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L’attribution du Prix Nobel de médecine critiquée par des chercheurs

Comme chaque année ou presque, l’attribution du Prix Nobel de médecine Nobel n’a pas manqué d’être critiquée par certains spécialistes du domaine de recherche en question.

Cette année, le prix a été attribué à Günter Blobel de l’Université Rockefeller à New York pour ses travaux sur “les signaux internes des protéines commandant leur transport et leur localisation dans la cellule”.

“Mon sentiment, partagé par d’autres chercheurs, est que d’autres personnes auraient pu être associées avec Günter Blobel pour avoir fait des contributions plus importantes que lui dans certains domaines dans lesquels il a travaillé”, déclare à caducee.net un biologiste cellulaire travaillant en région parisienne qui préfère garder l’anonymat.

Il estime notamment que Tom Rapoport, un chercheur berlinois qui n’a pu être nommé professeur dans son pays et a choisi d’immigrer aux Etats-Unis où il occupe aujourd’hui un poste très en vue au département de biologie moléculaire de l’Université de Harvard (Boston), aurait dû être honoré par le Prix Nobel.

De même, les noms de Godfried Schatz (Biozentrum de l’Université de Bâle) et Walter Neupert (Institut de chimie physiologique de l’Université de Munich) reviennent souvent dans la bouche de spécialistes des phénomènes de translocation des protéines, ne souhaitant pas eux aussi être cités. Ces deux chercheurs se sont illustrés dans le domaine du transport des protéines dans la mitochondrie. Un dernier nom, et pas des moindres, est souvent cité : celui de Jim Rothman, directeur de recherche au Memorial Sloan Kettering Cancer Center à New York.

Il se trouve ainsi quelques chercheurs pour estimer que Günter Blobel n’aurait pas dû être l’unique lauréat du Prix Nobel. D’autant, font-ils remarquer, que “Blobel n’a pas toujours su interpréter ses données correctement”, d’autres chercheurs travaillant dans le même domaine ne pouvant pas toujours confirmer ce qu’il avançait.

Comme l’explique un chercheur, “le grand avantage de Blobel a été qu’il a travaillé dans plusieurs domaines alors que pratiquement tous les autres chercheurs se sont consacrés quasiment exclusivement à l’étude d’un domaine particulier : mitochondrie, bactérie, réticulum endoplasmique, ou à des systèmes de transport des protéines très particuliers comme dans le transport vésiculaire”.

Blobel aurait donc pu recevoir le Prix Nobel car il était plus touche-à-tout que les autres, s’intéressant à la localisation des protéines nouvellement synthétisées dans de nombreux compartiments cellulaires.

Un prix amplement mérité pour la majorité

Il se trouve cependant plus de scientifiques pour penser que “Blobel mérite d’être seul honoré” par le jury de Stockholm.

”Blobel n’a pas seulement eu l’idée visionnaire de savoir comment s'opèrent le transport et la localisation des protéines à l’intérieur de la cellule, il a également trouvé les moyens pour le vérifier. Il a ainsi mis au point des tests in vitro qui faisaient appel à des composants cellulaires reconstitués et ont permis de faire des avancées majeures dans la compréhension du fonctionnement de la machinerie cellulaire”, souligne Ulf Nehrbass qui travaille sur la translocation des protéines chez les eucaryotes

Pour ce chercheur allemand, responsable de laboratoire dans le département de biologie moléculaire à l’Institut Pasteur (Paris) et ancien post-doc dans le laboratoire Günter Blobel, les autres chercheurs, malgré leur apport respectif à la compréhension du sujet, n’ont fait que suivre les traces laissées par Blobel qui de plus persévéra dans cette voie de recherche.

Pour ce chercheur, comme pour le Pr Daniel Louvard (Institut Curie, Paris) et d'autres, “ce prix a de toute façon l’immense mérite de rappeler à l’ensemble de la communauté scientifique l’apport passé, mais aussi à venir, de la biologie cellulaire, une discipline parfois considérée comme mineure vis-à-vis de la toute puissante et médiatique biologie moléculaire”.

Un prix forcément injuste

A bien y réfléchir, l’attribution d’un Prix Nobel est forcément injuste pour ceux qui ont largement contribué à l’avancée des connaissances dans un même domaine, tant il est vrai qu’une découverte n’est rarement, sinon jamais, l’oeuvre d’un seul chercheur, si brillant soit-il.

Enfin, il convient de ne pas perdre de vue que le Prix Nobel ne pouvant être décerné à plus de trois chercheurs, il aurait été de toute façon bien difficile à l’Assemblée Nobel de l’Institut Karolinska de se prononcer.

Cette année, le comité Nobel a donc renoncé à "faire le tri" entre des chercheurs qui ont pu chacun contribué à élucider les mécanismes d’adressage des protéines.

Cela dit, l’opinion ne peut être qu'unamine sur un point : Blobel est bien le seul chercheur travaillant sur le sujet dont le nom rime avec Nobel.

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