteurs comme chez les régulateurs[1].
– La féminisation du dispositif se poursuit, avec 51 % de femmes parmi les effecteurs[2].
– Le CNOM relève encore des fragilités liées à la démographie, à l’étendue des secteurs et à la sécurité des gardes[1].
Une participation qui progresse, portée par un renouvellement générationnel
Le premier enseignement du rapport tient à la hausse du taux de participation des médecins généralistes à la PDSA. En 2025, 26 690 praticiens ont participé au dispositif, sur 66 394 médecins susceptibles d’assurer une garde, soit un taux de 40,2 %, contre 39,6 % en 2024 et 38,5 % en 2022[1]. La progression est modeste, mais elle prolonge une tendance de fond qui, pour le CNOM, témoigne d’une capacité de mobilisation durable de la médecine de ville. Le rapport précise en outre que la participation a augmenté dans 59 % des départements et souligne que cette estimation nationale doit être lue avec prudence, puisqu’elle repose sur un périmètre qui tend à minorer le taux réel de participation[1].
Cette évolution s’accompagne d’un rajeunissement des professionnels impliqués. L’âge moyen des médecins effecteurs recule de 45 ans à 44,5 ans entre 2024 et 2025, tandis que celui des médecins régulateurs passe de 54,3 ans à 53,3 ans[2]. Dans le même temps, la part des femmes continue d’augmenter et devient majoritaire chez les effecteurs, à 51 %[2]. Le signal dépasse le simple effet statistique. Il indique que la permanence des soins ne repose plus seulement sur un noyau de praticiens installés de longue date, mais attire aussi des générations plus récentes, dans un contexte où le retour de l’obligation des gardes pour les médecins libéraux reste un sujet de débat récurrent.
Le CNOM insiste d’ailleurs sur cette dynamique dans sa présentation publique du rapport, en soulignant la hausse de l’implication des médecins libéraux, salariés, remplaçants et retraités dans la régulation médicale[1]. Cette diversification des profils renforce la résilience du dispositif, même si elle ne gomme pas les disparités territoriales.
Une couverture nationale élevée, mais très inégale selon les plages horaires
L’autre chiffre mis en avant par l’Ordre est celui de la couverture territoriale. En 2025, 98 % des territoires sont couverts par un médecin de garde les week-ends et jours fériés, contre 97 % en 2024[1][3]. Sur les horaires de soirée, le taux demeure à 93 %, ce qui traduit une stabilité appréciable au regard des tensions qui traversent l’offre de soins non programmés[1].
Ce résultat national, aussi favorable soit-il, ne doit pourtant pas masquer une vulnérabilité persistante du dispositif en nuit profonde. Sur cette plage, la couverture ne concerne plus que 24 % des territoires, contre 27 % en 2024, et 42 départements ne disposent d’aucun territoire couvert entre minuit et 8 heures[1]. Le recul existe donc, mais il reste contenu ; il confirme surtout la persistance d’un point faible structurel plutôt qu’un décrochage brutal du dispositif.
Cette dissymétrie éclaire une partie des débats actuels sur l’organisation de l’accès aux soins non programmés, alors même que la question de la régulation et de l’articulation avec les autres dispositifs d’aval et de premier recours reste fortement discutée par les représentants de la profession. En creux, le rapport du CNOM suggère qu’une lecture purement nationale des indicateurs peut sous-estimer la fragilité de certains territoires.
Des ajustements organisationnels de plus en plus fréquents
L’enquête montre en outre que 86 % des conseils départementaux de l’Ordre des médecins (CDOM) ont signalé des modifications de l’organisation de la PDSA en 2025, contre 75 % un an plus tôt[1]. Les changements les plus souvent rapportés concernent les forfaits d’astreinte de régulation, les conditions d’accès aux maisons médicales de garde, les resectorisations et les horaires de garde[1].
La multiplication de ces révisions locales traduit un mouvement d’adaptation continue, presque au fil de l’eau. Dans plusieurs régions, les cahiers des charges ont été actualisés ou amendés afin de renforcer la régulation, d’ouvrir ou de fermer certaines maisons médicales de garde, ou encore de redéfinir les secteurs[1]. La PDSA ne progresse donc pas sur un modèle homogène ; elle se recompose, département par département, à partir de contraintes très concrètes.
Des progrès nets, mais un dispositif encore fragile
Le CNOM souligne que 99 CDOM sur 103 considèrent que la PDSA a correctement rempli sa mission en 2025 sur tout ou partie de leur département[1]. Ce niveau d’appréciation, particulièrement élevé, rappelle que le bilan ordinal n’est pas seulement défensif : il repose aussi sur une perception de terrain largement positive du fonctionnement du dispositif. Ce constat est notable, car il marque une amélioration par rapport à 2024. Il accrédite l’idée d’un dispositif qui tient, malgré la pression exercée par la baisse de la démographie médicale dans de nombreux bassins de vie.
Pour autant, le rapport ne verse pas dans l’autosatisfaction. Il relève explicitement plusieurs difficultés persistantes : l’étendue croissante des secteurs de garde, la surcharge de travail des médecins en dehors des horaires de PDSA, ainsi que les problèmes d’insécurité auxquels certains praticiens sont confrontés pendant leurs gardes[1]. Autrement dit, le volontariat continue de fonctionner, mais au prix d’une vigilance permanente et d’un effort organisationnel soutenu.
Ce point est d’autant plus sensible que, dans le débat public, la permanence des soins est régulièrement mobilisée comme indicateur de l’engagement de la médecine libérale. Le rapport décrit pourtant une réalité plus nuancée. Oui, la participation progresse. Oui, le territoire est majoritairement couvert durant les périodes les plus visibles. Mais la robustesse du système reste conditionnée par des équilibres locaux parfois précaires, dans un contexte où les médecins dénoncent régulièrement l’accumulation de contraintes organisationnelles et la pression qui s’exerce autour des gardes.
Un satisfecit ordinal qui n’efface pas les questions de fond
Une autre limite doit être soulignée : le rapport documente surtout des indicateurs de participation, de couverture et d’organisation. Il renseigne beaucoup moins l’activité effective produite par la PDSA, comme le volume de consultations réellement assurées, les délais de prise en charge, les orientations vers les urgences ou l’effet concret du dispositif sur les parcours de soins. En ce sens, il décrit avec précision la capacité du système à se structurer, mais plus imparfaitement son rendement réel pour les patients[1].
Le CNOM rappelle d’ailleurs lui-même que l’enquête repose en partie sur des données déclaratives recueillies auprès des CDOM, donc exposées à des biais de subjectivité, même si des contrôles de cohérence ont été menés. À cela s’ajoute une autre limite technique : les données Ordigard exploitées dans le rapport ne couvrent pas l’ensemble des départements[1].
En saluant un « engagement sans faille » de la profession, le CNOM choisit une formule politique autant qu’institutionnelle[2]. Elle vise à rappeler que la continuité des soins ambulatoires demeure, en France, très largement portée par les médecins eux-mêmes, dans le cadre d’un volontariat structuré par les Agences régionales de santé et les acteurs de terrain[1].
Mais la publication du rapport intervient aussi dans une séquence où la médecine libérale se sait observée de près sur sa contribution à l’accès aux soins. Dans ce contexte, la hausse de la participation et le rajeunissement des gardes donnent des arguments à ceux qui contestent les procès en désengagement. En revanche, la faiblesse persistante de la nuit profonde, la dépendance aux réaménagements territoriaux et les difficultés liées à la sécurité montrent qu’aucun indicateur national flatteur ne suffit, à lui seul, à stabiliser durablement le dispositif[1].
La leçon du millésime 2025 est donc double. D’un côté, la PDSA demeure une mission tenue, avec une mobilisation en hausse et une couverture élevée sur les temps les plus critiques du week-end. De l’autre, elle reste un système encore fragile, dont la solidité dépend de plus en plus d’ajustements fins, de renforts ciblés et d’une capacité collective à éviter que la nuit profonde ne devienne l’angle mort de l’organisation des soins non programmés.
Références
[2] Egora, PDSA : plus de 40% des médecins généralistes ont participé aux gardes en 2025, 10 avril 2026.
[3] Conseil national de l’Ordre des médecins, Enquête 2024 sur la permanence des soins ambulatoires, 29 mars 2025.
[4] Caducee.net, Permanence des soins : vers un retour de l’obligation des gardes pour les médecins libéraux, 22 janvier 2023.
[5] Caducee.net, Réforme des urgences : pourquoi le CNOM demande un moratoire sur le futur CTSU, 14 mars 2026.
[6] Caducee.net, PPL Garot : les médecins au bord de la rupture, 6 avril 2025.
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