#Coronavirus : la moitié des contaminations se produirait avant l’apparition des premiers symptômes sous forme d’aérosols infectieux

illustrationLe coronavirus SARS COV 2, à l’instar de nombreuses maladies infectieuses, sait se propager en toute discrétion en utilisant non seulement des sujets infectés et contaminants, mais sans symptômes apparents, mais aussi en mettant à profit les jours qui précédent l’apparition des premiers symptômes lors d’une infection plus classique. Dans une synthèse rapide et non exhaustive de la littérature scientifique publiée le 8 juillet, Santé Publique France a cherché à quantifier ces modes de contaminations silencieux. Avec 25 % des cas asymptomatiques et 50 % des contaminations lors des phases pré-symptomatiques, ils seraient bien plus importants que prévu. Des chiffres inquiétants qui renforcent encore l’hypothèse d’aérosols infectieux et requièrent un changement rapide de doctrine de protection.

Un quart des cas sont asymptomatiques

Si au début de l’épidémie, une étude chinoise portant sur 72 314 cas avait évalué à 1,2 % la proportion de sujets qui ne présentaient aucun symptôme, la littérature plus récente montre que la part d’infections asymptomatiques est « bien plus importante et hautement variable ».

Pour expliquer la grande variabilité des données, Stéphane Le Vu, formule l’hypothèse que certaines études n’ont pas une durée de suivi suffisamment longue pour distinguer les cas asymptomatiques qui ne présenteront jamais de symptômes, des phases présymptomatiques des infections qui vont développer certains symptômes tardivement.

En excluant les études qui n’ont pas le recul suffisant, Sante Publique a pu estimer la proportion globale des formes asymptomatiques de 5 études à 24,3 % avec un IC large de [2,7 ; 61,8].

Une contagiosité maximale 3 jours avant et 8 jours après les symptômes

Santé publique France révèle dans son étude que la probabilité d’une transmission pré-symptomatique est d’abord fondée par la mesure d’un intervalle générationnel à environ 3-4 jours alors que la durée d’incubation médiane est de 5 jours.

Des données biologiques issues de prélèvements nasopharyngés avant et après les symptômes et l’étude de la cinétique de la charge virale permettent également de créditer l’hypothèse d’une transmission présymptomatique.

Enfin, d’autres études épidémiologiques de paires « infectants-infectés » et une méta analyse convergent pour positionner autour des 50 % la part des contaminations lors de la phase pré-symptomatique. L’agence sanitaire note que cette proportion serait probablement plus faible dans un contexte d’épidémie généralisée, où l’isolement des cas et le traçage des contacts sont moins intenses.

Pour Santé publique France, ces données plaident en faveur d’une généralisation du port du masque et l’identification des contacts 3 jours avant les premiers symptômes lors des enquêtes épidémiologiques.

Des modes de contamination « masqués » qui renforcent l’hypothèse d’aérosols infectieux et requièrent un changement rapide de doctrine de protection

Sans toux ni éternuements et en dehors de contaminations manuportées pas ou peu documentés dans la littérature scientifique, il ne reste guère que les aérosols infectieux pour expliquer les modalités de transmission du Coronavirus SARS CoV-2 en phase pré-symptomatique. D’ailleurs la proportion des 50 % de contamination pré-symptomatique révélée par Sante-Publique-France est à rapprocher des déclarations du Pr Drosten qui estimait début mai que la moitié des contaminations provenait d’aérosols infectieux.

« Près de la moitié de la transmission se fait par aérosol, presque l’autre moitié par des gouttelettes et peut-être 10 % se fait de façon manuportée. » Pr Drosten

Ce qui signifie concrètement que le simple fait de respirer dans un lieu clos peu ou pas ventilé à proximité d’une personne infectée sans symptômes apparents représente un risque majeur de contamination. Et vous aurez beau vous laver les mains autant de fois que vous le voudrez et respecter les mesures de distance sociales, les risques de contamination resteront les mêmes. Ils seront plus liés à la cinétique des flux d’air, à la ventilation et à la durée d’exposition qu’au respect des gestes barrières contre les gouttelettes qui sont inefficaces contre les aérosols infectieux.

Plus la science avance, plus la généralisation du port du masque dans les lieux clos devient une évidence si l’on veut éviter une nouvelle période de confinement à domicile. Une voie choisie d’emblée par nos voisins allemands et couronnée de succès jusqu’à présent.

Des médecins français se mobilisent en faveur d’une obligation du port du masque

Face à ces constats, largement corroborées par de nombreuses études de cas et expérimentations, des médecins Français ont décidé de lancer, au moment où nous écrivions ces lignes, une pétition visant à imposer le port du masque dans les lieux clos.

« Avant même que ce risque aérosol ne soit validé par l’OMS, l’Allemagne a imposé la généralisation du port du masque dès la fin avril en lieu public clos, mesure actuellement plébiscitée par une majorité d’Allemands qui s’opposent à sa levée (87 %, sondage ZDF du 10 juillet). Une étude portant sur la ville de Jena établit une réduction de 40 % à 60 % du taux de croissance épidémique suite à cette introduction du port de masque. Dans les pays ayant adopté massivement le port de masque pendant le pic épidémique du printemps, la mortalité par habitant a augmenté de 7,2 % par semaine, contre 55 % par semaine dans ceux qui ne le préconisaient pas (étude portant sur 198 pays).

Le port du masque est notre meilleure protection contre la propagation du SARS-CoV-2. Au nom des personnes à risque de formes sévères (qui parfois restent confinées), au nom des soignants qui ont déjà trop souffert de la crise du printemps dernier, nous demandons que celui-ci soit rendu obligatoire, pour tous, dans tous les lieux publics clos, sans attendre une éventuelle deuxième vague. 

Nous demandons également à tous les personnages publics de s’astreindre à donner l’exemple dans toutes leurs activités, systématiquement et sans exception. »

Voir la pétition sur Change.org

Voir l'étude de Santé Publique France

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