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Cancer et facteurs de risque cardio-vasculaires : l’importance d’une prise en charge parallèle

illustrationAlors qu’en l’an 2000, les maladies cardio-vasculaires constituaient la première cause de mortalité, c’est désormais le cancer qui est passé devant en France, mais il reste suivi de près par les maladies cardio-vasculaires. L’âge médian au moment du diagnostic est de 68 ans chez les hommes et 67 ans chez les femmes (1). Or, c’est vers cet âge que les maladies et facteurs de risque cardio-vasculaires présentent également une importante prévalence.

Bien que les facteurs de risque cardio-vasculaires (FdR-CV) sont désormais bien reconnus, l’annonce d’un cancer occulte souvent les autres soucis de santé. La prise en charge de celui-ci devient primordiale et le contrôle des FdR-CV arrive alors au second plan, voire est parfois oublié par le patient, ainsi que par l’oncologue.

  1. Facteurs de risques communs

En France, comme au niveau mondial, l’incidence des cancers diffère selon le sexe puisque le plus fréquent chez l’homme est le cancer de la prostate et chez la femme le cancer du sein. Tous sexes confondus, le cancer du poumon, le cancer colorectal, le cancer du sein et celui de la prostate représentent les quatre cancers les plus mortels avec respectivement en 2017, 30 991 décès, 17 684 décès, 11 883 décès et 8 207 décès (2).

En examinant les facteurs de risque de ces principaux cancers, il ressort que risques cardio-vasculaires et risques de cancer sont souvent liés. Effectivement, les principaux facteurs de risque communs sont :

– l’âge : facteur de risque de cancer de prostate et de cancer colorectal notamment.

– le tabagisme : facteur de risque de cancer du poumon, de cancer du sein, et de cancer colorectal principalement

– le surpoids : facteur de risque de cancer du sein et de cancer colorectal.

– De façon moins connue, le diabète, le surpoids, la sédentarité ainsi que le tabagisme sont des facteurs de risque d’autres cancers tel que le cancer du pancréas.

  1. Complications cardio-vasculaires liées au cancer et à son traitement

Grâce aux avancées thérapeutiques, la mortalité globale par cancer s’est vue considérablement diminuer ces trente dernières années. De ce fait, nous observons de plus en plus de patients dits « longs survivants ». Parallèlement, avec l’allongement de l’espérance de vie, les maladies cardio-vasculaires sont de plus en plus présentent dans la population générale et chez les personnes ayant vaincu le cancer. Incontestablement, après avoir vaincu le cancer, le vieillissement poursuit son cours et ses dégâts sur l’organisme, les maladies cardio-vasculaires apparaissent alors souvent dans les mois, voire les années suivant la rémission puis la guérison du cancer.

Les traitements combattants le cancer, tels que certaines chimiothérapies, thérapies ciblées, hormonothérapies, immunothérapie ou encore dans certains cas, la radiothérapie, seuls ou en association, peuvent avoir un impact délétère direct ou indirect sur le système cardio-vasculaire. Ces traitements sont qualifiés de cardiotoxiques. Les effets cardiotoxiques peuvent être observés quasi immédiatement dans certains cas, mais dans la majorité des situations, ils induisent une altération du système qui ne devient visible que dix à quinze ans plus tard. De ce fait, l’antécédent de certains traitements contre le cancer chez un patient doit être considéré comme un facteur de risque cardio-vasculaire.

La société européenne de cardiologie (ESC) a retranscrit les principaux effets indésirables liés au traitement anticancéreux dits cardiotoxiques, à savoir : une dysfonction ventriculaire gauche avec ou sans insuffisance cardiaque, une hypertension artérielle systémique, une ischémie myocardique, des accidents artériels ou veineux thrombo-emboliques, une artériopathie périphérique, une hypertension artérielle pulmonaire, ou encore des valvulopathies pour les plus représentées (3).

Les principales molécules anticancéreuses incriminées dans la dysfonction ventriculaire gauche sont :

– les anthracyclines : tels que la Doxorubicine et l’Epirubicine : chimiothérapies classiques dans la prise en charge de nombreux cancers, notamment dans le cancer du sein). Leur toxicité cardiaque est dose-dépendante et cumulative.

– les agents alkylants : tels que les sels de platine (cisplatine principalement, carboplatine et oxaliplatine à moindre mesure) utilisés dans de nombreux cancers, ou encore la Mitomycine utilisée dans les cancers colorectaux.

– les anti-métabolites : tels que la Capécitabine, le fluorouracile ou la gemcitabine utilisés dans de nombreux cancers comme les cancers colorectaux ; ou encore le pémétrexed utilisé dans les cancers bronchiques.

– le trastuzumab (Herceptin) : anticorps anti-récepteurs HER2, communément utilisé dans les cancers du sein avec récepteurs HER2 positif.

– les inhibiteurs de la voie du VEGF dits anti-angiogéniques, ayant pour but d’inhiber la croissance vasculaire, tels que le Bevacizumab (Avastin) utilisé dans le traitement de cancers bronchiques, colorectaux ou du sein entre autres.

– les inhibiteurs du protéasome, tel que le bortézomib, utilisé dans le traitement du myélome multiple.

L’utilisation d’une de ces molécules en association ou associées à de la radiothérapie aux alentours du cœur, comme dans le traitement d’un cancer du sein, peut majorer significativement le risque de maladies cardio-vasculaires dans les années suivant le traitement.

  1. Importance d’une prise en charge cardio-vasculaire chez les patients atteints de cancer : Dépistage, prévention primaire et secondaire, et suivi

Effectivement, les facteurs de risque cardio-vasculaire et certains facteurs de risque de cancers sont communs ou liés. La prise en charge de ces facteurs chez un sujet n’ayant pas encore développé de maladie avérée pourrait donc réduire le risque de développer tant une maladie cardiaque qu’un cancer. Il est donc primordial de mettre en place un système de dépistage et surtout une prévention primaire de ces facteurs.

De même, nous avons vu que, par exemple l’arrêt du tabac chez une femme en rémission de son cancer du sein, permettrait de réduire son risque de problème cardiaque au long cours. Idéalement, la prise en charge de ces facteurs au moment du diagnostic permettrait d’envisager des traitements cardiotoxiques nécessaires à la prise en charge du cancer, sans majorer de façon significative le risque cardiaque au décours, puisque l’effet toxique du traitement serait réduit.

Après traitement d’un cancer, il a été établi que l’arrêt du tabac, de même qu’un mode de vie actif, une limitation de la sédentarité, la reprise d’exercices physiques, mais également une alimentation saine sont tous des éléments importants dans la réduction de la mortalité globale.

  1. Mise en place du pôle cardio-oncologie à l’Institut de Radiothérapie Hartmann et à la clinique Ambroise Paré

Comme dit précédemment, un cancer peut occulter l’importance du contrôle des facteurs de risque et maladies cardio-vasculaires chez un sujet pourtant connu comme à risque cardiaque avant la prise en charge de la maladie cancéreuse.

Ainsi, la cardio-oncologie est une « surspécialité », qui devrait être impérativement développée dans la prise en charge générale de toute personne traitée pour un cancer.

C’est pour cela que l’institut Hartmann et la Clinique Ambroise Paré développent actuellement conjointement un pôle de cardio-oncologie ayant pour objectifs :

– Une sensibilisation de la population (campagnes de sensibilisation) portant sur les liens étroits entre facteurs de risque cardio-vasculaire et cancer.

– Un dépistage des facteurs de risque et maladies cardio-vasculaires lors du diagnostic de cancer (notamment cancer du sein) avec un électrocardiogramme systématique, mais également un examen clinique ainsi qu’une échocardiographie avec évaluation de la fraction d’éjection du ventricule gauche, avant toute mise en place d’agents potentiellement cardiotoxiques.

– Un avis spécialisé par des cardiologues avant toute mise en place de traitements anticancéreux cardiotoxiques chez les patients à risque.

– Un suivi parallèle, tout au long de la prise en charge oncologique, du patient par un cardiologue, en cas de risques cardio-vasculaires avérés.

– Un accompagnement au long cours, lors de la phase de rémission et après guérison du cancer, des facteurs de risques et maladies cardio-vasculaires des patients traités.

– Le développement du pôle de recherche en cardio-oncologie.

Bibliographie

  1. Données globales d’épidémiologie des cancers — Epidémiologie des cancers [Internet]. [cited 2020 Oct 3]. Available from: https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/Les-chiffres-du-cancer-en-France/Epidemiologie-des-cancers/Donnees-globales
  2. Projection de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine en 2017. Rapport technique. : 80.
  3. Prise de position 2016 de la Société européenne de cardiologie sur la toxicité cardiovasculaire des traitements anticancéreux (cardio-oncologie). Arch Mal Cœur Vaiss — Prat. 2017 Mar 1 ; 2017 (256) : 27–8.

Docteur Pauline CASTELNAU MARCHAND

Oncologue Radiothérapeute

Docteur Alain TOLEDANO

Oncologue Radiothérapeute

Institut de Radiothérapie et de Radiochirurgie H. Hartmann

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