Tensions fortes sur l’Amoxicilline jusqu’en mars 2023 : l’OTMeds déplore le manque de proactivité de l’ANSM

Tensions fortes sur l’Amoxicilline jusqu’en mars 2023 : l’OTMeds déplore le manque de proactivité de l’ANSM L’ANSM a révélé le 18 novembre dernier l’existence de fortes tensions sur les stocks d’amoxicilline. Très prescrit auprès des enfants en cas d’otite ou d’angine bactérienne, cet antibiotique commence à manquer dans certaines pharmacies et la situation ne devrait pas s’améliorer avant mars 2023.

Sont particulièrement concernées suspensions buvables en flacon, qui sont majoritairement prescrites en ville chez les enfants.

  • Clamoxyl (amoxicilline) et génériques (dosages 125 mg/5 ml, 250 mg/5 ml et 500 mg/5 ml) ;
  • Augmentin (amoxicilline/acide clavulanique) et génériques (dosage 100 mg/12,5 mg/ml).

« Nous mettons tout en œuvre pour sécuriser au mieux la situation et garantir la couverture des besoins des patients, en lien avec les associations de patients et les professionnels de santé. Dans ce contexte, la prescription comme l’utilisation à bon escient de ces antibiotiques sont essentielles. Nous rappelons que les antibiotiques n’ont aucune efficacité contre les infections virales, dont les bronchiolites, la grippe, le Covid-19, les rhinopharyngites et la grande majorité des angines et des otites. »

Ces tensions concernent toute l’Europe, le Canada et les États-Unis.



« 2 160 ruptures de stock en 2021 contre 871 en 2018 » selon l’académie de pharmacie

L’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament (OTMeds) déplore le manque de proactivité des autorités sanitaires ces dernières semaines, et d’une manière générale depuis plusieurs années, pour prévenir les ruptures et pénuries qui mettent la vie des usagers et des malades en danger.

«Ce qui nous inquiète, c’est que par effet domino, ça touche tous les médicaments de cette classe thérapeutique»,

L’alerte lancée ce matin par l’Agence du médicament (ANSM) est très tardive : cela fait des semaines que les médias américains titrent sur les pénuries et tensions de l’amoxicilline, cet antibiotique très courant. Cela interroge sur la réactivité et la proactivité de notre système de veille.

Depuis plusieurs semaines, cliniciens et praticiens hospitaliers alertent sur les tensions qui touchent cette classe thérapeutique. OTMeds a enquêté auprès de différents acteurs clefs du secteur thérapeutique et lancé des alertes en sous-marin pendant cette période pour analyser les causes spécifiques pouvant expliquer ces ruptures.

Les mesures mises en place par les autorités sanitaires françaises pour faire face aux pénuries reposent principalement sur une limitation de l’usage des antibiotiques jusqu’à la livraison du prochain stock début 2023. Elles sont donc tardives et ne s’attaquent pas aux causes structurelles, car sans augmentation de la production, la marge de manœuvre est très réduite.

Les associations de patients et la société civile ont été mises devant le fait accompli de décisions prises sans eux. Sans s’appuyer sur la démocratie sanitaire, les politiques risquent de ne pas être aussi efficaces que si elles avaient été anticipées.

L’effet domino causé par le recours à des antibiotiques de substitution doit être anticipé, pour réduire le risque d’autres pénuries, mais aussi celui des résistances, causées par des mésusages.

D’autres classes thérapeutiques risquent d’être affectées.

Les tensions et pénuries sont en partie dues à une augmentation de la demande qui était prévisible au vu de la persistance du COVID et la prégnance des épidémies saisonnières qui peuvent générer des infections bactériennes.

Avec le COVID, les besoins d’antibiotiques avaient baissé. Guidée par des logiques commerciales d’offre et de la demande, qui entrainent une production à flux tendu, la fabrication d’antibiotiques avait suivi à la baisse et mettra du temps à s’adapter aux nouveaux besoins. Il est nécessaire de sortir les médicaments essentiels de cette logique marchande et de mettre en place une planification sanitaire.

La concentration de la production de la matière première, notamment en Chine et en Inde, fragilise un peu plus la chaine d’approvisionnement. C’est d’autant plus vrai dans un contexte géopolitique tendu, sur lequel nous ne cessons d’alerter.

En parallèle, la crise de l’énergie impacte directement les producteurs de matière première pharmaceutique qui ferment des sites de production. Cette crise est partie pour durer et une production au moins en partie publique doit être lancée au plus vite et s’inscrire dans le long terme.

Les multinationales pharmaceutiques arguent du fait que le prix des médicaments serait trop bas, c’est une raison de plus pour confier la production à des acteurs publics, qui permettront d’éviter des ruptures aux conséquences dramatiques. Novartis, qui détient Sandoz, a augmenté son chiffre d’affaires et les dividendes distribués aux actionnaires. Si les industriels ne veulent pas assumer leurs responsabilités, que la puissance publique prenne enfin en charge la fabrication de ces médicaments essentiels, dans le cadre d’une production publique coordonnée au niveau européen.

 

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Crédit photo : DepositPhotos

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