Sport sur ordonnance : Non à une kinésithérapie à deux vitesses !

Le conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes, les syndicats et organisations professionnels expriment leur vive inquiétude quant aux possibles dérives du système de prescription d’une activité physique adaptée pour les patients atteints d’une affection de longue durée (ALD), et aux conséquences pour la santé des patients d’un amendement présenté à l’Assemblée nationale. Celui-ci prévoit en effet d’élargir à des non-professionnels de santé, les enseignants en activité physique adaptée (APA), l’accès aux patients.

Les masseurs-kinésithérapeutes, professionnels de santé, spécialistes de la rééducation, des mouvements sains adaptés aux patients et à leur pathologie, sont par nature très liés au monde du sport et soutiennent ardemment toutes les initiatives favorisant l’activité physique des Français.

Toutefois, la disposition introduite à l’article 35BisA du projet de loi de modernisation de notre système de santé, ouvre la possibilité à des professionnels du sport d’intervenir directement sur des patients lourdement atteints, sans encadrement adéquat de professionnels de santé spécialisés.

Cette mesure s’inscrit par ailleurs dans un contexte marqué par l’embauche croissante par les hôpitaux d’enseignants APA/professeurs de sport, sans aucune formation de santé, sur des postes de masseurs-kinésithérapeutes. Cet exercice accru de non-professionnels de santé auprès des patients témoigne d’une dérive dangereuse pour la santé publique et appelle des réponses fortes.

Il ne peut y avoir une kinésithérapie à deux vitesses. L’une exigeante, fondée sur 70 ans d’expertise, qui tend à être reconnue comme une profession médicale à compétences définies et en laquelle plus de 9 Français sur 10 disent avoir confiance (sondage Harris Interactive) - et une seconde pratiquée par des non-professionnels de santé, n’ayant ni les qualifications requises pour pouvoir traiter des patients sur un plan sanitaire, ni même d’obligations déontologiques.

Le développement du « sport santé » ne doit pas se faire au détriment des patients et nécessite une vraie clarification du rôle de chaque professionnel, de son champ de compétence et des interactions intelligentes à développer entre eux au bénéfice des patients.

Dans l’attente de ces clarifications, les masseurs-kinésithérapeutes ne peuvent qu’être opposés au système proposé en l’état et en appellent solennellement à Madame Marisol TOURAINE, ministre de la Santé, pour réaffirmer l’importance de la mission des professionnels de santé au service de la protection des patients.

 

Descripteur MESH : Patients , Santé , Physique , Kinésithérapeutes , Conseil , Syndicats , Confiance , Hôpitaux , Nature , Rôle , Santé publique

4 réaction(s) à l'article Sport sur ordonnance : Non à une kinésithérapie à deux vitesses !

  • MyPassion

    Grégory Meyer| vendredi 27 novembre 2015- REPONDRE


    Bonjour,
    Je suis directeur d'une des formations APA-Santé francaise. Je ne me permettrai pas de critiquer la formation de kiné que je ne connais pas parfaitement, mais je pense que l'auteur devrait ne faire de même car il n'a pas l'air de maitriser les contenus des formation APA-Santé.
    En effet, ces formations sont axées sur les déficiences et pathologies ainsi que leur prise en charge dans le cadre d'activité de réhabilitation qui sont orientées vers la santé. Les étudiants sont formés par des spécialistes de santé : des médecins, chercheurs, et certains cadres de santé mais également par des PRAG et des intervenants du milieu professionnels.
    Ils sont donc formés sur le plan théorique comme pratique pour la prise en charge de populations pathologiques. La rééducation n'est pas le coeur de métier même si certaines formations s'y intéressent par contre la réhabilitation est vraiment au centre de nos formations. J'ai peut être tord mais ayant discuté depuis pas mal de temps avec différents kinés, leur formation s'axent énormément sur la "rééducations dans le but de prévenir l’altération des capacités fonctionnelles, de concourir à leur maintien et, lorsqu’elles sont altérées, de les rétablir ou d’y suppléer."
    Il me semble également que la formation de kiné n est pas axé directement sur l'activité physique : préparation de cycles pour la réhabilitation, étapes de rééentrainement à l'effort etc...
    Je pense donc qu'il y a certaines différences entre ces formations qui permettent à chacun de trouver sa place dans la réhabilitation des patients.
    Sportivement,
    Greg Meyer
  • MyPassion

    Xavier Burin| vendredi 27 novembre 2015- REPONDRE

    Titulaire d'un master en Activité Physique Adapté et Santé je suis étonné de voir ici le contenu de cet article/lettre.

    Je suis d'abord surpris d'apprendre que les professeurs APAS ne sont pas considéré comme des professionnels de santé bien que les postes qu'ils occupent au sein des équipes pluridisciplinaires dans les hôpitaux, cliniques,IME, EHPAD et autres établissements de santé décrivent et démontrent leur légitimité.

    Il est regrettable d'observer que ce que les professionnels de la filière APAS ont reconnu comme une avancée avec la promulgation de cet amendement soit perçu comme une menace par l'ordre des masseurs kinésithérapeutes. (est-ce que la majorité des kinés partagent d'ailleurs l'avis de l'auteur? C'est me semble t'il une question intéressante)

    Je ne peux que remercier en rejoignant Mr Meyerl et inviter l'auteur de l'article à s’intéresser au contenu des formations APA aujourd'hui en France et à l'étranger. J'ai personnellement étudié 5 ans à l'université , avec 3 ans de spécialisation en activités physiques adaptées et santé. La majorité des contenus d'enseignements portent sur les pathologies et sont en lien direct avec la santé.

    Il est néanmoins avéré nous n'avons malheureusement pas 70 ans d'expérience, c'est peut être là où le bât blesse.
    Peut être que dans 70 ans l'ordre national des professionnels en APAS dénoncera comme une dérive dangereuse le fait que des animateurs de colonies de vacances non professionnels fassent faire du sport à nos enfants...

    D'ici là, la lecture de cet article me permettra d'avoir une discussion demain au travail avec les professionnels de santé de mon équipe.

    Cordialement.
  • MyPassion

    Sébastien MALCOR| dimanche 29 novembre 2015- REPONDRE

    Mesdames, Monsieurs, les kinésithérapeutes,

    Je prends note avec stupéfaction de votre intervention sur le sujet du sport sur ordonnance.

    Puisque vous nous parlez formation... Quelles compétences ont les kinés en "sport" ? Etes-vous habilités à dispenser des activités sportives ? Non.
    Vous décrivez les Enseignants APA comme ayant "aucune formation de santé" ? Détrompez-vous et renseignez-vous : les étudiants kiné et APA de Grenoble, par exemple, partagent, au sein d'un cursus STAPS et santé, de nombreux enseignements de santé et propres à l'activité physique (oui, il est possible d'unir ses forces, comme dans de nombreux établissements où la cohabitation est saine et constructive entre les deux professions).

    Vous parlez de kinésithérapie à deux vitesses ? Nous parlons de sport. Nous n'avons aucunement la prétention de faire de la kinésithérapie, sinon nous aurions pas choisi ce métier.
    Cet amendement se propose d'offrir à des personnes en présentant le besoin, des opportunités de pratiquer une activité sportive, donc ludique, source de plaisir ET bénéfique pour la santé, encadrée par des professionnels formés spécifiquement à l'activité physique et sportive POUR la santé. Nous ne sommes donc pas dans la rééducation, vous en conviendrez.

    En tous les cas, le vote à l'unanimité de ce matin montre bien que l'intérêt de la Personne tend à être respecté et discrédite votre position.

    Dans l'attente de votre réponse, je continue à aller chez un de vos confrères pour ma rééducation du genou et la kinésithérapie respiratoire de ma fille, car OUI les Enseignants en APA savent s'adresser au professionnel adéquat en fonction de leurs besoins, sans considération corporative.

    Sportivement,

    Sébastien M.
    Enseignant APA
    Membre SFP-APA
  • MyPassion

    Julien Lièvre| vendredi 04 décembre 2015- REPONDRE

    Bonjour, je suis préparateur physique indépendant (master 2 STAPS et DU Préparateur Physique). A vous lire, il me semble important de préciser que chacun doit rester à sa place. Comme vous l'indiquez très bien en préambule, les kiné sont des spécialistes de la rééducation, ils n’ont pas le monopole du corps non plus !!!
    Le fait d'être lié au monde du sport ne vous donne pas les compétences pour l'enseigner, pour l'encadrer, le penser...sans parler des connaissances….d’ailleurs pour ce cas précis, il n’y a pas lieu de parler de sport, il s’agit d’activité physique.
    J'ai des oncles qui sont également très liés au sport, il suivent la ligue 1 sur leur canapé et….ça s’arrête là…
    Peut-être avez-vous en tête l’image du « prof de gym » des années 40-60 pratiquant l’hébertisme ? Sans vouloir dénigrer leurs professionnalisme, leur formation n’était pas celle d’aujourd’hui…Dois-je vous rappeler que les choses ont changé depuis ! et oui !!
    Il y a eu la création des STAPS ! En 1975 je crois ! Date à laquelle le monde de la « kiné » est resté figé ? je n’ose pas le croire…
    J’ai de très bons amis « kinés » très bien informés, très professionnels, que j’appelle pour connaître le protocole afin de soigner mon entorse de la cheville, ou que je sollicite lorsque mes enfants ont besoin d’une « kiné respi », lorsque certains de mes clients se plaignent du dos (malgré des séances d’abdo en hypopressif ;-) … eux me sollicitent pour se préparer au marathon de Bordeaux, au triathlon de Madrid, lorsqu’ils veulent perdre un peu de poids avant l’été…ou encore améliorer leur VMA, améliorer leur technique de course pour courir plus longtemps et plus vite, prendre en volume au niveau des pectoraux…bref les exemples sont nombreux et suffisamment explicites pour qu’il n’y ait pas de débat possible…pas d’amalgame ;-) (c’ est d’actualité en plus)
    J’ai pu travailler en collaboration avec un kiné au sein d’un pôle de santé, il ne nous est jamais venu à l’esprit que l’un ou l’autre marchait sur les plates de bandes de l’un ou l’autre. La collaboration est d’ailleurs très agréable tout autant qu’elle est efficace !
    Je pense en revanche que la kiné doit, comme tout métier, se prendre en main pour évoluer et montrer l’importance de ses interventions. Les dérives de certains de vos collaborateurs (5 à 10 patients en même temps) discréditent votre activité tout autant qu’elles vous obligent à trouver des faux coupables !! Soyons sérieux, les kiné des profs de sport ?

Actualités professionnelles: Les +