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Dyslipidémies : la HAS retire ses recommandations et s’évite un camouflet

illustrationLa Haute Autorité de Santé (HAS) vient d’annoncer l’abrogation de ses recommandations sur les stratégies de prise en charge des principales dyslipidémies qu’elle avait publiées en 2017. Cette abrogation fait suite à la plainte déposée par ANTICOR pour prise illégale d’intérêts et au recours devant le Conseil d’État de l’Association Formindep qui visait justement à obtenir cette annulation. La HAS évite ainsi le camouflet de 2009 où le Conseil d’État avait imposé d’autorité la suppression de plusieurs de ses recommandations.

C’est par voie de communiqué, vendredi soir, que la nouvelle est tombée. La HAS supprime ses recommandations sur les stratégies de prise en charge des principales dyslipidémies. Elle explique que c’est à l’occasion du recours déposé par le FORMINDEP devant le conseil d’État qu’elle se serait rendu compte que certains de ses experts avaient omis de déclarer leurs liens d’intérêts.

Si les recommandations ont été publiées en mars 2017, les membres du groupe de travail ont été sélectionnés à l’automne 2015 et en janvier 2016 après analyse par les services de la HAS de leur déclaration publique d’intérêts. La HAS justifie son ignorance par le fait qu’à cette époque elle n’était pas contrainte de comparer ces déclarations avec la base de données publique Transparence Santé utilisée par le FORMINDEP.

Ce que la HAS omet de déclarer c’est que cela fait en réalité plusieurs mois qu’elle avait directement été alertée par le FORMINDEP sur les liens financiers non déclarés par ses experts avec les laboratoires pharmaceutiques qui produisent et commercialisent les statines. La HAS aurait pu éviter à la fois la plainte déposée au pénal par ANTICOR et le recours devant le Conseil d’État si elle avait pris cette décision dès qu’elle avait eu connaissance des doutes qui pesaient sur la partialité de ses experts. Ce qui aurait été tout à son honneur et conforme au fonctionnement normal qu’on est en droit d’attendre d’une institution publique dans une démocratie saine.

Au lieu de réagir immédiatement face au scandale qui s’annonçait, elle a préféré se murer dans un silence pesant et a littéralement snobé le FORMINDEP dont l’action mérite une fois de plus d’être saluée.

Facteur aggravant, cette recommandation était loin de faire l’unanimité scientifique, bien au contraire. Selon la revue Prescrire, « Ces recommandations incitent à une prescription démesurée de statines ». CQFD.

 

ADDENDA : 

«Cette troisième victoire du Formindep démontre malheureusement que l'expertise sanitaire en France est toujours sous influence des laboratoires pharmaceutiques. Dans son communiqué, la HAS reconnaît qu'il est permis de douter de la crédibilité de ses travaux jusqu'ici. Elle envisage d'utiliser enfin la base transparence.santé.gouv.fr pour vérifier les liens d'intérêts des experts qu'elle sollicite, ce qu'elle avait toujours refusé de faire. Néanmoins, les règles de gestion des conflits d'intérêts instaurées par la loi et reprises par la HAS sont floues et permettront toujours de faire travailler des leaders d'opinion sous influence et des sociétés savantes financées par les industries de santé. La qualité et la crédibilité des travaux des agences sanitaires ne seront restaurées qu'en réformant en profondeur l'expertise sanitaire. Source : Communiqué du FORMINDEP  »

 

 

Sur le sujet : Les experts du cholestérol de la HAS dans le viseur d’Anticor et du Formindep

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