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THS de la ménopause : risque accru de cancer du sein avec l'association œstrogène-progestatif

En matière de traitement hormonal substitutif (THS) de la ménopause, le progestatif, non seulement ne protège pas, mais semble augmenter le risque de cancer du sein. Tel est le message d’une étude américaine parue dans le JAMA qui montre que le risque relatif augmente, en fonction de la durée d’utilisation, nettement plus vite chez les femmes qui prennent une association œstrogène-progestatif que chez celles qui utilisent les seuls estrogènes.

Les résultats du Dr Catherine Schairer et ses collègues de la division d’épidémiologie des cancers et de génétique du National Cancer Institute (NIH, Bethesda, Maryland) s’appuient sur l’analyse de données provenant de la cohorte Breast Cancer Detection Demonstration Project (BCDDP), un programme national de dépistage du cancer du sein. Au total, 46.355 femmes ménopausées, d’âge moyen 58 ans, y ont participé.

Les principaux types d’estrogènes utilisés étaient des estrogènes conjugués (Premarin), contrairement à ce que l’on observe en France où l’on utilise essentiellement le 17ß-estradiol. L’acétate de médroxyprogestérone (MPA) était le principal progestatif. Ce dernier est peu utilisé dans notre pays. On peut aussi noter que l’on pratique volontiers en France des fenêtres thérapeutiques pour favoriser le phénomène d’apoptose.

Au cours du suivi moyen de 10,2 ans, 2.082 cas de cancer du sein ont été identifiés. L'excès de risque associé à la prise d’estrogènes seuls et d’œstro-progestatifs étaient largement limités à l’utilisation récente d’hormones (utilisation actuelle et au cours des 4 années précédentes). Les risques relatifs étaient respectivement de 1,2 [IC 95 % : 1,0-1,4 ] et de 1,4 [IC 95 % : 1,1-1,8].

Le risque relatif de cancer du sein augmentait de 1 % chaque année d’utilisation (RR=0,01) [IC 95 % : 0,002-0,03] pour les œstrogènes seuls, mais de 8 % (RR=0,08) [IC 95 % : 0,02-0,16] pour chaque année d’utilisation pour les œstro-progestatifs, après ajustement pour le dépistage, l’âge de la ménopause, l’indice masse corporelle (BMI).

Parmi les femmes minces avec un BMI de 24,4 kg/m2 ou moins, et utilisatrices récentes d’hormones, l’augmentation du risque relatif par année d’utilisation des estrogènes seuls était de 0,03 [IC 95 % : 0,01-0,06] et de 0,12 [IC 95 % : 0,02-0,25] pour celles qui prenaient des œstro-progestatifs. Chez les femmes plus fortes, le risque n’augmentait pas avec l’utilisation de l’une ou l’autre hormonothérapie substitutive.

Ces résultats sont à rapprocher de ceux publiés en 1997 dans le Lancet par le Collaborative Group on Hormonal Factors in Breast Cancer qui avait réanalysé les données de 51 études épidémiologiques sur 52.705 femmes avec cancer du sein et 108.411 femmes sans cancer du sein.

Les auteurs rapportaient que chez les utilisatrices actuelles de THS et celles qui ont cessé de prendre ce traitement depuis 1 à 4 ans, le risque relatif de cancer du sein augmentait d’un facteur 1,023 [IC 95 % : 1,011-1,036] par année d’utilisation des hormones. Ce risque relatif est de 1,028 [IC 95 % : 1,021-1,034] par année de retard de ménopause naturelle.

Pratiquement, ceci revient à dire aux patientes que l’on compte 2 cancers du sein en plus sur 1.000 femmes qui prennent un traitement hormonal substitutif pendant 5 ans, 6 cancers en plus pour 1.000 femmes traitées pendant 10 ans, et 12 cancers en plus pour 1.000 femmes traitées pendant 15 ans.

Source : JAMA, 26 janvier 2000, Vol.283, N°4, 485-91, 534-5.

Descripteur MESH : Risque , Tumeurs du sein , Ménopause , Association , Hormonothérapie substitutive , Femmes , France , Études épidémiologiques , Génétique , Hormones , Maryland , Médroxyprogestérone

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