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Greffe de tissu ovarien : tout a commencé chez la brebis

La première autogreffe de tissu ovarien humain, annoncée la semaine dernière à Toronto (Canada), a été précédée de plusieurs années de recherche sur plusieurs espèces animales, dont la brebis.

La greffe de tissu ovarien effectuée sur une américaine de 30 ans, Margaret Llyod-Hart, survient après une série de travaux principalement menés sur la brebis, mais également chez la souris, le rat et le singe marmouset. Elle a été réalisée par le Dr Kutluk Oktay, spécialiste en endocrinologie de la reproduction et en stérilité au département d'obstétrique et de gynécologie au New York Methodist Hospital.

Ce médecin a appliqué les techniques mises au point chez la brebis par l'équipe du Pr Roger Gosden, chercheur en biologie de la reproduction à l'Université de Leeds (Grande-Bretagne) et leader mondial de la recherche sur la cryopréservation de tissu ovarien.

Pour expliquer qu'on n'arrête pas le progrès en matière de médecine de reproduction, le dernier livre du Pr Gosden porte un titre clin d'oeil et provocateur : 'Designer Babies : the Brave New World of Reproductive Technology'. Ce chercheur britannique, qui déclare aux médias de plus en plus mal supporter le climat de défiance du public vis-à-vis des recherches de pointe en biologie, notamment en matière d'OGM, a choisi de quitter la Grande-Bretagne pour aller poursuivre ses travaux loin du Royaume-Uni, à l'Université McGill de Montréal à partir de novembre prochain.

Pour le Pr Gosden, la brebis est un bon modèle expérimental car la taille et la composition de ses gonades ressemble à celles de l'ovaire humain.

Des problèmes à résoudre

Ce chercheur avait déjà obtenu chez une brebis une grossesse à terme à partir d'une ovulation provenant de tissu ovarien ovin cryoconservé. Son équipe avait même eu la surprise de compter une autre grossesse, inattendue celle-là, chez une brebis greffée deux ans auparavant qui avait réussi à s'échapper de son enclos et rencontré un mouton vagabond !

Reste que restaurer la fertilité naturelle d'une ou deux brebis ne saurait signifier que tous les problèmes ont été résolus. A cet égard, les expériences menées chez la brebis par l'équipe du Dr Yves Aubard en collaboration avec les chercheurs de l'INRA (Nouzilly), et publiées en avril dernier dans la revue Human Reproduction, montrent que bien des difficultés meurent.

En effet, bien que les follicules greffées se développent et arrivent à maturation, cela ne suffit pas forcément à induire une grossesse. Les greffons implantés en position naturelle, en l'occurrence sur la corne utérine, se sont recouverts de péritoine.

Ces fragments ovariens péritonisés ont empêché la reprise d'une fertilité spontanée, les ovocytes pondus restant dans l'ovaire et ne pouvant donc gagner la trompe utérine.

De plus, après fécondation in vitro, le rendement était très faible : de rares ovocytes ont produit des embryons de 4 à 6 cellules, mais aucun ne s'est développé au delà du stade de blastocyste.

Au total, au vu des seuls résultats obtenus à ce jour chez la brebis, rien ne semble donc acquis chez la femme. C'est donc bien la première naissance d'un enfant issu d'un ovocyte cryopréservé au stade de follicule primordial qui constituera, sans doute dans les mois qui viennent, la véritable percée dans le domaine de l'autogreffe de tissu ovarien humain.

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