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Des tétracyclines pour réduire le caractère infectieux des prions

Une équipe de chercheurs italiens vient de montrer que des tétracyclines peuvent diminuer le potentiel infectieux des prions. Des extraits de cerveaux infectés par le prion ont été traités avec ces antibiotiques avant de les injecter à des hamsters. Cette démarche a permis d’allonger la durée de vie des animaux infectés. L’effet observé n’est pas lié au pouvoir antibactérien des tétracyclines mais plutôt à une modification de la résistance des prions aux protéases.

Il n’existe aujourd’hui aucun traitement efficace contre les maladies à prions. On admet que ces pathologies sont étroitement liées à des formes de la protéine prion qui sont devenues résistantes aux protéases. Ces prions infectieux que l’on nomme PrPSc jouent un rôle central dans la transmission de ces maladies et dans leur physiopathologie.

Dans un article qui paraîtra prochainement dans les colonnes de la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences, un groupe italien démontre que les tétracyclines, des antibiotiques largement utilisés, pourraient éventuellement inactiver certains produits infectés par une souche de prion infectieux.

Gianluigi Forloni (Institut de recherche pharmacologique Mario Negri, Milan) et ses collaborateurs ont étudié l’effet de la tétracycline et de la doxycycline sur les prions.

Une première série d’expériences a été menée sur des PrPSc isolés sur des patients décédés du nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob et sur du bétail frappé d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). PrPSc résiste normalement à l’action des protéases mais les auteurs ont montré que cette résistance diminuait très significativement lorsque PrPSc était préalablement incubé en présence de tétracycline ou de doxycycline. La diminution de cette résistance à la protéinase K dépendait de la dose d’antibiotique employée.

Restait à savoir si ces tétracyclines pouvaient réduire le potentiel pathogène de tissus infectés par le prion. C’est effectivement le cas. Les chercheurs italiens ont pour cela utilisé un modèle d’infection chez le hamster. Ces animaux ont été infectés par un homogénat cérébral infectieux ou par le même homogénat mais en présence de tétracycline ou de doxycycline.

Les animaux infectés par l’homogénat traité par tétracycline ont développé les premiers signes de la maladie plus tard et ont survécu plus longtemps que les animaux qui ont reçu le matériel infectieux non traité. Ce délai était corrélé à un retard dans l’accumulation de PrPSc.

Globalement, ces résultats indiquent que les tétracyclines peuvent réduire le potentiel infectieux de souches pathogènes de prions. Le mécanisme biologique sous-jacent n’est pas totalement élucidé mais l’action antibiotique des tétracyclines n’est pas en jeu. La tétracycline se fixerait directement sur PrPSc et modifierait ainsi sa sensibilité aux protéases.

Source : Proc Natl Acad Sci USA 2002, early edition. www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.162195499

SR

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