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Greffe de tissu ovarien : une procédure relativement codifiée

Les étapes de prélèvement, congélation, décongélation, qui précèdent la réimplantation du tissu ovarien chez une femme antérieurement traitée par chimio ou radiothérapie répondent à une stratégie expérimentale que des travaux chez l'animal ont permis ces dernières années de bien codifier.

Bien que les détails de la procédure de l'autogreffe de tissu ovarien pratiquée sur une américaine de trente ans n'aient pas encore été dévoilés par le Dr Kutluk Oktay (New York Methodist Hospital), ni par celui qui l'a mise au point, le Pr Roger Gosden de l'Université de Leeds (Grande-Bretagne), ils ne sauraient grandement s'écarter des méthodes utilisées lors des expériences antérieurement réalisées chez la brebis.

Le prélèvement de l'ovaire a lieu sous anesthésie générale lors d'une coelioscopie. Seul le cortex de l'ovaire est conservé et découpé en de nombreux fragments, qui dans le cas présent faisaient probablement un millimètre carré. Les minuscules greffons sont alors placés dans un milieu de culture auquel on ajoute un cryoprotecteur.

Les tubes renfermant le tissu ovarien sont ensuite placés dans une chambre froide à 4°C, puis entreposés dans un congélateur dont la température est abaissée par paliers successifs jusqu'à atteindre - 140°C, et enfin stockés dans un container d'azote liquide à -196°C.

Un chapelet de tissu ovarien

Le Dr Kutluk Oktay, chirurgien américain d'origine turque, a indiqué qu'il avait décongelé 60 des 72 fragments de tissu ovarien. Il les a ensuite lavé pour les débarrasser du cryoprotecteur et les a réuni en une chaine, sans doute en les enfilant sur un fil très fin de façon à confectionner une sorte de chapelet.

Le chirurgien a procédé à l'implantation des fragments sur la paroi pelvienne de sa patiente lors d'une coelioscopie, tout près de la fossette ovarienne.

Il est fort probable que les multiples fragments de tissu ovarien aient été fixés par des fils résorbables sur le feuillet postérieur du ligament large, à moins qu'ils n'aient été arrimés derrière l'utérus sur les ligaments utéro-sacrés. En tout état de cause, la greffe réalisée au New York Methodist Hospital a donc été pratiquée en son site naturel (greffe orthotopique).

Tous les fragments de tissu ovarien prélevés chez la patiente américaine n'ont donc pas été greffés. Au cas où la greffe ne prendrait pas, les chirurgiens pourraient les réimplanter en les greffant peut-être à un autre endroit. De plus, si les fonctions ovariennes venaient à s'épuiser après quelques années, il resterait du tissu [12 fragments] pour une autre greffe, explique-t-on au New Methodist Hospital.

On indique que l'intervention a durée quatre heures, une durée très longue pour ce type de procédure, mais qui pourrait s'expliquer par le fait que la patiente, plusieurs fois opérée, présente sans doute un bassin très remanié avec présence de multiples adhérences, mais aussi par le choix de pratiquer une coelioscopie afin de réduire la taille de l'incision.

Ménopause précoce

La greffe a été réalisée le 18 février dernier sur Margaret Lloyd-Hart, une danseuse vivant à Tucson (Arizona) mariée depuis l'âge de 18 ans à un astrophysicien britannique. Elle souffrait de ménopause précoce depuis l'ablation des ovaires. La première opération fut réalisée car elle souffrait d'une pathologie kystique survenue à l'âge de 17 ans. Elle devait cependant collectionner les problèmes gynécologiques en développant une endométriose à l'âge de 23 ans. Enfin, l'an dernier, elle a souffert d'une pathologie ovarienne, présentée comme bénigne, qui motiva l'ablation de l'ovaire restant.

Cette patiente aurait alors cherché, via Internet, s'il était possible de conserver son unique ovaire. Reste qu'il est difficile de comprendre la raison pour laquelle l'ovaire restant a été enlevé (sauf s'il s'agissait en fait d'un cancer) et celles qui ont poussé l'an dernier un centre de l'Université de l'Arizona à pratiquer la congélation de cet organe.

Trois mois après l'autogreffe, le Dr Oktay a décidé de procéder à une stimulation hormonale par injections de FSH afin de montrer si le tissu ovarien réimplanté était capable d'ovuler, peut-on lire dans le Daily Telegraph, quotidien britannique qui a révélé la première mondiale. Onze jours après la stimulation, le premier follicule devait commencer à libérer des estrogènes et à se développer. Une seconde stimulation par HCG devait alors déclencher l'ovulation, avec augmentation concomitante du taux de progestérone.

La patiente greffée ne veut pas d'enfant

Le plus étonnant est sans doute que Margaret Lloyd-Hart, dont les cycles ovariens n'ont semble-t-il pas spontanément repris, déclare aux médias que pour le moment, (elle) ne veut pas du tout d'enfant. Elle désire uniquement retrouver un bien-être qu'elle a perdu depuis l'ablation chirurgicale de son deuxième ovaire et qui a entrainé des symptômes très pénibles liés à une ménopause précoce.

Chez cette patiente, souligne le Dr Yves Aubard, spécialiste français des greffes de tissu ovarien (CHU de Limoges), le risque est que le tissu ovarien s'épuise très rapidement. Il se peut qu'elle n'ait plus assez de tissu greffé si elle attend quatre à cinq ans avant de vouloir un enfant, et ce d'autant qu'il ne reste que seulement douze fragments pour une seconde greffe.

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