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Méningites bactériennes en Afrique

A la suite de missions au Sahel, l'Institut Pasteur et l'AMP* ont mis en évidence l'émergence d'un nouveau variant de méningocoque (W135) qui semble se répandre dans la "ceinture africaine de la méningite". Inquiets de cette situation, ils se sont engagés, en collaboration avec des centres de recherche en Afrique, dans un programme recherche-action de 5 ans.

* Association pour l'Aide à la Médecine Préventive

Des épidémies de plus en plus fréquentes

Les méningites bactériennes aiguës de l'enfant et de l'adulte sévissent dans le monde entier et sont majoritairement dues à trois espèces bactériennes: Neisseria meningitidis, Streptococcus pneumoniae, et Haemophilus influenzae type b. Ce sont des infections curables par antibiothérapie et des vaccins efficaces permettent de prévenir nombre d'entre elles, lorsque le diagnostic étiologique est convenablement établi. Le risque épidémique majeur est dû au méningocoque (N. meningitidis) dont 5 sérogroupes, A, B, C, Y et W135, sont les plus fréquemment incriminés dans les infections invasives transmissibles.

En Afrique, notamment dans les pays dits de la " ceinture de la méningite " (zone sub-saharienne qui s'étend de l'Ethiopie au Sénégal), des épidémies surviennent de manière cyclique chaque année (avec des épidémies de grande envergure tous les 8-12 ans). Cependant, depuis une dizaine d'années on assiste à une fréquence accrue des épidémies et à une extension hors des limites traditionnelles de la " ceinture de la méningite ". Depuis 1995, près de 500 000 cas ont été recensés avec une mortalité de 10% à 15%.

Un clone de N. meningitidis du sérogroupe A est identifié comme responsable de ces épidémies depuis 1987.

Une menace nouvelle : le variant W135

La première évidence du potentiel épidémique de N. meningitidis W135 est apparue en mars 2000, lorsque des pèlerins de la Mecque, vaccinés contre les méningocoques A et C, puis leurs contacts proches, non vaccinés, ont été atteints (Taha M.K et al. J Clin Microbiol , 2002). Les souches W135 identifiées appartenaient à un nouveau clone épidémique qui connaît depuis une expansion mondiale.

En Afrique, des cas sporadiques de méningites à méningocoques W135 ont été rapportés dès 1982. Ils n'étaient pas incriminés dans des épidémies.

Au cours de l'année 2001 une épidémie de méningite entraînant une mortalité élevée touchait les pays du Sahel : "les plus sévèrement touchés" étaient le Bénin (8995 cas, 258 décès); le Burkina Faso (13039 cas, 1813 décès); le Niger (7906 cas, 595 décès); et l'Ethiopie (6964 cas, 330 décès). Une mission Institut Pasteur- AMP, mise en œuvre sous l'égide de l'Organisation Ouest Africaine pour la Santé a été réalisée au Burkina Faso et au Niger en mars-avril 2001. La présence du sérogroupe W135 en proportion équivalente à celle du A a été ainsi mise en évidence (Taha M.K et al. J Clin Microbiol , 2002).

L'émergence de N. meningitidis W135 en tant que nouveau variant de méningocoque à potentiel épidémique pose le problème de l'adéquation des stratégies de vaccination.

Pour répondre à ce problème, il est indispensable et urgent de renforcer des systèmes de surveillance épidémiologique et d'analyse étiologique des agents infectieux responsables des situations épidémiques mais aussi inter-épidémiques. La surveillance épidémiologique des agents de méningites exige des techniques de diagnostic microbiologique infaillibles, spécifiques et transférables (exactement reproductibles) d'un laboratoire à l'autre.

Les techniques de la biologie moléculaire découlant des recherches de l'Institut Pasteur permettent de réaliser de tels diagnostics. Elles pallient aux défaillances du diagnostic par culture, notamment dans le contexte de populations éloignées du laboratoire et lors de la prise précoce d'antibiotiques.

Un programme sur 5 ans

Dans ce contexte, l'Institut Pasteur et l'AMP, et des centres de recherche au Niger, et au Burkina Faso, se sont associés pour mettre en œuvre un programme de 5 ans d'appui à la recherche et à la lutte contre les épidémies de méningites à méningocoques.

Les objectifs de ce programme visent à :

- soutenir et améliorer les capacités de surveillance épidémiologique et microbiologique des méningites en transférant les techniques de biologie moléculaire dans des laboratoires de recherche nationaux des pays concernés, avec une procédure d'assurance-qualité réalisée à l'Institut Pasteur

- assurer la formation de professionnels locaux aux techniques d'identification

- identifier et valider de nouveaux indicateurs microbiologiques pour une détection précoce des épidémies de méningite

- guider les politiques de prévention Les activités relatives à ce programme de recherche-action ont débuté dans le premier semestre 2002 pour le Burkina Faso et le Niger par un transfert de technologie de diagnostic et typages moléculaires (PCR), par la formation de biologistes locaux, et par le démarrage d'une surveillance longitudinale de tout cas suspect de méningite. Cette surveillance doit permettre de détecter sans délai l'émergence d'un clone épidémique et d'alerter les autorités de santé.

La seconde phase du programme est un projet de recherche multidisciplinaire africain. Elle inclut des études microbiologiques (diagnostic, typages et pathogénie moléculaires), des études sur l'immunité des populations et l'impact des vaccinations, la recherche de facteurs de prédisposition génétique et de cofacteurs environnementaux, notamment climatiques.

La connaissance approfondie des différents facteurs intervenant dans le processus épidémique (l'agent responsable, l'hôte, et son environnement) sera précieuse pour déterminer les choix stratégiques de lutte et de prévention pour aboutir à l'élimination des épidémies dans la " ceinture africaine de la méningite ".

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