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Psychologie et travail en entreprise : est-ce compatible ?

illustrationComment s’épanouir dans le milieu du travail ? Comment ne pas craquer, stresser, s’y brûler (burn) ? Comment redonner une vraie valeur au travail ?

Quand elle arrive dans son service, Elsa passe voir un à un ses collègues pour leur dire bonjour. Tout le monde lui répond même ceux qui ont déjà la tête rivée sur leur ordinateur !

Sabine, hier, demande à un collègue le prénom d’un autre : « ça ne sert à rien, il part dans un mois ! ». Voilà ce que cette personne a répondu, « ça ne sert à rien ! ».

Lucas en télétravail reçoit souvent, voire trop souvent, un SMS ou plusieurs de son cadre supérieur en dehors de ses horaires. Même en arrêt maladie, Lucas revient travailler alors qu’il est pourtant à la limite du burn-out !

La psychologie au travail, parlons-en !

Quand on parle du vivre-ensemble au travail, c’est l’entreprise dans son ensemble qui est concernée : les employés, ouvriers, managers, employés du service des ressources humaines, etc.
Nous passons plus de temps au travail ou à en chercher, que d’aller danser, courir, se promener, lire et aimer. Pourtant, c’est sur son lieu de travail que souvent les rencontres se font. On nous parle de la souffrance au travail alors du plaisir est censé y être partagé, celui de faire du bon travail reconnu, de recevoir des retours positifs. Désormais, quid du télétravail où nous restons souvent seuls derrière un écran en attendant la venue d’un livreur de repas pour nous offrir peut-être une ouverture vers le dehors, pour nous entendre dire « Bonjour ! » ou « Merci ! », recevoir un sourire (derrière un masque).

C’est aussi sur le lieu du travail où les conflits émergent et les tensions montent. Nous souffrons sérieusement de la déstructuration du vivre-ensemble à la tête des entreprises, des administrations…
Vivre-ensemble, coopérer, travailler, se réunir, dialoguer… Ce sont des mots qui semblent obsolètes, dépassés alors que la traçabilité, la qualité et l’évaluation des performances sont les nouveaux éléments du vocabulaire d’entreprise depuis un certain temps.

Et la psychologie dans tout ça ? Elle n’est pas oubliée, on la range dans le tiroir des risques psychosociaux. Par exemple, plutôt que de régler une injustice au travail liée aux formes de management, on met en place des cellules de crise et on adresse les salariés au médecin du travail (quand il y en a un !).

Sommes-nous malades du travail ?

Les troubles musculo-squelettiques, les accidents du travail sont toujours nombreux dans beaucoup d’entreprises. Les gestes, les postures sont étudiés, disséqués, mais dans la majorité des cas les salariés ne sont pas concertés, ou trop peu, sur les nouvelles méthodes de travail, les nouvelles machines… Le rythme et les horaires peuvent générer de la souffrance. D’ailleurs, le droit de retrait d’une situation dangereuse est une grande avancée du droit du travail.

Il y a des ressorts à la souffrance au travail.

  • La terreur de la victime d’un harceleur, dans cette absence de limite où tout peut arriver, où les salariés peuvent devenir des « objets que l’on consomme ».
  • La privation du travail dans un lieu où sa seule présence n’a de sens que par le fait de travailler. En effet, le travail c’est ce qui donne son sens au fait d’être à cet endroit, en relation avec d’autres dans un but précis. Le risque est celui de l’aliénation mentale par la privation de relation, de parole, l’isolement du salarié, la placardisation…
  • On peut également voir des salariés à qui on ne donne pas les moyens de faire leur travail, par la confiscation de leur outil de travail ou de leur pouvoir de décision.
  • La peur pour son emploi, la peur de le perdre, la peur de ne pas être à la hauteur des enjeux ou de mal faire… La peur, tout responsable de service et tout service des ressources humaines doit en avoir conscience.
  • Le management qui interdit toute autonomie, veut tout et tout de suite… Alors que travailler ça peut d’abord être échouer. On apprend même dans ce qui ne fonctionne pas. Le geste répété, la parole apprise, la machine que l’on démarre… Tout travailleur a besoin d’un temps pour avancer dans son métier et plus il devient habile, plus il va apprécier ce qu’il fait et plus le travail sera bien fait. Se faire plaisir dans le travail est un élément clé pour la santé mentale. Mais aujourd’hui, c’est le nombre, la quantité qui est trop souvent honorée au détriment de la qualité. Standardiser des normes qualité pour une meilleure gestion détruit la créativité. L’entreprise a l’impression de faire de la qualité là où le salarié est en détresse.

Parler de la violence que l’on subit dans son travail, c’est dire sa peur, sa solitude, son impuissance, le mépris que l’on ressent. C’est également évoquer son sentiment de culpabilité : ai-je bien fait ? Est-ce de ma faute ? Ne suis-je pas responsable de ce qui m’arrive ? Les effets sur la santé sont multiples et différents selon chacun. Cela peut se manifester par un véritable état de stress post-traumatique pour certains !

Avec la période de confinement liée au Covid que nous venons de vivre, le télétravail s’est imposé dans certaines branches professionnelles. Les cadres responsables doivent être vigilants sur les difficultés d’organisation personnelle et qu’ils en parlent avec les salariés impactés. Accompagner, former et surtout laisser un temps de réflexion, d’expérimentation à ces derniers est important, tout comme leur permettre de faire un choix, un vrai choix.

La psychologie au travail, du côté du psychologue, ce sont des symptômes ou des pathologies psychosomatiques et mentales. Alors que la psychologie au travail, du côté du salarié ou du chef d’entreprise, c’est aller sur son lieu de travail pour y retrouver des collègues à qui parler, pour effectuer une activité que l’on aime et surtout pour gagner sa vie afin de pouvoir la vivre !

Pour aller plus loin :

  • Christophe Dejours « Ce qu’il y a de meilleur en nous. Travailler et honorer la vie »
  • Marie Pezé « Travailler à armes égales »
  • Charles Pépin « La rencontre. Une philosophie. »
  • « A s’en brûler les ailes » Récits de travail
  • Sophie Le Garrec « Les servitudes du bien-être au travail »

En savoir plus sur l’auteure de cet article

Liliane Beaufort est psychologue du travail et formatrice du comité Psychologue.net. Diplômée en psychologie du travail par le Conservatoire National des Arts et Métiers et titulaire du certificat de Psychopraticienne dans l’Approche Centrée sur la Personne, Mme Beaufort exerce dans le 13e arrondissement de Paris.

Descripteur MESH : Travail , Psychologie , Peur , Temps , Tête , Lieu de travail , Santé , Parole , Plaisir , Vocabulaire , Armes , Philosophie , Vie , Conscience , Emploi , Accidents , Accidents du travail , Précis , Paris , Violence , Santé mentale , Créativité , Solitude , Repas , Gestes , Sourire , Méthodes , Risque , Éléments , Maladie , Cellules

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